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C’est à la mi-décembre que Benoît Cauet a accordé cette magnifique interview à Foot d’Avant (la deuxième partie, époque PSG et Inter Milan, sera en ligne samedi 11 janvier). A l’époque, il était encore membre de la cellule de recrutement de l’Inter Milan et ne s’était pas encore engagé officiellement avec Concarneau. Pour sa première expérience de coach d’une équipe première, Benoît Cauet pourra sûrement s’inspirer du FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau. Un club qu’il a admiré d’abord de l’extérieur puis vécu de l’intérieur. Un club qu’il raconte avec passion dans cet entretien. Un entretien où Benoît Cauet parle également de ses débuts difficiles à l’OM, de Bernard Tapie, du Real Saragosse et de son départ de Caen en 1994.

 

Benoît Cauet, qu’as-tu fait entre ta fin de carrière de joueur en 2006 et aujourd’hui (ndlr : il vient d’être nommé entraîneur de Concarneau, actuellement 10eme en National 1) ?
Une fois que ma carrière s’est achevée, j’ai été consultant pour Inter Channel et d’autres télévisions italiennes. Au même moment, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur. J’ai entraîné pendant huit ans au centre de formation de l’Inter Milan. Avant 2019, j’ai fait partie de la cellule de recrutement des jeunes de l’Inter pendant un an et demi. Mais personnellement, je me sens plus entraîneur dans l’âme.

 

Revenons à tes débuts. Comment l’enfant de Châtellerault s’est retrouvé à l’OM à l’âge de 18 ans ?
Le football a commencé à prendre de l’importance lorsque j’ai joué à l’ASPTT Nantes. J’ai suivi les traces de mon père qui avait joué à Rennes. Il était monté jusqu’en réserve. C’est lui qui m’a donné le goût pour le football. Je me suis retrouvé à l’OM car les clubs ont des observateurs un peu partout en France. J’ai été en contact avec un observateur qui était un ami de Gérard Gili. Ensuite, j’ai fait un essai à l’OM et ç’a marché.

 

L’OM est un autre monde. Comment s’est passée ton intégration ?
J’étais très enthousiaste à l’idée de venir à l’OM mais j’ai dû comprendre où je mettais les pieds. J’ai eu un peu de mal au départ. Quand tu es jeune et que tu pars de chez tes parents, inconsciemment tu cherches à te protéger. Moi je me suis renfermé sur moi-même. En plus je n’étais pas un jeune qui parlait beaucoup. Sportivement, mon arrivée s’est très bien passée car je m’étais préparé pendant toutes les vacances d’été. Mais après un mois et demi, j’ai eu les oreillons. J’ai pris un coup derrière la tête et j’ai eu du mal à me relancer.

 

« A l’OM, ma chance a été de vivre dans cet effectif composé de joueurs qui étaient presque tous internationaux. Ils ne voulaient rien perdre à l’entraînement. Même lorsqu’on pariait pour savoir qui allait payer le café »

 

Quelles personnes t’ont aidé quand c’était plus dur pour toi à Marseille ?
A l’époque, ma référence était Christophe Galtier. Lui, c’était un peu le grand frère du centre de formation de Marseille. L’exemple à suivre. Pour tout le monde. Ensuite je me suis cassé le tibia péroné. J’ai cru que je n’allais jamais signer stagiaire pro à l’OM. Finalement, Michel Hidalgo, qui était directeur technique à l’époque, a dit : « Benoît, il reste ».  Avec toutes les galères que j’ai vécues, j’ai pris conscience que je devais faire plus que les autres si je voulais faire carrière. Je devais mieux comprendre ce que voulait l’entraîneur. Le chemin a été assez difficile pour arriver jusqu’en professionnel.

 

Cette grinta qui t’a caractérisé pendant toute ta carrière est-elle née de cette prise de conscience ?
Oui, certainement même si j’ai toujours été une personne qui ne lâchait jamais rien. Quand tu viens à Marseille, c’est une école de la vie. Que ce soit au niveau du centre de formation ou avec les pros. Ma chance a été de vivre dans cet effectif composé de joueurs qui étaient presque tous internationaux. Ils ne voulaient rien perdre à l’entraînement. Même lorsqu’on pariait pour savoir qui allait payer le café. Pendant cette période, j’ai été guidé par Alain Giresse ou Jean-François Domergue. Ils m’ont énormément appris.

 

Tu étais joueur de l’OM au début de l’ère Bernard Tapie. Quels souvenirs gardes-tu de l’ancien président de l’Olympique de Marseille ?
Je dois beaucoup à Bernard Tapie. C’est lui qui m’a donné ma chance. Je me souviens un jour, nous étions en tournée au Koweït. Il est rentré dans ma chambre pour me dire : « Benoît, si tu continues comme ça, tu joueras tous les matchs ». Bernard est quelqu’un de très positif. J’ai toujours de très, très bons rapports avec lui.

 

« Je suis venu à Caen pour son directeur sportif de l’époque, Jean-François Domergue. Il croyait beaucoup en moi et estimait que je pouvais apporter énormément au Stade Malherbe »

 

Comment Bernard Tapie t’a annoncé ton départ à Caen en 1990 ?
En fait, c’est l’OM qui l’a appris. En 1990, j’arrivais à la fin de mon contrat stagiaire et je devais signer professionnel. Marseille voulait me faire signer et me prêter dans un club de Ligue 2. Moi, je ne voulais pas être prêté. Pendant qu’il y avait des tractations, j’ai signé au Stade Malherbe Caen. L’OM n’a touché aucune indemnité de transfert.

 

Quand tu es arrivé à Caen, le club venait de monter pour la première fois de son histoire en Ligue 1 deux ans auparavant. Le Stade Malherbe se structurait à l’époque avec des joueurs comme Graham Rix ou Fabrice Divert…
Je suis venu à Caen pour son directeur sportif de l’époque, Jean-François Domergue. Il croyait beaucoup en moi et estimait que je pouvais apporter énormément au Stade Malherbe. Rapidement, l’histoire d’amour entre Caen et moi est née. Moi j’étais dans la peau du petit minot qui n’avait pas joué depuis un moment et qui voulait prouver. Quand Daniel Jeandupeux a vu ma volonté et ma détermination, il m’a titularisé rapidement.

 

Dans une interview accordée à We Are Malherbe, tu as confié qu’à cette époque, quand Caen perdait par quatre buts d’écart, toute l’équipe, staff compris, devait boire toute la nuit…
Heureusement on ne prenait pas de grosses volées tous les week-ends à cette période car ce n’était pas simple de gagner à Venoix (rires). Cela arrivait une fois par an. C’était une tradition à l’époque pour renforcer les liens au sein de l’équipe.

« Caen-Saragosse ? J’en ai encore des frissons. On leur avait tellement marché dessus qu’on pensait tellement passer »

 

En 1992, Caen s’est qualifié pour la seule et unique fois de son histoire en Coupe d’Europe. Comment expliques-tu qu’un club habitué à jouer le maintien chaque saison a-t-il réussi à créer la surprise ?
Nous avons vécu une saison magnifique. On s’est tous régalé sur le terrain avec un jeu prôné vers l’avant. Nous avions énormément envie de réussir. Cette saison-là, le club a vécu une période très, très difficile sur le plan financier. Comme on pensait que Caen allait faire faillite, nous étions encore plus motivés chaque week-end. En finissant européen, ça permettait de sauver le club, d’amener des sponsors et de l’argent de l’extérieur.

 

Ensuite tu as disputé le 32eme de finale de Ligue Europa Caen-Saragosse (3-2, 0-2). Ce match aller a été élu « plus belle rencontre de l’année 1992 » par France Football. Pourquoi ce match a-t-il autant marqué les esprits, même encore aujourd’hui ?
En parlant de ce match face à Saragosse, j’en ai encore des frissons. On leur avait tellement marché dessus qu’on pensait tellement passer. Lors de cette rencontre, Caen était le petit-poucet face à un grand d’Espagne. La France a eu coup de cœur pour ce petit club qui était en train de grandir. En plus il y avait énormément de joueurs du cru dans l’effectif à l’époque. Le symbole était fort, c’était un peu le Normand qui partait à l’attaque.

 

A l’occasion de Caen-Saragosse, les médias ont beaucoup parlé de Xavier Gravelaine et Stéphane Paille. As-tu ressenti une légère déception car tu avais aussi livré un match exceptionnel mais plus dans l’ombre ?
Non. A ce moment-là, les joueurs que tu viens de citer méritaient d’être sur le devant de la scène car ils ont été décisifs. Moi je retiens plus la prestation d’ensemble de l’équipe. Mon action sur le troisième but ? Oui je m’en souviens, c’était un ballon en profondeur. J’étais à la lutte avec un défenseur de Saragosse, je gagne mon duel, je sers Stéphane Paille et il conclut bien cette action.

« Quand j’étais petit, j’allais tous les week-ends au stade Marcel Saupin pour voir Eric Pécout, Henri Michel, Loïc Amisse ou José Touré »

 

Après une saison 1993/94 conclue à la seizième place avec Caen, pourquoi choisis-tu de rejoindre Nantes ?
Je suis parti de Caen à contre cœur et en fin de contrat. Pourtant, j’étais capitaine de l’équipe. Dans les négociations, je n’ai pas senti que Caen avait envie de continuer avec moi. A mon grand regret. Pourtant, j’ai donné tout ce que j’avais pour le maillot de Caen. Du coup, j’ai eu la possibilité de partir à Nantes. Il y avait un projet intéressant. A Nantes je savais que Jean-Claude Suaudeau allait me faire progresser. Et effectivement, il m’a apporté énormément.

 

Comment s’est passé ton premier rendez-vous avec Jean-Claude Suaudeau ?
Je me souviens d’un homme avec un certain charisme et qui avait sa façon de voir le foot. Je me souviens d’une personne qui aimait jouer et faire plaisir aux gens. Avec lui, c’était du vrai foot. Et en plus le bon résultat était souvent au bout. Le FC Nantes, je l’ai eu en moi dès mon enfance. Quand j’étais petit, j’allais tous les week-ends au stade Marcel Saupin pour voir Eric Pécout, Henri Michel, Loïc Amisse, José Touré. A l’époque à Nantes, toutes les générations de joueurs jouaient au football de la même façon. Les automatismes étaient extrêmes. Il y avait des regards. Des feintes de passes. Des mouvements et des contres mouvements. Cette culture de l’espace. Il y avait une telle empreinte sur ces joueurs. J’ai enregistré tous ces mouvements quand j’allais voir Nantes au Stade Marcel Saupin.

 

Avoir cette empreinte du jeu à la Nantaise dès ton plus jeune âge est finalement l’explication à ton intégration aussi rapide au FC Nantes…
Oui, la clé est là. Après, je devais seulement m’intégrer dans un nouveau groupe. Je n’avais pas besoin de rentrer dans un style de jeu. J’avais déjà tout enregistré.

«  Quand je rentrais sur le terrain de la Beaujoire, j’avais la sensation d’avoir déjà trois buts d’avance. On se sentait tellement fort »

 

Lors de ta première saison (1994/95), Nantes finit champion de France après avoir enchaîné 32 matchs sans défaite (record toujours en cours dans l’histoire de la Ligue 1). Quels détails t’ont particulièrement marqué lors de cette saison ?
Je garde en moi le fait d’avoir joué dans une équipe qui se connaissait depuis des années et qui arrivait à maturité. Il y avait une telle osmose entre le public et les joueurs. Quand je rentrais sur le terrain de la Beaujoire, j’avais la sensation d’avoir déjà trois buts d’avance. On se sentait tellement fort.

 

La saison suivante, en 1995/96, Nantes s’est hissé en demi-finale de Ligue des Champions (défaite face à la Juventus 0-2, 3-2). Penses-tu qu’avec Patrice Loko et Christian Karembeu, partis un an plus tôt, Nantes aurait pu faire tomber la Juve ?
C’est clair, ces joueurs étaient tellement importants et intégrés dans le collectif nantais. Ils avaient un impact sur le terrain mais aussi dans le groupe. Ne plus les avoir, ça nous a manqué. Ils auraient pu nous aider à franchir un échelon supplémentaire.

 

Sinon le fait de voir Vahid Halilhodzic, l’ex-grand buteur du FCN, sur le banc de Nantes, ça doit te faire plaisir…
Je ne le connais pas personnellement. Mais c’est quelqu’un qui a vécu cet univers nantais. Il peut redonner une bonne image du FC Nantes. Le club doit retrouver sa philosophie de jeu.

 

Propos recueillis par Clément Lemaître

 

Toi aussi tu es fan du FC Nantes ? Découvre cette belle interview d’Eddy Capron