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Après Marseille, Caen et Nantes (voir la première partie de l’interview ici), Benoît Cauet a posé ses valises au PSG en 1996 avant le grand saut pour l’Inter Milan en 1997 où il est rapidement devenu un joueur majeur du club. Même le meilleur lors de l’année 1999. Au cours de cet entretien passionnant, Benoît Cauet raconte comment il a réussi à s’adapter à la discipline italienne. Une expérience exceptionnelle que Benoît Cauet vous fait partager. Une expérience qui ne lui a pas permis d’intégrer l’équipe de France. Immérité ? Pour Benoît Cauet, c’est sans regret. Il explique pourquoi. 

 

Benoît Cauet, pourquoi as-tu quitté Nantes pour le PSG en 1996 ?
Je suis arrivé en fin de contrat à Nantes. Je voulais franchir un palier et l’offre du PSG s’est présentée. Des clubs étrangers étaient aussi intéressés. Je voulais rejoindre un club français pour continuer ma progression. A ce moment-là, le PSG était le meilleur club pour moi. J’étais très heureux de signer à Paris et ça s’est très bien passé pour moi là-bas.

 

A l’époque, il y avait une très belle équipe au PSG, notamment au milieu de terrain et en attaque avec Leonardo, Raï, Julio Cesar Dely Valdes ou Patrice Loko…
J’ai pris énormément de plaisir à jouer dans cette équipe. Je me souviens d’un groupe très soudé. Un groupe qui avait gagné la Coupe des Coupes quelques mois plus tôt. A l’époque, le PSG version Canal + était un grand club. Quand je suis arrivé, j’ai pris une dimension supérieure. Je me suis retrouvé dans un club qui voulait tout gagner, avec des grands joueurs, tous internationaux. Pour l’évolution de ma carrière, le PSG était parfait pour moi.

 

Avec quels joueurs as-tu le plus aimé jouer au PSG ?
J’avais des affinités dans le jeu avec Leonardo. Nous avions des caractéristiques différentes mais on arrivait très bien à se trouver sur le terrain.

 

« Au PSG, j’étais beaucoup plus mur. Je tournais à plein à régime. Je comprenais mon jeu et mon style. Je m’épanouissais plus dans mon rôle sur le terrain »

 

Il y a un mois, dans une interview sur RMC, tu as déclaré que tu avais préféré jouer au PSG plutôt qu’à l’OM. Pourquoi ?
Marseille représente le début de ma carrière. Je dois ma carrière à l’OM quoi qu’il arrive car ce club m’a fait mûrir. J’y ai côtoyé tellement de champions. Mais à ce moment-là, j’étais peut-être encore trop jeune pour comprendre vraiment ce que j’étais en train de vivre. Contrairement à ma saison au PSG où j’étais beaucoup plus mur. A plein à régime. Je comprenais mon jeu et mon style. Je m’épanouissais plus dans mon rôle sur le terrain.

 

Lors de ta saison au PSG tu as disputé la finale de la Coupe des Coupes 1997 face au FC Barcelone. La veille du match, tu avais 40° de fièvre. Comment as-tu vécu cette finale perdue par le PSG (0-1) ?
La veille au soir, pendant l’entraînement, j’ai commencé à avoir de la fièvre. Je me sentais un peu mou. Au début, je pensais que c’était un simple coup de froid. Le physiothérapeute du PSG s’est très bien occupé de moi. Il m’a fait boire énormément d’eau. Je me suis retrouvé le lendemain sur le terrain, à 100%. Pour revenir à cette finale, nous avons eu quelques opportunités. On a tout donné. Peut-être qu’avec un peu plus de réussite, on aurait pu gagner cette finale. Nous avons cherché à cadenasser au maximum Ronaldo. Mais pour les plus grands, il suffit d’une seule occasion pour la mettre au fond.

 

Pourquoi es-tu parti à l’Inter Milan en 1997 ?
A la fin de la saison 1996/97, j’ai eu énormément d’offres. Le PSG a essayé de me garder mais moi j’avais l’opportunité de jouer dans l’un des plus grands championnats du monde à l’époque. En plus, Ronaldo venait de rejoindre l’Inter Milan.

 

« Dès les premiers entraînements à l’Inter, j’ai compris la discipline, cette volonté de gagner sur chaque chose…J’ai aussi commencé à découvrir un travail tactique encore plus précis. Il y avait une vraie demande et un vrai objectif. Tout était minutieux et calculé »

 

Quels souvenirs gardes-tu de tes premiers entraînements à l’Inter Milan avec toutes les stars qui composaient le vestiaire à l’époque ?
En Italie, c’est une autre façon de vivre le football. Dès les premiers entraînements, j’ai compris la discipline, cette volonté de gagner sur chaque chose. A l’époque, l’Inter était supérieur au PSG. En 1997, Paris était encore un club jeune. L’Inter avait déjà presque cent ans et remporté de très nombreux titres. Au moment où j’ai rejoint l’Inter, c’est l’époque où quasiment chaque année un club italien se hissait en finale de Coupe d’Europe.


Tu dis avoir compris la discipline. A quel niveau exactement ?
Surtout au niveau physique. Les joueurs travaillaient beaucoup à ce niveau-là. Petit à petit, j’ai aussi commencé à découvrir un travail tactique encore plus précis. Il y avait une vraie demande et un vrai objectif. Chaque chose était minutieuse et calculée.

 

As-tu rencontré des difficultés à t’adapter à ton arrivée ?
Honnêtement, non. Youri Djorkaeff, qui était déjà à l’Inter, m’a beaucoup aidé. Petit à petit, je suis rentré dans le moule italien, j’ai joué mes premiers matchs et j’ai été performant assez rapidement.

 

« Mon trophée de meilleur joueur de l’Inter en 1999 ? J’ai été très, très régulier. Je commençais à devenir plus important dans l’équipe. Si on m’avait dit ça deux ans avant, je n’y aurais jamais cru »

 

En 1998, tu as remporté la finale de la Coupe de l’UEFA (3-0 face à la Lazio Rome). Tu as notamment offert une passe décisive à Ronaldo sur le dernier but de la rencontre…
Je suis entré en jeu à 25 minutes de la fin. C’était un plaisir de revenir au Parc des Princes pour jouer cette finale. Durant cette campagne européenne, je me souviens que chaque rencontre avait été une bataille terrible. Nous avons dû faire des exploits (notamment la remontada contre Strasbourg 0-2, 3-0 en huitième de finale). L’équipe a tout donné. Le groupe était d’une grande valeur et l’a montré pendant toute la compétition.

 

En 1999, tu as été élu meilleur joueur de l’Inter Milan devant Ronaldo, Javier Zanetti, Diego Simeone, Youri Djorkaeff ou Roberto Baggio. Cela voulait vraiment dire quelque chose…
Ce trophée a été très important pour moi. Lors de ma deuxième saison à l’Inter, j’ai été très, très régulier. Je commençais à devenir plus important dans l’équipe. Mes coéquipiers et le staff avaient encore plus confiance en moi. Si on m’avait dit ça deux ans avant, je n’y aurais jamais cru.

Quels ont été tes meilleurs moments en tant que joueur de l’Inter Milan ?
Déjà avoir mis les pieds dans un club aussi prestigieux, c’était une grande opportunité. J’ai tout donné pendant mon expérience à l’Inter. Je ne voulais avoir aucun regret à la fin. Quand j’étais gamin, l’idée de jouer à l’Inter Milan ne m’avait pas effleuré l’esprit. A la fin de ma carrière en 2006, je suis revenu au club. L’Inter voulait développer sa chaîne de télévision et m’a proposé de commenter les matchs des jeunes puis ceux de l’équipe première en Champions League. J’ai fait ça jusqu’à la finale de 2010. J’ai toujours eu de bons rapports avec les dirigeants de l’Inter et le président de l’époque, Massimo Moratti. Je lui dois énormément. Pour moi, c’était une suite logique de poursuivre mon après-carrière à l’Inter.

 

Puis tu as joué un an au Sporting Club de Bastia de 2003 à 2004…
Je suis arrivé à Bastia après avoir évolué à Torino et Côme. Je connaissais très, très bien l’entraîneur de l’époque, Gérard Gili. C’était mon formateur au centre de formation de l’OM. C’est lui qui a cru en moi. C’est un grand entraîneur. Après six ans, le championnat français avait pas mal évolué. Est-ce qu’il avait regressé ? Non, la Ligue 1 restait compétitive. Cette saison-là, deux clubs français ont atteint la finale d’une Coupe d’Europe (Monaco en C1 et Marseille en C3). J’étais content de retrouver le championnat français. J’ai dû me réhabituer. Nous avons rempli le contrat en fin de saison en assurant le maintien.

« L’équipe de France ? Si j’avais des regrets, ça voudrait dire que je n’ai pas tout donné. Or ce n’est pas le cas. A l’époque au milieu, il y avait des joueurs qui étaient plus décisifs que moi »

 

Quels étaient tes rapports avec le public bastiais ?
J’ai ressenti une grosse passion et un club avec de vraies valeurs. Ça donnait de la voix au stade et ça nous poussait. Le public aide vraiment l’équipe de Bastia quand elle évolue à Furiani. J’ai aussi ressenti qu’il y avait une histoire au sein de ce club. Une histoire importante.

 

Concernant l’équipe de France, regrettes-tu de ne pas avoir été sélectionné au moins une fois alors que tu étais un cadre de l’Inter Milan à la fin des années 90 et au début des années 2000 ?
Non je n’ai aucun regret. Si j’avais des regrets, ça voudrait dire que je n’ai pas tout donné. Or ce n’est pas le cas. A l’époque au milieu, il y avait des joueurs qui étaient plus décisifs que moi. Il faut respecter le choix des sélectionneurs. En plus ces choix ont été très bien faits car la France a été Championne du monde et Championne d’Europe à cette époque.

 

Quand tu étais au top de ta forme à l’Inter Milan, étais-tu en contact avec Roger Lemerre ?
Non. Je savais que j’étais supervisé comme je jouais dans un grand club. Mais je n’ai jamais eu de contacts personnels avec Roger Lemerre.


En France, beaucoup d’observateurs n’ont peut-être pas réalisé tout ce que tu avais fait à l’Inter…
Non je ne crois pas. Les gens font très bien leur boulot. Le staff de l’équipe de France avait aussi une certaine vision des choses. Je dois la respecter.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Pendant 8-9 ans, j’ai entraîné au centre de formation de l’Inter Milan (15-17 ans). Ma vocation, c’est d’être entraîneur. J’ai tous les diplômes pour entraîner au plus haut niveau.


Propos recueillis par Clément Lemaître


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