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Réputé pour ses qualités techniques supérieures à la moyenne et son amour du jeu, Mickaël Pagis explique pourquoi il s’est révélé sur le tard dans le football professionnel. L’ex-attaquant formé à Laval raconte aussi ses plus beaux souvenirs de joueur à l’OM, Sochaux, Strasbourg et Rennes où il a laissé d’excellents souvenirs. Entretien magistral avec « Pagistral ».

 

Mickaël Pagis, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière ?
Quand j’ai arrêté en 2010, j’ai commencé à passer mes diplômes d’entraîneur puis j’ai intégré le staff de la formation du Stade Rennais. J’étais présent lors des séances d’entraînement de la réserve et en match. Dans le même temps, je faisais quelques séances spécifiques pour les attaquants. Puis, j’ai intégré l’équipe de France de Beach Soccer. Ça m’a permis de couper progressivement et de découvrir une nouvelle discipline. C’était donc un bon tremplin pour la reconversion.


Est-ce que le métier de footballeur professionnel te manque aujourd’hui ?
Non même si on vit des moments particuliers dans les stades, dans le vestiaire où il y a beaucoup d’émotions. Ce qui me manque surtout, c’est le jeu en lui-même. C’est la passion du jeu qui m’a guidé pendant toute ma carrière.


Beaucoup d’observateurs se souviennent de tes belles années à Sochaux, Strasbourg, Marseille et Rennes, mais la première partie de ta carrière pro s’est déroulée en L2 et en National à Laval, Châtellerault, au Gazélec Ajaccio et à Nîmes (de 1993 à 2001). Comment expliques-tu que tu n’aies pas réussi à avoir une place dans un club de Ligue 1 avant tes 28 ans ?
J’ai effectué une formation classique au Stade Lavallois, ça m’a permis de découvrir le métier et de me confronter aux matchs de Ligue 2. Je n’ai pas débuté dans la facilité. Après, j’ai été prêté en National où c’était plus amateur. Ça m’a permis de mûrir. Je pense que je suis arrivé à maturité plus tard que les autres joueurs.


« Cette rencontre avec Jean Fernandez a été un déclic pour ma carrière »


Cependant, tu marquais beaucoup de buts chaque saison en L2 ou en National. Pensais-tu que tu réussirais à être repéré par un club de L1 et à effectuer la fin de carrière que tu as accomplie par la suite ?
Ce n’était pas un objectif en soi. Moi, l’objectif était vraiment de jouer et tant mieux si c’était au plus haut niveau. J’ai vécu des bons moments en National, j’ai vécu dans des groupes sympas. Quand j’étais jeune, je ne disais pas : « plus tard, je jouerai en Ligue 1 et la Ligue des Champions ». Moi je voulais être le plus efficace possible, tout faire pour le maillot que je portais. Je n’avais pas de plan de carrière. Je vivais au jour le jour.


La Ligue 2 est un championnat plus « guerrier ». En tant qu’amoureux du beau jeu et du beau geste, comment as-tu réussi à t’imposer dans ce championnat ?
Je me suis adapté. C’est important de savoir s’adapter dans le football ou dans la vie en général. Même si je n’avais pas de grandes qualités athlétiques, il m’a fallu être malin, anticiper un peu plus sur certaines actions, dans le placement. Puis j’ai aussi beaucoup travaillé au quotidien.


Au mercato d’hiver 2001, Sochaux qui luttait pour la montée en L1 te recrute. Comment Sochaux t’a contacté à un moment où tu enchaînais les belles performances avec Nîmes ?
Au début de la saison 2000/01, Nîmes a reçu Sochaux. Cette saison-là, Sochaux était très bien classé et avait l’objectif de remonter en Ligue 1. J’ai réalisé ce jour-là un très bon match. Cela a interpellé Jean Fernandez qui était le coach de Sochaux à l’époque. Il m’a rapidement contacté pour savoir si j’étais prêt à relever le challenge de la montée avec Sochaux lors de la deuxième partie de saison et de jouer en Ligue 1 ensuite. Cette rencontre avec Jean Fernandez a été un déclic pour ma carrière.


« Je n’ai que des bons souvenirs des matchs au Stade Bonal. Le public sochalien est connaisseur. Je sentais que chaque match était un moment de fête »


Comme toi Jean Fernandez est un amoureux du jeu. Cela a bien collé entre vous ?
Ouais complètement. Je ne cache pas que c’était un peu difficile au début car j’ai dû m’adapter au plus haut niveau. Parfois, il m’est même arrivé de me poser des questions. Mais finalement, j’ai encore réussi à m’adapter à une équipe d’un meilleur niveau, à mes partenaires, en me demandant comment je pouvais être utile à l’équipe et ça a bien fonctionné.


Devant avec Santos, Pierre-Alain Frau, sans oublier Stéphane Crucet, Camel Meriem, Benoît Pedretti, Franck Durix au milieu, tu as dû prendre un pied d’enfer à exercer ton métier de joueur de foot ?
Ah ouais. Offensivement, nous étions une équipe qui jouait beaucoup en contre et qui allait très vite vers l’avant. Je n’ai que des bons souvenirs des matchs au Stade Bonal. Le public sochalien est connaisseur. Je sentais que chaque match était un moment de fête. J’aimais bien évoluer dans ce stade fermé à l’anglaise.


Quand Sochaux monte en L1 en 2001, dans quel état d’esprit es-tu à ce moment-là : revanchard ou souhaites-tu juste prendre du plaisir avec le FC Sochaux qui proposait un beau style de jeu ?
Non, je n’avais aucun esprit de revanche. Pour moi, atteindre la Ligue 1, c’était déjà une satisfaction. Il a fallu travailler pour perdurer à ce niveau-là. Le plus difficile n’est pas d’atteindre un niveau mais plutôt d’y rester. Je me suis attelé à travailler et à rester au plus haut niveau. Avec Sochaux, j’ai aussi découvert la Coupe de l’UEFA contre le Borussia Dortmund ou l’Inter Milan. C’était un peu nouveau pour moi. J’ai vécu des moments énormes dans ces superbes stades. Ces stades que tu vois à la télé et là tu y es. C’était vraiment une bonne expérience.


« Avec Mamadou Niang, on se trouvait les yeux fermés. Pour que ça fonctionne entre deux attaquants, il faut de la différence »


Pourquoi quittes-tu Sochaux en 2004 et pourquoi choisis-tu Strasbourg ?
A l’époque, je n’avais pas énormément de choix mais j’avais eu un bon contact avec Marc Keller. Strasbourg est un grand club avec une identité et une histoire. Avec Strasbourg, ça s’est fait naturellement.


Pourquoi ton duo avec Mamadou Niang a-t-il si bien fonctionné à Strasbourg ?
Parce que nous étions différents et complémentaires. Je jouais plus dos au jeu, en déviation et j’étais plus passeur. Mamad’ était plus un joueur d’espaces. Nous nous sommes bien trouvés. Pour que ça fonctionne entre deux attaquants, il faut de la différence. C’est vrai qu’avec Mamad’, on se trouvait les yeux fermés et c’était une grande force pour Strasbourg. Avec le Racing, j’ai aussi vécu un grand moment lorsque nous avons gagné la Coupe de la Ligue en 2005 contre Caen (2-1). Une finale, ça se gagne tout simplement. J’avais aussi gagné la Coupe de la Ligue la saison précédente avec Sochaux (victoire aux tirs-au-but contre Nantes) et ces deux finales gagnées restent de très bonnes expériences.


Comment Marseille te sollicite-t-il et te fait signer en janvier 2006 ?
Six mois plus tôt, Jean Fernandez était parti entraîner Marseille. C’est lui qui m’a une nouvelle fois contacté pour reconstituer le duo d’attaque avec Mamadou Niang. C’est parti comme ça. Pour moi à l’époque, ça me paraissait impensable que Marseille me sollicite. Avec toute son histoire, le Stade Vélodrome, l’Olympique de Marseille, c’était énorme. Donc, je n’ai pas hésité une seule seconde. C’était aussi un plus que l’entraîneur me connaisse car il connaissait mes qualités et mes défauts et savait comment me faire évoluer.


« Les supporters marseillais ont sûrement vu en moi un joueur qui jouait pour l’équipe, qui mouillait le maillot et qui se dépensait. Je donnais tout pour le club »


Pourquoi selon toi les supporters marseillais t’ont rapidement adoré ?
Ils ont sûrement vu en moi un joueur qui jouait pour l’équipe, qui mouillait le maillot et qui se dépensait. Je donnais tout pour le club. Ils me disaient aussi qu’ils appréciaient ma simplicité. J’avais de très bonnes relations avec les supporters marseillais. Quand ça se passe moins bien, les supporters de l’OM sont là pour vous le dire, mais ils sont aussi présents pour vous féliciter quand ça va bien. Même encore aujourd’hui, je reçois des petits mots sympas de la part des supporters de l’OM. Ça fait plaisir d’avoir laissé une bonne image.


Comment as-tu réussi à t’imposer rapidement dans l’équipe de l’OM ?
Comme souvent je me suis adapté. Au début à l’OM, je jouais plus seul devant, Mamad’ était plus côté gauche. J’étais utile à l’équipe. L’OM avait un jeu de possession et c’était quelque chose que j’aimais bien. Petit à petit, j’ai montré aux yeux de l’entraîneur et de mes partenaires que j’étais un joueur important pour l’équipe. Marquer des buts importants m’a aussi permis de m’imposer.


Comment tu te sentais sur le terrain avec les Ribery, Nasri, Niang ?
Nous étions des joueurs avec des styles de jeu différents. Le jeu de Franck Ribéry était porté sur la provocation balle au pied et les grandes chevauchées, Samir était plus un joueur qui mettait le pied sur le ballon, Mamad’ était un joueur de profondeur et moi je jouais en remise. Pour nos adversaires, c’était difficile de lire notre jeu.

Quel but t’a donné le plus de frissons au Vélodrome ?
Le but en Coupe de France contre Lyon en huitièmes de finale (2-1) en janvier 2007 où j’étais remplaçant au départ. Mamadou Niang aussi. Après notre rentrée, alors que nous étions menés, j’ai réussi à marquer et Mamad’ ensuite. Du fait de ce retournement de situation, il y avait une ambiance de folie au stade. Ça reste un grand moment où les supporters de l’OM ont joué un rôle important. C’est pour ressentir ces émotions-là qu’on joue au foot. A Marseille, la pression est multiplié par dix. Si ça ne se passe pas très bien, il faut se mettre dans sa bulle et se concentrer sur son jeu. Et faire abstraction de l’extérieur. Dans l’autre sens, c’est énorme de sentir les supporters de l’OM derrière soi. L’ambiance après un but, c’est énorme aussi. C’est une explosion de joie, tu en as des frissons.


Lorsque tu enchaînais les bonnes prestations avec l’OM, aurais-tu mérité une sélection en équipe de France ?
Non, non. J’ai connu le très haut niveau très tard. En me sélectionnant, l’équipe de France n’aurait pas misé sur l’avenir. Puis offrir une sélection pour remercier ou faire plaisir, je ne vois pas trop l’intérêt. Je n’avais pas le niveau international. En tout cas si je l’ai eu, je l’ai eu trop tard.


Pourquoi as-tu quitté Marseille pour Rennes en 2007 ?
J’étais âgé de 33 ans à la fin de la saison et je ne jouais pratiquement plus à l’OM. J’étais en fin de carrière, je voulais profiter pleinement de mes dernières années et je ne souhaitais pas être sur le banc. J’aurais pu rester et me la couler tranquille, mais je ne voyais pas les choses comme ça. Je voulais tenter un dernier challenge ailleurs, profiter et jouer.


« Au début à Rennes, je n’étais pas bon, il faut le dire. Les supporters rennais me l’ont fait comprendre. Puis avec le temps, ça s’est amélioré et je suis devenu un joueur apprécié. Avoir réussi à faire changer l’opinion des gens, c’est ma grande victoire »


Quel bilan fais-tu de ton passage au Stade Rennais ?
Le bilan est positif. Je suis arrivé avec l’étiquette du joueur passé par l’OM donc il y avait une attente particulière. C’est ce que j’ai ressenti. Au début, je jouais seul devant et je n’étais pas très bon. Il faut le dire. Les supporters rennais me l’ont fait comprendre. Puis avec le temps, ça s’est amélioré et je suis devenu un joueur apprécié. Avoir réussi à faire changer l’opinion des gens, c’est ma grande victoire.


Tu es arrivé à Rennes à 33 ans et tu as arrêté à 36 ans. Comment as-tu fait pour rester compétitif à une période où souvent beaucoup de joueurs sont sur le déclin ?
Je n’avais de secret. Comme dans tout métier, je me remettais constamment en cause. Quand je mettais un triplé, je ne me disais pas « ça va venir tout seul après ». Au contraire. Il fallait remettre le bleu de chauffe. Aussi je n’étais pas un joueur qui misait tout sur les qualités athlétiques et ça m’a permis de rester performant une fois mes 35 ans passés.


Dans quel état d’esprit étais-tu quand tu as arrêté ta carrière ?
Je m’y étais un peu préparé car lors de ma dernière saison, l’entraîneur (ndlr : Fréderic Antonetti) ne me faisait pas jouer à Rennes. Je ne faisais que les entraînements et le week-end je ne jouais pas. Du coup pendant cette saison, je me suis préparé mentalement à ne plus jouer et à ne plus m’entraîner non plus. Ce n’était pas évident à vivre. Quand on passe 15 ans dans le monde du foot, la coupure est assez particulière quand même. C’était une bonne transition de jouer ensuite avec l’équipe de France de Beach Soccer. Ça m’a permis de revivre des émotions dans un sport différent et avec des objectifs de progression également. Le Beach Soccer est un sport que j’adore.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Quand j’étais joueur professionnel, j’ai atteint le maximum de mes possibilités. J’ai connu des moments difficiles où j’ai dû descendre d’un échelon, de la Ligue 2 en National, pour mieux rebondir ensuite. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret, je suis heureux de ce que j’ai fait. Une carrière de joueur de foot, ce n’est pas un long fleuve tranquille mais moi je me suis éclaté dans un métier de passion.


Propos recueillis par Clément Lemaître