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L’ex-arrière latéral du PSG vous fait revivre sa superbe carrière comme si vous y étiez. De ses débuts à Monaco époque Jean-Luc Ettori à ses cinq saisons pleines au PSG en passant par ses années à Châteauroux et notamment sa relation forte et teintée de respect avec Michel Denisot. Jimmy Algerino se livre également sur ses regrets et notamment son manque de proximité avec les journalistes pendant sa carrière. Une présence médiatique qui lui aurait sûrement permis d’atteindre l’équipe de France. Entretien sincère avec l’ancien numéro 17 du PSG.

 

Jimmy Algerino, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de foot professionnel ?
Quand tu finis ta carrière, tu vis un peu une période difficile par rapport à la reconversion. Il y a eu un long moment de transition et j’ai décidé de revenir dans le football, j’ai passé mes diplômes pour être opérationnel sur tout ce qui est technique et ce qui se passe sur le terrain. J’ai une licence en management dans les métiers du sport. Cela m’a notamment permis d’avoir des responsabilités à Toulouse Fontaines. Ensuite, j’ai créé ma société de conseils, je travaille avec les joueurs, les agents et les clubs. Le but est d’élaborer des projets sportifs. Je me suis aussi rapproché du Paris-Saint-Germain via ses académies. Aujourd’hui, si j’étais approché pour un projet au niveau de l’organisation d’un club professionnel, je serais tenté d’y aller car je pourrais mettre en pratique mon expérience personnelle de joueur et celle que j’ai connue après ma carrière.


Tu as joué cinq saisons au PSG entre 1996 et 2001. Quel regard portes-tu sur le PSG actuel ?
J’ai beaucoup de plaisir et de respect par rapport à ce qui a été fait au PSG depuis quelques années. Je suis heureux que désormais tous les clubs européens craignent le Paris-Saint-Germain. Je savoure que ce club ait retrouvé l’excellence. Avec mes cinq saisons au PSG, dont je garde de très bons souvenirs, je suis devenu supporter du club. Et c’était compliqué de le voir en difficulté après l’époque Canal +. Heureusement, c’est reparti aujourd’hui. Le PSG a beaucoup d’ambitions, beaucoup de moyens et beaucoup de bons joueurs. J’espère que cela va se concrétiser sur le plan européen comme cela a été le cas dans les années 90.


Revenons à ta carrière, que représentait le football pour toi à tes débuts ?
Plus jeune, quand on me demandait le métier que je voulais faire, je répondais footballeur. C’était le but que je voulais atteindre. Le quotidien de joueur me faisait rêver : m’entraîner, taper dans le ballon, faire des matchs, marquer et jouer devant un public. Mais je n’ai jamais défini un plan de carrière. Le plus important pour moi était de devenir joueur de football professionnel.


« Sans prétention aucune, je n’ai pas été impressionné à Monaco. Si ce n’est de voir ce qu’était le monde pro c’est-à-dire la notoriété et tout ce qui se passe derrière : les belles voitures, les déplacements, les hôtels ou voir le Prince Albert qui venait aux collations »


A quel moment as-tu signé professionnel justement ?
Après avoir joué à Toulouse Fontaines, je suis parti à Niort où j’ai joué presque 30 matchs pour ma première année en pro. Mais pendant un laps de temps, Niort a perdu le statut pro. Quand Monaco a su que j’étais libre, l’ASM est venu me chercher pour intégrer le groupe.


Comment as-tu trouvé ta place à Monaco, une équipe qui avait plein de grands joueurs au début des années 90 ?
L’année qui a suivi ma signature, Monaco m’a prêté à Épinal malgré mes quatre-cinq matchs avec les pros. Mon manque de formation m’a fait défaut à ce moment-là car j’avais fait sport étude auparavant et non un centre de formation. J’avais des carences aux niveaux physique et tactique. Après mon prêt, Monaco n’a pas souhaité me récupérer et je suis parti à Châteauroux.


Qu’est-ce qui t’a marqué lors de ton passage à Monaco ?
Sans prétention aucune, je n’ai pas été impressionné. Si ce n’est de voir ce qu’était le monde pro c’est-à-dire la notoriété et tout ce qui se passe derrière : les belles voitures, les déplacements, les hôtels ou voir le Prince Albert qui venait aux collations. C’était quelque chose de surprenant pour moi d’intégrer ce monde-là. A Niort, j’avais déjà fait quelques matchs en pro et je n’avais peur de personne. Je retiens aussi les belles rencontres et notamment Gérald Passi ou Jean-Luc Ettori. C’était incroyable de se retrouver avec ces joueurs que je regardais à la télé plus jeune. Les discussions que j’ai eues avec eux étaient vraiment constructives et cela confirmait mon projet de devenir joueur de football professionnel.


« Jean-Luc Ettori venait à l’entraînement en 2CV et Gérald Passi en moto. Ils étaient très accessibles et pensaient avant tout au plaisir du jeu. Ils ne se prenaient pas la tête et dans le même temps ils travaillaient beaucoup »


Que t’ont dit Jean-Luc Ettori et Gérald Passi ?
Leur conseil, c’était avant tout l’humilité. Je me rappelle que Jean-Luc Ettori venait à l’entraînement en 2CV, et Gérald Passi en moto. Ils étaient très accessibles et pensaient avant tout au plaisir du jeu. Ils ne se prenaient pas la tête et dans le même temps, ils travaillaient beaucoup. A l’époque, le respect des anciens était très important. Comme c’était le cas, que j’étais bosseur et volontaire sur le terrain, ils ont été super sympas avec moi.


Après Monaco, tu es parti à Châteauroux. Que retiens-tu de tes années castelroussines ?
Pour moi, l’essentiel était de jouer et de me défoncer pour le collectif. Châteauroux était une première étape. Quand je suis arrivé, le club était en National. Derrière, il y a eu une montée en Ligue 2. A ce moment-là, mon objectif était de me rapprocher de Toulouse, ma ville natale. A l’issue de ma deuxième saison à Châteauroux, Bordeaux était intéressé pour me prendre et moi en tant que Toulousain, je me disais que c’était pas mal pour me rapprocher de ma famille et de mes amis. Mais Châteauroux en a décidé autrement : tout était déjà calé pour que je parte au PSG.


Comment le transfert au PSG en 1996 se conclut-il exactement ?
A l’époque, je n’avais pas d’agent et je gérais tout, tout seul. Au début, je n’étais pas super chaud pour aller à Paris. Pour moi, en tant que provincial, j’étais impressionné de jouer dans la Capitale. J’avais essayé de négocier moi-même pour aller à Bordeaux. Mais le transfert à Paris était déjà ficelé et c’était comme ça. En quelques mots, Michel Denisot (ndlr : ex-président de Châteauroux au début des années 90 puis dans les années 2000 mais également ex-président délégué du PSG au milieu des années 90), pour qui j’avais beaucoup de respect, m’a convaincu. Il m’a dit : « je t’ai suivi pendant plusieurs années et on compte sur toi ».


« Je suis sûr à 90% que Neymar kiffe jouer au Parc des Princes. Même s’il a joué au Maracana »


Au milieu des Raï, Leonardo, Loko, as-tu été impressionné à tes débuts au PSG ?
Non car après Monaco, je n’avais pas envie de revivre deux fois la même chose. C’est-à-dire qu’on me prenne pour le petit jeune et qu’au bout d’un an on me prête ailleurs. Je pensais juste à un seul objectif : être le meilleur pour pouvoir jouer.


Finalement, tu as enchaîné les matchs au PSG pendant cinq saisons : de 1996 à 2001…
Exactement. Je m’impose rapidement et malheureusement je me blesse dans la foulée. Pourtant, Michel Denisot m’avait pris pour mes qualités mais aussi parce que je n’avais jamais été blessé lors de mon début de carrière. Puis je me suis ré-imposé malgré la succession des coachs au PSG. Mais au bout de cinq ans, j’étais un peu lassé de ce manque de stabilité après le départ de Michel Denisot. J’aurais pu rester et jouer dix ans au PSG mais Luis Fernandez est arrivé sur le banc et on ne s’est pas très bien entendus. J’ai alors préféré tenter une expérience à l’étranger. Je suis parti en Italie. Mon rêve était d’aller au Milan AC. Au départ, j’avais des contacts avec le Milan AC et la Fiorentina et je me suis retrouvé à signer à Venise. Mon but était de signer au Milan AC un an plus tard. Mais ça ne s’est pas passé comme ça et j’ai décidé de rentrer en France.


Quand au joue au PSG, cela fait quoi de fouler la pelouse du Parc des Princes surtout avec l’ambiance incroyable qu’il y avait à l’époque ?
Je suis sûr à 90% que Neymar kiffe jouer au Parc des Princes. Même s’il a joué au Maracana. Le Parc des Princes est un stade magique. Il y a certes des stades plus beaux, plus grands, mais le Parc des Princes est un stade extraordinaire. L’ambiance lors de PSG-Steuea Bucarest était indescriptible. Pareil lors des PSG-OM. Je remercie le club du PSG, Michel Denisot et moi-même d’avoir pu évoluer dans ce stade. Surtout à l’époque où l’ambiance était incroyable. Il y avait une telle énergie.


« Quand on est un peu trop brut, on ne pense pas à se lier avec les journalistes lors des avants ou des après matchs ou à faire parler de soi au bon moment. Si tu as un lien avec un journaliste, tu as plus facilement des meilleurs notes dans les journaux. Je n’ai pas été bon de ce point de vue là. Pour monter les échelons, il ne suffit pas seulement d’être bon sur le terrain »


Quel est ton meilleur souvenir en tant que joueur du PSG ?
J’ai plein de bons souvenirs : le fait d’avoir joué la finale de la Coupe des Coupes 1997 contre le FC Barcelone, d’avoir remporté le doublé Coupe de la Ligue-Coupe de France en 1998, avoir eu l’occasion de jouer contre la Juventus Turin en Supercoupe d’Europe, de vivre le milieu professionnel de très, très haut niveau. Mais aussi d’avoir été très, très proche de l’équipe de France avant la Coupe du Monde 1998. Pour moi, ma carrière a été une fabuleuse expérience de vie. Elle m’a ouvert à la vie, à des gens exceptionnels et brillants comme Michel Denisot ou Bernard Brochand. J’ai même eu accès au monde de la politique. J’ai eu la chance de côtoyer Philippe Séguin ou de rencontrer le maire de Paris. Ma carrière a été guidée par la vie et a été faite de plein de découvertes. Je suis ravi de ce que j’ai fait. Je ne regrette rien. J’appris tellement de choses sur la vie et sur moi-même.


Qu’est-ce qui t’a manqué pour atteindre l’équipe de France ?
Je pense avoir été blessé lors de certains moments clés où j’aurais pu être appelé pour au moins être testé. Il faut aussi être bien entouré et avoir l’agent qu’il faut. Moi je faisais tout au feeling, sans calcul. C’est ce qui m’a manqué à un moment donné. Même par rapport aux journalistes, je ne comprenais pas à l’époque qu’il y avait une attitude à avoir. Quand on est un peu trop brut, on ne pense pas à se lier avec les journalistes lors des avants ou des après matchs ou à faire parler de soi au bon moment. Si tu as un lien avec un journaliste, tu as plus facilement des meilleurs notes dans les journaux. Je n’ai pas été bon de ce point de vue là. Pour monter les échelons, il ne suffit pas seulement d’être bon sur le terrain. L’autre fois, le journaliste Gilles Verdez a dit sur RFI : « Jimmy Algerino n’était pas un bon client pour les journalistes ». Oui c’est vrai, quand je jouais au PSG, je n’étais pas un bon client pour les médias. Pour les journalistes, il y a cette volonté d’avoir quelques échanges et des infos. Moi, je n’étais pas demandeur. Je ne comprenais pas que cela aurait pu avoir un impact sur ma carrière. Tout ça, je l’ai compris bien après.


Est-ce que c’est un regret pour toi aujourd’hui ?
Oui car cela m’aurait permis de lutter à armes égales avec les autres joueurs. J’ai joué cinq saisons au PSG, ce n’est pas rien, j’ai relevé tous les challenges. Mais moi, je pensais à jouer, à progresser et à profiter sur le terrain. Je n’ai jamais eu de plan de carrière.


« En 2001, j’aurais aimé partir du PSG après une belle fête. Ça n’a pas été le cas. Du coup terminer sur une finale de Coupe de France en 2004 avec Châteauroux, faire un match plein, revoir les supporters parisiens, ça m’a permis d’avoir la sortie que je n’ai pas pu avoir quand je faisais encore partie du PSG »


Tu as terminé ta carrière à Châteauroux et avec notamment cette finale de Coupe de France face au PSG (1-0 pour Paris) en 2004…
En fin de carrière, je n’étais plus dans mon élément car je n’avais plus cette volonté farouche d’être le meilleur aux entraînements. Pendant deux-trois ans, je jouais lors des six derniers mois. Chaque été, je disais « j’arrête » et on me demandait de revenir au bout de quelques mois. C’est un peu con car je ne savais pas que l’après-carrière n’était pas évidente. Si je m’étais donné tous les moyens de le faire, j’aurais pu jouer jusqu’à 38 ans facile en professionnel. Pour revenir à cette finale de Coupe de France, j’ai vécu cette rencontre face au PSG comme un soulagement. En 2001, j’aurais aimé partir du PSG après une belle fête. Ça n’a pas été le cas. Du coup terminer sur une finale de Coupe de France avec Châteauroux, faire un match plein, revoir les supporters parisiens, ça m’a permis d’avoir la sortie que je n’ai pas pu avoir quand je faisais encore partie du PSG.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Au départ, en tant que provincial, j’avais un peu d’appréhension de jouer à Paris. Mais au final, j’ai joué et vécu dans un endroit où je me sens bien. C’est toujours un plaisir de revenir à Paris et de côtoyer le PSG. Paris m’a beaucoup apporté.


Propos recueillis par Clément Lemaître