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Jérémy Hénin, l’ancien défenseur central du Havre, de Sedan et d’Angers, s’est aujourd’hui reconverti en tant que paysagiste. Alors qu’il se prépare à passer le BEF en septembre prochain, Jérémy Hénin a refait le film de sa carrière de joueur : du HAC, le club qu’il supportait plus jeune au Stade Jules Deschaseaux avec son frère et où il a évolué de 1996 à 2004 puis de 2007 à 2010, à Angers en passant par Sedan. Un club qui lui a permis de jouer la finale de la Coupe de France 2005 face à Auxerre (1-2). Le Normand revient sur les plus grands moments de sa carrière et notamment ce match au Stade Louis II où il a mis Emmanuel Adebayor dans sa « poche ».

 

 

 

Jérémy Hénin, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel en 2014 ?
Je suis resté à Angers. Aujourd’hui, je suis paysagiste dans le domaine de la création depuis trois ans. Après ma fin de carrière, j’ai entamé une formation et ça m’a vraiment plu. Quand j’avais ma maison à Octeville-sur-Mer, près du Havre, je faisais le jardin. J’aime l’aspect créatif dans le jardinage. Par ailleurs, je suis entraîneur de l’équipe féminine de l’En Avant Baugeois (près d’Angers). Je devrais passer le BEF (Brevet d’entraîneur de football) en septembre prochain.

 

 

 

La transition entre le foot professionnel et la vie « réelle » a-t-elle été difficile ?
Franchement, non. Je n’ai jamais eu la folie des grandeurs. J’ai la tête sur les épaules. J’ai été éduqué comme ça. Au niveau du foot, je n’ai pas ressenti de manque. J’ai vraiment arrêté pendant un an. Je me suis mis au trail. Puis, j’ai donné un coup de main dans un club de DH près d’Angers (Beaucouzé) pendant un an. J’ai arrêté parce qu’il fallait s’entraîner trois fois par semaine. Je commençais à fatiguer d’autant plus que je suivais ma formation de paysagiste en parallèle.

 

 

 

Revenons à tes débuts. Tu es originaire du Havre. Quels sont tes souvenirs d’enfance au Stade Jules-Deschaseaux ?
Plus jeune, j’habitais Boulevard de la République au Havre et j’allais voir les matchs avec mon frère. Je demandais même à ma grand-mère de confectionner des drapeaux en ciel et marine. J’étais également impressionné quand je voyais des joueurs du HAC en ville pour des événements : Joël Tiehi, Philippe Mahut, Pierre Aubame ou Alain Casanova. J’adorais ces moments. Mon joueur préféré était Philippe Mahut. Il avait un superbe jeu de tête même s’il n’était pas grand. C’était impressionnant.

 

Comment as-tu intégré le HAC ?
De 6 à 13 ans, je jouais à l’ASPTT du Havre avec mon frère. Mon père était dirigeant et entraîneur. Mes parents ne voulaient pas que je parte trop tôt au HAC. A 14 ans, Pierre Foissac est venu me chercher chez moi. C’est à ce moment-là que mon aventure au HAC a commencé.

 

 

« J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les supporters du HAC. Je n’hésitais pas à discuter avec eux sur le parking du stade après les matchs. Il y a eu parfois des échauffourées parce qu’il y avait des sifflets. Je les trouvais injustes »

 

Qu’as-tu ressenti lorsque tu as participé à ton premier entraînement avec l’équipe première du Havre ?
C’était la période où Guy David entraînait le HAC. J’avais 16 ans. Après une semaine d’entraînement avec les pros, il m’a appelé dans son bureau avant un déplacement à Bordeaux. Il voulait que je fasse un marquage individuel sur Zinédine Zidane (rires) et m’avait expliqué des détails tactiques. Finalement, je suis resté sur le banc toute la rencontre. Avec le recul, il a eu raison de ne me pas me lancer en pro dans ces conditions. Finalement, j’ai joué le seizième de finale de Coupe de France à Blénod où le HAC s’est incliné aux tirs-au-but (1-1 ap, 4-2 aux t.a.b [en février 1996]). Le président Hureau nous avait mis une rouste. C’était l’époque des Jean-Pierre Delaunay, Ibrahim Ba ou Christophe Revault qui m’a beaucoup marqué par sa carrure et son charisme. Quand il te parlait sur le terrain, tu tremblais un peu. Tu te demandais si tu avais fait une connerie alors qu’il était juste là pour te conseiller.

 

 

 

Tu as joué ton premier match de Ligue 1 à Lens (8 mars 1997, 28eme journée de L1). Il y avait Titi Camara, Tony Vairelles ou Philippe Vercruysse en face…
Mathieu Louis-Jean était blessé et le coach m’a fait jouer arrière droit. Quel kiff de jouer au Stade Bollaert. J’en avais des frissons. Les supporters lensois avaient chanté une chanson à la gloire de Roger Boli (lire son interview ici) et il avait eu les larmes aux yeux. Il a marqué l’unique but de la rencontre d’ailleurs. Ce soir-là, je ne me suis pas trop posé de questions par rapport aux joueurs qu’il y avait en face. Ce match a lancé ma carrière.

 

 

 

Au cours de ta première période au HAC (de 1997 à 2004), quels ont été tes meilleurs souvenirs ?
Je retiens surtout la ferveur qu’il y avait au Stade Jules Deschaseaux, ce stade à l’anglaise qui était magnifique quand il était plein. Je ne m’attachais pas forcément à mes statistiques personnelles. Ma priorité était de donner du bonheur aux gens au stade. Ces gens qui paient pour venir te voir jouer au foot. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour les supporters du HAC. Je n’hésitais pas à discuter avec eux sur le parking du stade après les matchs. Il y a eu parfois des échauffourées parce qu’il y avait des sifflets. Je les trouvais injustes. Quand un joueur n’est pas bon, il n’en fait pas exprès.

 

 

 

Le HAC a connu des joueurs magnifiques de Vikash Dhorasoo à Guillaume Hoarau en passant par Alain Caveglia, Souleymane Diawara ou Steve Mandanda. Lequel t’a le plus marqué ?
Je ne me focalisais pas sur les individualités mais plus sur le collectif. Mais si je dois en citer un, je dirais Guillaume Hoarau. Il était exceptionnel. Un jour on l’a envoyé en prêt à Gueugnon où il a fini meilleur buteur en six mois. Ensuite il est revenu au HAC et a terminé meilleur buteur de Ligue 2. Il nous a permis de monter. S’il n’avait pas eu ce mental, peut-être qu’il ne marquerait pas aujourd’hui en Ligue des Champions (ndlr : avec les Suisses des Yong Boys de Berne). Je dirais aussi Souleymane Diawara, c’était un monstre sur le terrain. Il ne forçais jamais et était toujours présent.

 

 

 

« Anthony Le Tallec et Florent Sinama Pongolle ? On leur a tout donné tout de suite…Après quand tu n’as pas forcément l’entourage qu’il faut, tu ne peux pas effectuer la carrière que tout le monde espère. Aussi, un joueur prêté ne fait pas les mêmes efforts qu’un autre qui appartient au club. Quelque part tu t’en fous un peu car tu sais que la saison suivante, tu repars dans ton club d’origine. Leur prêt au HAC a été une bêtise. Ça ne les a pas aidés et nous non plus »

 

Tu as côtoyé Anthony Le Tallec et Florent Sinama-Pongolle (ndlr : les deux champions du monde moins de 17 ans ont été achetés par Liverpool à l’été 2002 et prêtés la saison suivante au Havre) à l’époque où les observateurs les voyaient comme les futurs stars du foot. Comment cet engouement était vécu au sein du groupe havrais ?
Le problème est qu’on leur a tout donné tout de suite. C’est toujours le cas aujourd’hui avec beaucoup de gamins. Anthony et Florent, je les trouvais super bons. Anthony avait déjà un excellent jeu de tête. Flo allait très vite et était intelligent dans le jeu. Après quand tu n’as pas forcément l’entourage qu’il faut, tu ne peux pas effectuer la carrière que tout le monde espère. Aussi, un joueur prêté ne fait pas les mêmes efforts qu’un autre qui appartient au club. Quelque part tu t’en fous un peu car tu sais que la saison suivante, tu repars dans ton club d’origine. Leur prêt au HAC a été une bêtise. Ça ne les a pas aidés et nous non plus.

 

 

Pourquoi es-tu parti à Sedan, alors en L2, en 2004 ?
J’étais en fin de contrat avec Le Havre. Je recherchais un club et Sedan s’est manifesté. J’étais en fin de cycle avec Le HAC. Quand tu appartiens trop longtemps à un club, tu stagnes voire tu régresses. Il faut partir pour se remettre en question. J’ai peut-être vécu mes trois meilleures années de foot à Sedan. J’ai joué dans un groupe exceptionnel, notamment en 2005, l’année de la finale de la Coupe de France. A Sedan, j’ai côtoyé des habitants exceptionnels. Les gens sont très attachants. J’ai adoré. La deuxième saison a été très positive aussi car Sedan a décroché sa montée en L1 à Reims, au Stade Auguste-Delaune.

 

 

 

Nicolas Sachy (lire son interview juste ici) disait que les joueurs de Sedan étaient aussi populaires que Neymar. Es-tu d’accord avec lui ?
Ah oui. Les gens venaient en nombre à l’entraînement tous les jours, peu importe le temps. Ils nous suivaient partout à l’extérieur. A Louis-Dugauguez, la ferveur était exceptionnelle. Dans la rue, les Sedanais venaient souvent discuter de foot avec moi quelques minutes. C’était toujours très respectueux.

 

 

 

Quels sont tes meilleurs souvenirs de l’épopée de Sedan en Coupe de France 2005 ?
Il y a d’abord cette demi-finale à Monaco (1-0 pour Sedan). On s’est battus comme des chiens. Quand tu vois Monaco lors du tirage au sort au départ, tu te dis « c’est fini ». Finalement on a gagné face à une grosse équipe de Monaco. C’était inespéré. Au retour dans l’avion, je montrais mon costume à mes coéquipiers et je disais : « Adebayor, il est dans ma poche ».

 

 

« J’ai joué la finale de la Coupe de France 2005 trois-quatre fois dans ma tête. Je me disais : « quelles conneries je dois éviter de faire ». On dit toujours de ne jamais jouer le match avant dans sa tête mais quand tu ne l’as jamais vécu, tu ne peux pas savoir »

 

Comment as-tu vécu la finale face à Auxerre (ndlr : défaite 1-2)…
La veille, je n’ai pas très bien dormi. J’ai fait une sieste d’un quart d’heure l’après-midi du match. J’ai joué la finale trois-quatre fois dans ma tête. Je me disais : « quelles conneries je dois éviter de faire ». On dit toujours de ne jamais jouer le match avant dans sa tête mais quand tu ne l’as jamais vécu, tu ne peux pas savoir. J’ai aussi été impressionné de voir la moitié du stade en vert et rouge. C’était magnifique. La première mi-temps a été compliquée avec Benjani Mwaruwari en face. Je me suis mis trop de pression. Puis en deuxième mi-temps, toute l’équipe s’est libérée et on est revenu à 1-1 avec un but exceptionnel de Stéphane Noro. Puis tu prends ce but à la 92eme minute…

 

 

Bonaventure Kalou était rentré quelques minutes auparavant…
Il était en Afrique la veille pour jouer un match avec la Côte d’Ivoire. Gérard Bourgoin l’avait fait revenir en urgence pour jouer la finale. Finalement, c’est lui qui marque. C’est le destin. Après le match, c’est allé vite. J’ai pris la médaille, j’ai serré des mains même si je regardais plus mes chaussures que les gens en face. C’est bête parce que j’étais quand même dans la tribune présidentielle du Stade de France.

 

 

Pourquoi es-tu reparti au Havre en 2007 ?
J’ai joué les premiers matchs de la saison 2006/07 avec Sedan en L1. Lors de la période novembre-décembre, j’ai un peu moins joué. Mes performances personnelles étaient moins bonnes. Jean-Pierre Louvel et Pascal Urano, les ex-présidents du Havre et de Sedan, étaient très copains. Jean-Pierre Louvel a insisté pour que je revienne et le président sedanais m’a laissé partir. Thierry Uvenard, qui entraînait le HAC à l’époque, avait aussi souhaité que je fasse mon retour au Havre.

 

 

Comment as-tu vécu ton retour au HAC ?
C’était bien. Mais si c’était à refaire, je ne le referais pas. Quand tu reviens chez toi, les gens attendent beaucoup plus de toi. Ils pensent que tu vas être le messie et faire monter le club. C’était une bonne expérience de revenir au Havre mais pas forcément au niveau du foot.

 

 

« Après une erreur défensive qui a sûrement coûté la montée en L1 en 2014, je suis allé voir les supporters d’Angers pour m’excuser et ils m’ont applaudi. On m’a même écrit deux lettres pour me remercier de mon passage au SCO »

 

Finalement tu montes en L1 et tu deviens champion de L2 la saison suivante avec une très belle équipe : Christophe Revault, Nicolas Gillet, Guillaume Hoarau, Jean-Michel Lesage…
Humainement, cette saison a été exceptionnelle. Pour moi, les rapports humains sont les plus importants dans le foot. Sur le terrain, nous nous mettions minables les uns pour les autres. Dans les buts, il y avait Bioman. On l’appelait comme ça car il arrêtait tout. Derrière, je m’entendais super bien avec Nicolas Gillet : il était plus dans la relance et moi j’étais davantage dans le duel. Malheureusement, la saison suivante (2008/09) en L1 n’a pas été une réussite. Peut-être que nous n’avions pas le niveau. Si tu es dernier, c’est qu’il y a une raison.

 

 

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre Angers en 2010 ?
J’étais en fin de contrat avec Le HAC. Le club ne m’a pas fait une proposition qui m’intéressait. Je l’ai regretté à l’époque car j’avais acheté ma maison, je pensais avoir une reconversion au club. J’ai été une semaine au chômage. Grâce à Nicolas Gillet, qui était devenu un cadre du vestiaire du SCO, j’ai pu rejoindre Angers.

 

 

Quand tu as rejoint Angers en 2010, le club était en milieu de tableau de L2. Aujourd’hui, le club est bien installé en L1. Quels ont été les éléments qui ont permis au SCO Angers de progresser lors des dix dernières années ?
Au départ, la ville d’Angers avait envie d’avoir un club de foot au plus haut niveau. Puis des personnes ont fait avancer le club comme Saïd Chabane. Quand on regarde les infrastructures du SCO Angers aujourd’hui par rapport à 2010, il n’y a pas photo.

 

 

Lors de la saison 2013/14, Angers loupe la montée en perdant à domicile face à Caen (1-2) en fin de championnat. Tu as notamment été fautif sur le premier but caennais. Quels souvenirs gardes-tu de ce match ?
Oui je me souviens de cette action. Il y a eu un ballon en profondeur, je pensais qu’il était long et qu’Alexandre Letellier allait l’intercepter sans problème. J’ai laissé passer Mathieu Duhamel car je pensais que notre gardien était juste derrière moi. Sauf que ce n’était pas le cas. Mathieu Duhamel a pris le ballon et a tranquillement battu notre gardien. Je me suis effondré. C’est fou car les gens ne m’en ont pas voulu. A la fin du match, je suis allé voir les supporters d’Angers pour m’excuser et ils m’ont applaudi. On m’a même écrit deux lettres pour me remercier de mon passage à Angers. J’ai fini ma carrière à la fin de saison à l’âge de 36,5 ans. Je remercie mes parents, ma femme et mes filles pour m’avoir accompagné dans cette aventure car pour pratiquer ce métier-là, il faut savoir faire des concessions.

 

 

Propos recueillis par Clément Lemaître

 

 

 

Tu es supporter du HAC ? Découvre cette belle interview de Thierry Uvenard

 

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