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En vous replongeant dans la carrière de Fernando D’Amico vous revivrez aussi les belles heures du LOSC sous Vahid Halilhodzic : du titre de Champion de Deuxième Division à la Ligue des Champions en passant par cet inoubliable Parme-Lille. Alors que son club de cœur vit des heures très difficiles, Fernando D’Amico lance un appel à l’union sacrée entre les dirigeants du LOSC, les joueurs, les supporters et la ville de Lille.


Fernando D’Amico, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel ?
Je travaille dans une école de football à Badajoz dans l’Ouest de l’Espagne. C’est la ville où je suis arrivé en Europe avant de venir à Lille en 1999. A l’époque, j’y suis resté un an et j’yai connu ma femme. Quand j’ai terminé ma carrière, je suis revenu à Badajoz. Dans l’académie, je m’occupe de 80 enfants âgés entre 3 et 14 ans. Nous insistons beaucoup sur le côté éducatif et formateur plutôt que sur l’aspect compétitif. Des enfants viennent d’autres clubs pour se perfectionner en foot mais aussi pour se développer en tant que personne. J’organise aussi des stages de foot au mois de juillet, on a des superbes installations, il y a aussi un parc aquatique pas loin. Par ailleurs, je suis aussi agent de joueurs espagnols, l’idée est de leur transmettre les belles valeurs du foot et de les suivre du mieux possible.


Tu viens aussi d’écrire une Bande Dessinée intitulée « Happy Foot ». Qu’est-ce que tu as souhaité transmettre à travers cette BD ?
J’ai écrit ma première BD avec mon ami, Alvaro Roa. A travers cette histoire que l’on trouve également en langue française, nous parlons des vraies valeurs du football. J’ai essayé de me mettre dans la tête d’un enfant et d’imaginer sa façon de penser. L’idée est de transmettre des valeurs à l’ancienne, des valeurs qui nous manquent aujourd’hui dans le football. Cette BD marche très bien en Espagne. Je l’ai présentée à Lille au mois de décembre et elle a également beaucoup de succès dans le Nord. Aujourd’hui, les supporters se plaignent qu’il n’y a plus de valeurs dans le foot. Avec cette BD, j’ai voulu parler des valeurs qui sont importantes pour moi dans le sport comme l’amitié, la générosité, la solidarité, l’esprit d’équipe mais aussi le fait de savoir perdre et de savoir gagner. Aujourd’hui, je suis en train d’écrire une autre BD qui permettra d’avoir des outils pour gérer ses émotions sur le terrain.


Aujourd’hui, comment vis-tu la situation difficile du LOSC entre menaces de relégation de la DNCG pour raisons financières, résultats sportifs très décevants et la fracture qui s’est créée avec les supporters ?
Je suis triste pour le LOSC. Je vais souvent à Lille, j’ai toujours beaucoup de copains là-bas. Tout le monde est inquiet. J’espère que Lille arrivera à s’en sortir financièrement car sur le plan sportif, tu peux toujours remonter la saison suivante ou la saison d’après. J’espère que le LOSC trouvera aussi une solution pour se rapprocher de ses supporters.


« Mon vœu serait d’avoir une vraie communion entre les nouveaux propriétaires du LOSC, les joueurs, les supporters, les salariés du club et la ville de Lille »


Tu avais participé à la montée de Lille en Première Division en 2000. Voir le club au bord de la relégation 18 ans après, ça doit te faire mal au cœur…
Oui mais comme dans le message que j’ai envoyé aux supporters, si on descend c’est comme ça, c’est la vie, c’est le football. Il y a des bons et des mauvais moments. Ce qui me fait mal au cœur, c’est de voir les gens souffrir. Ce n’est pas le moment de lâcher le club. Il faut continuer de soutenir le LOSC pour que le club puisse s’en sortir. Mon vœu serait d’avoir une vraie communion entre les nouveaux propriétaires, les joueurs, les supporters, les salariés du club et la ville de Lille. Pour moi, c’est ça le plus important. Comme dans une famille, si le père et la mère ne se parlent pas, si les enfants font n’importe quoi et si le grand-père ne soutient pas son fils, il n’y a pas de communion et les choses ne marchent pas bien. C’est plus facile de s’en sortir dans les mauvais moments quand il y a une vraie communion. Si ce n’est pas le cas, la fin de saison va être dure.


Revenons en arrière Fernando. Comment vivais-tu le football plus jeune en Argentine ?
J’étais heureux parce que je jouais avec mon frère jumeau Patricio (ndlr : qui a notamment joué à Metz, Wasquehal et Châteauroux dans les années 2000). On jouait tout le temps ensemble dans notre club de foot, au parc. Pour nous, le football c’était extraordinaire. Nous avons aussi vécu des moments difficiles quand des coachs ne voulaient pas nous faire jouer. Mais nous avions toujours le soutien de mes parents et de ma famille. Puis à 23 ans, un dirigeant argentin a racheté le club de Badajoz en Espagne. Il a fait venir beaucoup de joueurs argentins. Avec mon frère Patricio, nous avons donc joué un an en deuxième division espagnole. C’était un rêve pour moi de jouer au football en Europe.


Comment es-tu arrivé à Lille en 1999 ?
Mon agent a envoyé des cassettes en Europe : en Italie, en Belgique, en Suisse et à Lille. Philippe Lambert qui était préparateur physique à l’époque au LOSC a montré la vidéo à Vahid Halilhodzic. Du coup, il m’a demandé de faire un essai avec l’équipe lors d’un stage à Saint-Cast en Bretagne. J’ai tout donné car je voulais vraiment signer à Lille. J’ai effectué un bon essai et le LOSC m’a proposé de signer pour jouer en Deuxième Division. Puis j’ai rapidement prolongé trois ans.


« Quand j’ai gagné l’Étoile d’Or France Football, j’étais tout content à l’entraînement avec mon trophée. Vahid m’a dit devant tout le monde : « D’Amico, laisse ça. Si tu n’es pas au top physiquement, tu n’es rien » »


Quelle était ta relation avec Vahid Halilhodzic ?
Super. Vraiment. Il m’a poussé pour que je sois le meilleur joueur possible. Il me disait : « faut partir à la guerre ». Avec lui, il fallait être prêt pour s’entraîner à 6h du matin mais aussi faire attention à son alimentation, à son sommeil. Il y avait aussi Philippe Lambert à l’époque dans le staff et je trouvais que c’était un super préparateur physique. Quand j’étais au top physiquement, j’étais très, très performant sur le terrain. A l’époque, notre groupe était très soudé. En 1999 nous jouions en Deuxième Division et deux ans après on goûtait à la Ligue des Champions. La plupart des joueurs du onze type avait participé à l’aventure en D2. Ce n’est jamais arrivé par la suite en France. Avec Luc Dayan, l’ancien président du LOSC, nous parlons toujours de cette époque. Une époque inoubliable.


Quel était le secret du LOSC à l’époque ?
Le secret, c’était le travail et la solidarité. Nous donnions tout sur le terrain. Avec Vahid, l’entraînement était dix fois plus dur que le match. On vomissait après certaines séances. Je le répète mais Philippe Lambert nous avait vraiment très, très bien préparé sur le plan physique. Vahid Halilhodzic tirait le meilleur de chacun et chaque joueur jouait à sa place. Moi au milieu, je mettais le pressing et la grinta. Il y avait Pascal Cygan derrière et Dagui Bakari devant. Chacun jouait avec ses qualités. Moi, je ne mettais pas de petits ponts, je ne frappais pas les coups-francs. Tu ne peux pas imaginer le niveau d’exigence que nous avions. Les supporters aussi nous aidaient beaucoup à l’époque. La communion que j’évoquais tout à l’heure, voilà ce qui faisait aussi la force du LOSC à l’époque. On a passé des moments difficiles parce que Vahid était très exigeant mais nous étions solidaires et les supporters étaient présents à l’entraînement et en match pour nous soutenir. Nous étions aussi très proches des dirigeants et des salariés du club. On retrouvait les valeurs Ch’tis. Puis c’était très sérieux et il n’y avait pas de passe-droit. Avant un match de Ligue des Champions, Dagui Bakari et moi rigolions sur une séance de centres. Vahid Halilhodzic nous avait envoyés faire des jongles.


As-tu d’autres anecdotes marquantes avec Vahid Halilhodzic ?
Quand j’ai gagné l’Étoile d’Or France Football, j’étais tout content à l’entraînement avec mon trophée. Vahid m’a dit devant tout le monde : « D’Amico, laisse ça. Si tu n’es pas au top physiquement, tu n’es rien ». Vahid savait te remettre les pieds sur terre. Il fallait toujours continuer à travailler.


« J’avais une relation extraordinaire avec tous les supporters du LOSC car nous avions les mêmes valeurs »


Le Tour Préliminaire de Ligue des Champions remporté face à Parme reste l’un des sommets de cette époque lilloise (ndlr : en 2001, victoire 2-0 à Parme et défaite 1-0 à Lille). Quels souvenirs gardes-tu de ces deux confrontations ?
La folie, l’esprit de notre équipe, la tactique. Je n’ai jamais vu un match aussi bien préparé tactiquement comme l’avait fait Vahid Halilhodzic. Nous avions changé de système de jeu et jouions à trois derrière avec Johnny Ecker, Abdelilah Fahmi et Pascal Cygan. Trois défenseurs centraux très physiques. Deux mecs sur les côtés : Stéphane Pichot et Grégory Tafforeau. Trois mecs au milieu du terrain : moi dans l’axe avec Christophe Landrin et Sylvain N’Diaye. Devant, il y avait Salaheddine Bassir et Dagui Bakari. Avant le match de Parme, Vahid m’a dit « tu suis Nakata jusqu’à chez lui ». A l’époque, Nakata était l’un des meilleurs joueurs en Italie. Je lui ai imposé un gros combat physique, mental et psychologique. Devant, Dagui Bakari faisait un pressing de fou sur Fabio Cannavaro (ndlr : Ballon d’Or 2006). C’était un match de rêve. Quant au match retour, c’était une rencontre difficile car on a concédé un but en première mi-temps. Heureusement on a tenu en deuxième période et Lille a obtenu sa qualification en Ligue des Champions pour la première fois depuis des décennies. On a tellement donné et les supporters lillois nous ont aidés à nous qualifier. Je suis reconnaissant de tout le soutien qu’ils nous ont apporté. J’avais une relation extraordinaire avec tous les supporters du LOSC car nous avions les mêmes valeurs. Je ne me suis jamais senti supérieur par rapport à un supporter car je sais que sans supporters tu n’as plus de football. Les supporters sont l’âme d’un club.


Dans une interview sur Foot d’Avant, Johnny Ecker a dit qu’il avait vomi tellement il était épuisé à la fin du match retour face à Parme. C’était pareil pour toi ?
J’ai tout donné. A la soixante-dixième minute, j’avais des crampes mais je ne pouvais pas m’arrêter. Mais dès que l’arbitre a sifflé la fin du match, la fatigue a disparu car c’était un rêve pour nous, ex-joueurs de Ligue 2, de se qualifier pour la phase de poules de la Ligue des Champions. Je me souviens que nous avions fait le tour du stade avec le maillot de Christophe Pignol. Ce match contre Parme restera gravé à vie dans mon cœur. C’est ce que je dis aux enfants de l’école de football de Badajoz aujourd’hui : dans la vie, si tu travailles, si tu donnes le meilleur de toi-même, tu accompliras tes plus beaux rêves.


En Ligue des Champions 2001, Lille n’avait pas été ridicule face à Manchester United, La Corogne et l’Olympiakos. Vous aviez d’ailleurs manqué la qualification de très peu…
A Manchester, on a perdu 1-0 suite à un but de David Beckham à la 90eme minute. Lille ne méritait pas de perdre. Au retour, nous avions fait match nul 1-1 à Lens. On a raté la qualification car le LOSC n’a pas réussi à gagner sur le terrain de l’Olympiakos. Nous avions fini troisièmes et éliminé la Fiorentina en Coupe de l’UEFA. Le Borussia Dortmund nous avait éliminés le tour suivant, pourtant le LOSC n’avait pas perdu un match sur ces deux confrontations. Nous étions très compétitifs à tous les niveaux, c’était ça le LOSC de Vahid Halilhodzic.


« Avec Daniel Jeandupeux au Mans, c’était moins guerrier qu’avec Vahid, ça jouait plus au ballon »


Pourquoi es-tu parti au Mans en 2003 ?
J’étais en fin de contrat et le LOSC n’a pas fait l’effort de me garder. J’aurais aimé avoir plus de reconnaissance. Mon rêve était de continuer de jouer avec Vahid. On m’a proposé un projet familial au Mans et ça m’a intéressé. J’ai marqué le premier but de l’histoire du Mans en Ligue 1. J’ai connu une première année positive avec Daniel Jeandupeux. Avec lui, c’était moins guerrier qu’avec Vahid, ça jouait plus au ballon. Mais malheureusement en fin de saison, lors d’un match contre Auxerre, un joueur adverse est tombé sur ma cheville lors d’une action. Ma cheville a été cassée et j’ai eu du mal à récupérer. Je n’ai jamais réussi à avoir les mêmes appuis et la puissance que j’avais auparavant au niveau de mon pied gauche. Je n’ai donc malheureusement pas pu aider le club à se maintenir en Ligue 1. Après Le Mans, j’ai été sollicité par Bastia et Saint-Etienne, mais ma femme voulait à tout prix rentrer en Espagne donc j’ai privilégié ma vie personnelle. J’ai ensuite fini ma carrière de footballeur en Espagne.

Quel bilan fais-tu de ta carrière ?
J’ai fait une carrière de rêve et je l’ai accomplie avec mes valeurs. C’est ça le plus important. J’ai joué la Ligue des Champions, j’ai eu l’impression de toucher le ciel avec les mains. Être sur la pelouse à Old Trafford et entendre la musique de la Ligue des Champions, c’est extraordinaire.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Dans la vie et dans le football, il ne faut pas lâcher. C’est ma philosophie. Dans la vie, il faut connaître tes valeurs. Une fois que tu les connais, tu peux aller très haut.


Propos recueillis par Clément Lemaître


Toi aussi tu supportes le LOSC? Découvre l’interview de Johnny Ecker juste ici


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