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Aujourd’hui entraîneur de Chartres en National 2, Jean-Guy Wallemme est revenu sur sa grande carrière de joueur dans une belle interview accordée à Foot d’Avant. De Lens à Saint-Étienne en passant par Sochaux, l’ex-défenseur central raconte les anecdotes qui l’ont profondément marqué mais aussi ses rapports avec les supporters. Pour Jean-Guy Wallemme, être joueur de foot était un plaisir mais aussi un moyen de donner du bonheur à ces fans qui travaillent dur la semaine. Entretien avec le Champion de France 1998 pour qui la notion de respect des valeurs de club est primordiale.

 

 

Jean-Guy Wallemme, que deviens-tu depuis la dernière saison où tu entraînais Dieppe en National 3 ?
Je suis devenu l’entraîneur de Chartres (National 2) cet été. J’ai retrouvé Gérard Soler (ndlr : président du club) avec qui j’ai travaillé à Saint-Étienne. Nous partons sur un projet de deux ans en espérant évoluer bientôt à l’étage supérieur. Le National 2 n’est pas un championnat facile car une seule équipe monte dans chaque groupe.

 

 

Tu as arrêté de jouer en 2002. Le terrain te manque-t-il ?
Le jeu me manque même si ça fait déjà quinze ans que j’ai arrêté. Parfois lors des séances d’entraînement, je participe aux petits jeux avec les joueurs. Même si mentalement j’ai envie, ça ne suit pas physiquement. Parfois j’aimerais rentrer sur le terrain pendant le match pour aider les joueurs et montrer les choses que je souhaite mettre en place. C’est une petite frustration.

 

 

Revenons à ton début de carrière. Comment es-tu arrivé au RC Lens au début des années 80 ?
Je suis arrivé à Lens à l’âge de 15 ans. Je suis originaire du Nord (ndlr : Jean-Guy Wallemme, 51 ans, est né à Maubeuge) et j’étais aussi sollicité par Lille et Auxerre. J’avais visité tous les centres de formation avec mes parents et Lens était le plus intéressant. Ça me permettait d’avoir un lycée à côté car j’étais en sport-études. Mes parents voulaient que je poursuive mes études en parallèle du foot. En arrivant, j’étais milieu de terrain et je suis passé défenseur central quand je suis monté avec les pros. La saison suivante, suite au départ de Didier Senac en 1987, je me suis installé au poste de défenseur central.

 

 

« A Lens, les gens vivent dans une région de labeur. Quand on visitait les anciennes mines, on côtoyait les gens qui vivaient dans les corons. Nous, on défendait les valeurs du travail et du respect du maillot. Nous ne voulions pas les décevoir sur le terrain » 

 

 

En tant que Nordiste, c’était une fierté pour toi de porter le maillot Sang et Or ?
Quand j’étais gamin, j’allais plus voir les matchs de Valenciennes car c’est plus près de Maubeuge. La fierté d’être Lensois est arrivée au fur et à mesure des années. Mais c’est vrai qu’en étant Nordiste, j’étais vraiment en accord avec les valeurs lensoises et surtout les gens qui venaient au Stade Bollaert. Ces valeurs, c’est l’ADN du RC Lens. On l’a bien senti le jour du titre de champion de France 98 : les joueurs étaient contents mais surtout fiers pour les supporters et la région. On en parlait enfin différemment que : « il fait noir, il fait gris, les gens sont comme si ou comme ça ». Les Lensois ont senti qu’on donnait une belle image de la région.

 

 

Quelles sont ces valeurs auxquelles tu fais référence ?
A Lens, les gens vivent dans une région de labeur. Quand on visitait les anciennes mines, on côtoyait les gens qui vivaient dans les corons. Nous, on défendait les valeurs du travail et du respect du maillot. Nous ne voulions pas les décevoir sur le terrain. Ces personnes venaient en nombre à l’entraînement. Parfois il y avait 1000 spectateurs. On voyait bien dans leur regard qu’ils étaient fiers de ce que nous faisions sur le terrain. Ils disaient que nous étions des marchands de bonheur. Pour ces gens, le foot était un exutoire. Ils venaient pour oublier leur labeur et leurs soucis du quotidien.

 

 

Que ressentais-tu quand tu jouais au Stade Bollaert ?
Je savais que j’allais jouer devant des gens qui allaient nous pousser. Après le titre de Champion de France 98, le public lensois est devenu plus exigeant. Il a un peu changé aussi. On a vu davantage de gens qui venaient voir du spectacle.

 

 

« Un jour, quand j’entraînais Auxerre, Olivier Kapo m’a dit : « coach, les jeunes ne respectent plus les anciens ». Je lui ai répondu : « c’est peut-être à vous les anciens de vous faire respecter et d’être exemplaires sur le terrain et dans la vie de tous les jours » »

 

 

Il y a quelques mois dans une interview sur Foot d’Avant, Sébastien Dallet disait qu’à l’époque où tu étais joueur du RC Lens, les jeunes devaient frapper à la porte du vestiaire pour avoir la permission de rentrer…
(Il coupe) Sébastien a sûrement dû te raconter que je le faisais dormir dans un petit lit quand on faisait chambre commune (rires). Aujourd’hui, on dit que les comportements ont changé mais c’est peut-être aussi les anciens qui se font manger tout cru au fur et à mesure. Un jour, quand j’entraînais Auxerre, Olivier Kapo m’a dit : « coach, les jeunes ne respectent plus les anciens ». Je lui ai répondu : « c’est peut-être à vous les anciens de vous faire respecter et d’être exemplaires sur le terrain et dans la vie de tous les jours ». A l’époque à Lens, je me changeais dans une baignoire. J’étais déjà content d’être dans le vestiaire et de m’entraîner avec les pros. Aujourd’hui les jeunes ont un casier et peuvent plus facilement rentrer dans le vestiaire. Si le mec fait trois ou quatre matchs, il est déjà installé. Nous à l’époque, on devait faire une centaine de matchs pour qu’on commence à parler de nous. Après, la société a changé. Il y a plus de médias et les réseaux sociaux.

 

 

Qu’as-tu ressenti quand Lens a remporté le titre de Champion de France en 1998 à Auxerre ?
Quelque chose d’extraordinaire. Ce titre de champion est unique dans l’histoire du RC Lens. Nous sommes arrivés très tard à l’aéroport de Lille-Lesquin. Des milliers de supporters lensois nous attendaient. Ensuite on a rejoint le Stade Bollaert à 4h du matin où 35 000 personnes nous ont acclamé. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où tu peux vivre ça. Le lendemain, il y avait 60 000 personnes dans les rues alors que Lens est une ville de 32 000 habitants. Je resterai marqué à vie par ces moments. Marqué à vie parce qu’il y a eu beaucoup de partage avec les supporters.

 

Pourquoi es-tu parti à Coventry en 1998 ?
La saison du titre de champion de France a été magnifique sur le plan sportif mais très prenante sur le plan mental. On m’en demandait vraiment beaucoup par rapport à mon rôle de leader dans le vestiaire. Il y avait une grosse exigence. J’ai senti de l’usure. J’ai voulu aussi découvrir un championnat étranger car ça faisait quinze ans que je jouais à Lens. Le football anglais m’intéressait.

 

 

« J’ai aimé mes six mois passés à Sochaux. J’allais manger avec les ouvriers de l’usine Peugeot tout près du stade. L’expérience était tellement intéressante pour moi que Peugeot m’a presque proposé un contrat à vie. Mais j’avais donné ma parole à Saint-Étienne »

 

 

Pourquoi ça ne s’est pas passé comme espéré à Coventry ?
Ce n’était pas évident de s’intégrer là-bas. Puis trois mois après mon départ, j’ai reçu un appel du pied de Lens. Le club voulait me reprendre car ça fonctionnait moyennement en défense et dans le vestiaire. Mais des gens ont mis leur veto au moment où le président Gervais Martel voulait me faire revenir. Par contre, ma famille est rapidement revenue à Lens pour la scolarité des enfants. Je suis resté deux mois tout seul là-bas. Je suis allé voir mon entraîneur pour lui faire part de ma difficulté à m’intégrer sur le plan familial. Pas sportivement car j’étais bien dans le groupe et le système anglais. On s’est mis d’accord pour que je parte au mercato d’hiver. Malheureusement Lens m’a laissé devant le fait accompli en janvier 1999 et ne m’a pas trop donné d’explications. Toulouse, Lille et Sochaux m’ont alors sollicité. Saint-Étienne, alors en L2, m’a appelé par l’intermédiaire de Gérard Soler que je retrouve aujourd’hui à Chartres.

 

 

Finalement tu as choisi Sochaux en janvier 1999…
J’ai dit au président de Saint-Étienne : « vous êtes premiers de Deuxième Division, peut-être que je vais prendre la place de quelqu’un alors que le groupe a l’air solidaire et costaud ». J’ai donné mon accord à Saint-Étienne pour l’été suivant en cas de montée en Ligue 1. Pour les six mois qui restaient, je devais trouver un autre club. Gerard Soler m’a conseillé d’aller à Sochaux. Il avait joué là-bas et conservé de très bons rapports au club.

 

 

Que retiens-tu de tes six mois à Sochaux ?
Quand je suis arrivé, Sochaux était dernier avec dix points de retard sur le premier non-relégable. Honnêtement, on a failli faire l’exploit avec Philippe Anziani et Francis Gillot sur le banc. J’ai vu de jeunes gamins flamber comme Benoît Pedretti, Danijel Ljuboja, Camel Meriem, Pierre-Alain Frau, Omar Daf, Maxence Flachez ou El-Hadji Diouf. Moi j’étais un peu le papa ou le tonton de tout le monde. J’ai aimé mes six mois passés à Sochaux. J’allais manger avec les ouvriers de l’usine Peugeot tout près du stade. J’ai côtoyé aussi la famille Peugeot. L’expérience était tellement intéressante pour moi que Peugeot m’a presque proposé un contrat à vie. Mais j’avais donné ma parole à Saint-Étienne.

 

 

« Un matin, à la fin du mois de décembre, je vois John Toshack partir de l’Etrat à bord de son 4x4 complètement plein avec des cartons et des costards accrochés. Là, je comprends qu’il va se barrer…Après le départ de Robert Nouzaret puis John Toshack, les joueurs voulaient que je m’investisse. Ils avaient confiance en moi. Les dirigeants m’ont alors proposé le poste »

 

 

Quels souvenirs gardes-tu de ta première saison à Saint-Étienne en 1999/00 ?
Comme tout gamin en France à l’époque, j’étais supporter des Verts. Lorsque je suis arrivé à l’aéroport, c’est Patrick Revelli et Georges Bereta qui sont venus me chercher. Je me suis retrouvé en direct avec mes anciennes idoles que je supportais à la télé. En 1999/00, avec Robert Nouzaret, nous avons vécu une saison extraordinaire. Le coach avait vraiment la volonté de nous faire jouer vers l’avant. Saint-Étienne a fini la saison sixième. On s’est fait plaisir, on a fait plaisir au public. Puis ça s’est compliqué l’année suivante. En ayant atteint la sixième place, certaines personnes se sont crues sur une autre planète et ont commis des erreurs stratégiques.

 

 

Puis la deuxième saison (2000/01) a été cauchemardesque pour les Verts…
Pourtant tout avait bien commencé. Saint-Étienne a d’ailleurs été en tête à la mi-temps de la 5eme journée (ndlr : à Auxerre 4-3). Derrière Lucien Mettomo et José Aloisio se blessent. Moi, Jéremie Janot me rentre dedans. Je sors sur civière. Ensuite ç’a toussé au niveau des résultats. Robert Nouzaret s’est fait évincer sans trop savoir pourquoi. Les joueurs n’ont pas été mis au courant. On s’est retrouvés au mois de décembre avec un effectif dans le doute et un entraîneur (ndlr : John Toshack) qui ne parle pas un mot de français et qui nous lâche juste avant de partir en stage. Derrière, les dirigeants stéphanois me demandent de reprendre l’équipe tout en restant sur le terrain. Les trois premiers matchs de l’année 2001 se passent bien. On bat le PSG 1-0 dans un Stade Geoffroy-Guichard en ébullition. Je me rappelle d’une communion extraordinaire entre les joueurs et le public. On est douzièmes avec 24 points le dimanche soir. Marseille, Monaco et Lens étaient derrière nous. Deux jours après, à mon arrivée à l’entraînement, on m’apprend que sept points nous ont été retirés pour des soit disant faux passeports.

 

 

Comment les dirigeants t’ont annoncé leur désir de te voir entraîneur-joueur de Saint-Étienne ?
Un matin, à la fin du mois de décembre, je vois John Toshack partir de l’Etrat à bord de son 4x4 complètement plein avec des cartons et des costards accrochés. Là, je comprends qu’il va se barrer. Après l’entraînement, il y a une réunion avec les dirigeants stéphanois qui nous annoncent qu’ils ne peuvent pas retenir John Toshack qui part à la Real Sociedad. Après ma première saison, les dirigeants de Saint-Étienne m’ont proposé un projet de reconversion car ils avaient aimé mon état d’esprit et mon investissement. Les joueurs voulaient aussi que je m’investisse. Ils avaient confiance en moi. Du coup les dirigeants m’ont proposé le poste après avoir essuyé quelques refus de certains coachs dont Joël Muller. J’ai été accompagné par Rudi Garcia dans cette mission. Il a arrêté sa carrière de joueur à 28 ans donc il a mis le pied à l’étrier assez jeune. Il avait déjà beaucoup de connaissances par rapport à la préparation athlétique.

 

 

« Quand j’ai repris le RC Lens en 2008, il y avait une grosse attente et une exigence impérative car le club avait 30 millions d’euros de dettes. Si je ne fais pas remonter le club cette saison-là, le RC Lens aurait été très, très mal »

 

 

Comment as-tu appris cette affaire de faux passeports ?
On me convoque un jour, avant l’entraînement à l’Etrat fin janvier. Je me dis que John Toshack est sûrement parti parce qu’il était au courant de quelque chose. Avec sept points en moins, ce n’est plus du tout le même championnat. Ensuite, je me fais évincer avant la fin de la saison. J’ai eu une altercation, en tête à tête, avec le président Alain Bompard suite aux mauvais résultats. Je n’étais pas d’accord avec ce qu’il disait dans les journaux et dans le vestiaire. Les deux derniers mois, je suis au placard, je suis ni joueur ni entraîneur. Ç’a été très difficile à digérer. En cette fin de saison, Lens et Joël Muller m’ont sollicité. On s’est vus à Dijon avant la fin du championnat et il m’a demandé de devenir un joueur important du vestiaire lensois. Pour ma dernière saison à Lens, à 35 ans, j’ai joué les 34 matchs de la saison (ndlr : en 2001/02, il y avait 18 équipes en L1).

 

 

Quels sont tes meilleurs souvenirs de ta dernière saison à Lens en 2001/02 ?
En début de saison, l’Equipe nous avait annoncés relégables. A la fin, on a quand même joué la finale du championnat à Lyon (3-1). Ils avaient un banc plus fourni que nous. Lens a fait plein de nuls en fin de saison car notre attaque était un peu cramée physiquement. El-Hadji Diouf était rincé après la Coupe d’Afrique des Nations, Daniel Moreira avait tout donné. On n’avait pas de suppléants devant. C’était rageant de finir deuxième lors de la dernière journée, mais on a quand même réussi à décrocher une place en Ligue des Champions. Pour ma part, j’avais signé un an et j’ai arrêté ma carrière sur cette deuxième place. Quelques semaines plus tard, un agent m’a appelé pour savoir si le projet d’entraîner le RC Paris en National pouvait m’intéresser. C’était bien pour démarrer officiellement ma carrière d’entraîneur.

 

 

Parmi toutes tes expériences d’entraîneur, quelle saison t’a le plus marqué ?
C’est la saison 2008/09 quand j’ai fait remonter le RC Lens en Ligue 1. Il y avait une grosse attente et une exigence impérative car il y avait 30 millions d’euros de dettes. Si je ne fais pas remonter le club cette saison-là, le RC Lens aurait été très, très mal. Pour un ancien joueur du club, qui compte 200 salariés, la charge était lourde. Ç’a été une fierté et quelque chose de fort humainement de faire remonter le club. Puis il y a aussi la fierté d’avoir lancé quelques jeunes talents comme Raphaël Varane qui selon moi mérite le Ballon d’Or.

 

 

Propos recueillis par Clément Lemaître

 

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