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Sur le terrain comme en interview, Nicolas Esceth’N-Zi va droit au but. Dix ans après la fin de sa carrière, l’actuel entraîneur de jeunes à l’Étoile Fréjus Saint-Raphaël ouvre avec grand plaisir la boîte à souvenirs de l’épopée de Gueugnon en Coupe de la Ligue et évoque également les clubs ainsi que les rencontres qui ont rythmés sa carrière. De Didier Drogba à Amara Traoré. Entretien.


Nicolas Esceth-N’Zi que deviens-tu depuis l’arrêt de ta carrière ?

Je suis papa et j’entraîne les petits, en 8 Elite, à l’Étoile Fréjus Saint-Raphaël avec Christophe Chartier et Christophe Millimono. Les petits sont motivés, le niveau est pas mal. Sur le plan technique, on leur fait beaucoup bosser la passe et le contrôle ce qui est le plus important dans le football. C’est important qu’ils jouent au ballon. Nous, on ne veut pas que le gardien tire loin devant. Si on perd on s’en fout, on veut que ça relance à la main et que ça joue au ballon. J’aime l’idée de transmettre mon expérience et que les jeunes évitent de faire les même conneries que moi. A l’époque, j’avais du talent donc ça passait. Mais pour ceux qui en ont moins, ça ne passera pas.


Qu’est-ce qui te manque dans le foot pro ?

C’est le jeu qui me manque. L’odeur avant les matchs : c’est-à-dire l’odeur de la pelouse, des merguez dans les tribunes à l’échauffement, le bruit. Tout ce truc-là. On se rend compte de pas mal de trucs quand on a vieilli mais c’est trop tard. On analyse mieux le jeu avec l’âge et je suis bizarrement un peu plus passionné qu’avant. Avant c’était mon métier, j’adorais ça, mais les matchs à la télé, ça me gonflait. Maintenant je les regarde plus et on apprend énormément.


Et qu’est-ce qui ne te manque pas ?

Tous les à côtés et les gens qui te tapent sur l’épaule quand ça va bien et qui ne te voient pas quand ça va moins bien. Tous ces faux-culs comme dans tous les boulots du monde. Tu sais dans le milieu du football, il faut faire pas mal de courbettes et baisser son pantalon. Je n’ai jamais réussi à le faire et j’ai souvent eu des petits problèmes. Même maintenant, jamais je ne baisserai ma culotte pour avoir un poste. Jamais de la vie. Je ne réclame rien.


Selon toi, en quoi le football a changé ?

Maintenant, on peut plus facilement partir. A 17 ans, j’étais titulaire en Première Division avec Gueugnon. Derrière, on est descendu en D2 et Gueugnon n’a pas voulu me vendre. A l’époque, je n’ai pas eu mon mot à dire. Déjà je ne savais pas les offres que j’avais. Je ne savais rien du tout. Maintenant ça n’existe plus, le mec il est vendu demain.


Revenons en arrière. Comment as-tu attrapé le virus du football ?

Quand j’étais petit j’adorais déjà le foot mais quand je prenais la balle je dribblais tout le monde pour aller marquer. Mes entraîneurs à l’époque me disaient « non, il faut que tu joues avec tes copains ». Je ne comprenais pas car je marquais des buts et je me faisais crier dessus. Ça m’a gonflé et j’ai arrêté. Puis on m’a envoyé dans un orphelinat à Bourges et un jour quelqu’un m’a vu jouer et m’a demandé de jouer avec l’équipe de l’orphelinat. Moi je ne voulais pas et du coup ils m’ont mis en « perm » tous les week-ends. J’étais une tête cramée et j’avais dit « il n’y a pas de soucis ». Après le premier week-end de colle, j’ai accepté de jouer. A l’époque, j’étais gardien et j’avais été retenu en sélection de l’équipe du Centre pour faire la Coupe Nationale. Mais un jour, une place devant s’est libérée, j’ai eu ma chance et j’ai pété le cul à tout le monde. C’est parti comme ça en fait.


«  Raï avait des cuisses impressionnantes, on aurait dit un bœuf »


Comment cela s’est-il enchaîné pour toi ensuite ?

Ensuite, j’ai signé au FC Bourges qui était en L2 à l’époque. J’ai fait -15 et -17 national. Ensuite je voulais prendre mon envol, je ne voulais plus rester à l’orphelinat, donc je suis parti au centre de formation de Gueugnon. A l’époque, il y avait Nantes et Auxerre qui étaient intéressés mais mon tuteur à l’orphelinat me disait : « si tu pars à Nantes ou Auxerre, avec ton caractère, dans deux mois tu te feras virer. Peut-être à Gueugnon, ils vont prendre plus de temps car des bons joueurs, ils n’en ont pas 40 ». C’est exactement ce qui s’est passé : pendant un an mon formateur, qui était excellent, ne m’a pas lâché et un an après, j’étais dans l’équipe pro. Tout a été super vite pour moi.


Quels souvenirs gardes-tu de tes débuts en professionnel en D1 lors de la saison 1995/96 avec Gueugnon ?

Mon premier match, c’était contre le PSG, mon club de cœur. A 17 ans, jouer contre Raï et compagnie, c’était fabuleux. Raï avait des cuisses impressionnantes, on aurait dit un bœuf. Je suis rentré à 25 minutes de la fin, j’ai pris un carton jaune si je me souviens bien et j’ai mis un taquet à José Cobos avec l’excitation. On s’était pris une branlée (3-1). J’étais très fier de jouer ce match. A l’époque, les adversaires m’appelaient « petit ». Ce qui est bien dans le foot, c’est qu’il y a des hiérarchies : au début on t’appelle par ton numéro ou « petit », et le jour où on t’appelle par ton prénom, ça y est ça veut dire que les gens te connaissent. Je me souviens avoir joué contre Zinédine Zidane, Youri Djorkaeff, avec son plat du pied exter’ qui allait à 2000 à l’heure, ou Lilian Thuram. Quand je les regardais je me disais : « putain c’est propre ».


C’était comment d’être footballeur pro à Gueugnon ?

A l’époque dans la ville, tout tournait autour du club de foot. C’était très pro sinon, on avait des belles installations. Il y avait plein de clubs pro qui n’avaient pas tout ce qu’avait Gueugnon. Tous les 3 du mois, le salaire tombait. Tout était impeccable. Comme c’était une petite ville, les joueurs étaient soudés. Humainement, Gueugnon représente mes plus belles années de football. On était une bande de potes, c’était génial.


En quoi l’engouement était-il spécial dans la ville ?

Franchement c’est partout pareil, quand vous allez au supermarché, vous rencontrez des gens qui vous connaissent. En fait, quand on est dedans, on est tellement habitué qu’on ne s’en rend plus compte et on a l’impression que c’est normal. C’est quand c’est fini qu’on se rend compte qu’on est devenu des inconnus. Maintenant si on va quelque part, tout le monde s’en branle.


En quoi ressentais-tu que tu jouais dans une « petite ville » ?

C’était une pression différente parce que tout le monde se connaissait et ça faisait famille. Les gens m’appelaient par mon prénom. Si t’avais un problème, tu allais voir le président et on en parlait. Des fois, à Gueugnon on restait deux heures dans le vestiaire, on avait que ça à faire. Quand je suis arrivé à Caen en 2000, après mon premier entraînement, il y a eu une conférence de presse, je reviens dans le vestiaire et il ne restait plus que trois personnes, tout le monde s’était barré.


«  A l’heure actuelle avec l’équipe de Gueugnon 2000 en Ligue 1, on ne descendrait pas »


Revenons au sommet de ta période gueugnonnaise : la victoire en finale de Coupe de la Ligue en 2000 (2-0) face au PSG. Comment avais-tu préparé ce match ?

Le match était le samedi et le mercredi avec David Andreani, Sylvain Flauto et Cédric Chabert, on part à Montceau-les-Mines faire la fête. On rentre, on avait trop bu. Les flics nous arrêtent et nous disent : « si vous ne gagnez pas samedi, la prochaine fois qu’on vous croise on vous aligne à chaque fois ». On leur a promis de gagner et à l’arrivée on a battu le PSG. A l’entraînement, c’était très sérieux, malheureusement en dehors on ne savait pas dire non. Dès qu’il y en avait un qui disait « on va juste boire un coca et on rentre », on arrivait au bar à 18h ou 19h et on repartait carrés à 3h. On était jeune, c’était une bonne période.


Comment expliques-tu le très bon match de ta part et de toute l’équipe ?

Sincèrement, on avait du talent. Peut-être moins que les Parisiens, mais sur un match avec plus d’envie et de réussite, ça passe. J’ai revu plusieurs fois le match et on a super bien joué. On proposait du jeu à terre sans arrêt, on ne balançait pas. Sur le premier but, il y a un peu de réussite : à la base je dois aller provoquer, mon coach me dit « allez, provoque, provoque », je suis mort, j’ai presque des crampes et je tire. Je ne sais pas ce que fait Dominique Casagrande, il ne la prend pas, elle rebondit sur le poteau et Trapasso marque du plat du pied. Même à l’heure actuelle avec cette équipe-là en Ligue 1, on ne descendrait pas.


Comment tu t’étais senti personnellement ?

Ça allait vite mais en confiance j’étais très bon sur les dribbles. Puis j’avais de bons coéquipiers. A côté de moi, il y avait Cédric Chabert qui me soulageait sur les taches défensives et ça m’aidait beaucoup.


Est-ce que des joueurs du PSG t’ont marqué ce jour-là ?

Oui Jay-Jay Okocha. Il m’avait impressionné par son aura. C’est le truc des grands joueurs qui quand ils ont le ballon, on n’ose pas y aller. Parce qu’on se dit « qu’est-ce qu’il va me faire ». Mais ce jour-là, je pense que Paris avait énormément de pression, ils devaient absolument gagner car ils jouaient contre Gueugnon, donc s’ils perdaient c’était la honte. Nous on n’avait aucune pression : on n’avait rien à faire là.


Côté Gueugnonnais, il y avait c’est vrai une très belle équipe avec toi, Marcelo Trapasso, Sylvain Distin ou Amara Traoré…

Sylvain Distin a fait une super carrière ensuite en Premier League mais je ne pensais pas qu’il ferait une carrière aussi époustouflante. Après le championnat anglais était fait pour lui, il a des super qualités athlétiques et en plus techniquement il a progressé. Chapeau à lui. Sinon, il y avait aussi Amara Traoré. C’était le grand frère. C’est lui qui m’a remis en scelle quand je faisais des conneries. Quelques années avant, le coach m’avait remis au centre de formation et il avait été le voir pour qu’il me redonne une chance. Puis c’était reparti. C’était lui qui me canalisait. Le coach pouvait dire un truc je m’en foutais mais si Amara levait la voix je me taisais. C’était pareil avec tout le monde.


« Avec le foot actuel, Gueugnon ne peut plus rivaliser »


Avez-vous toujours des contacts avec des dirigeants ou supporters à Gueugnon ?

Non, en fait je n’ai plus beaucoup de contacts avec personne excepté avec certains joueurs.


Comment tu vis la descente de Gueugnon en division amateur ?

Ça me fait chier pour les supporters et les gens qui aiment le club. Ça me fait chier car c’est le club qui m’a formé, il y avait des gens sympathiques. Sur Facebook, les supporters m’envoient quelques fois des petits mots sympathiques. Avec le foot actuel, Gueugnon ne peut plus rivaliser. Une fois que l’usine est partie, c’était mort. C’est l’usine Ugine qui tenait le club.


Pourquoi décides-tu de partir à Caen en 2000 alors que tu pouvais jouer la Coupe d’Europe avec Gueugnon ?

Je ne voulais plus rester, c’était clair. J’avais 23 ans et je jouais en équipe première depuis déjà 6 ans. J’avais pas mal de contacts comme Marseille, Villarreal, Bordeaux, Metz aussi car j’avais eu Joël Muller au téléphone mais ça tardait au niveau des négociations avec Gueugnon. Puis un jour, Philippe Montanier, avec qui j’avais joué à Gueugnon et qui était devenu directeur sportif à Caen, m’a appelé et m’a dit : « écoute je ne pense pas qu’on peut s’aligner avec ce qu’on te propose ailleurs mais Caen a un projet ambitieux, tu serais la tête de gondole et ça me plairait que tu viennes ». Il m’a envoyé la proposition et j’ai dit à Gueugnon que je voulais partir à Caen. Au début Gueugnon n’était pas chaud, je ne me suis pas entraîné pendant une semaine et ensuite je suis parti à Caen où j’ai multiplié mon salaire par huit. Je gagnais des clopinettes à Gueugnon et forcément ça change la vie.


Pourquoi la saison à Caen est plus difficile que prévu ?

Une catastrophe. J’arrive dans un club qui est miné de l’intérieur avec deux clans : les anciens et les plus récents. Ils ne pouvaient pas se piffrer et ne s’adressaient pas la parole. Moi qui était nouveau, les deux clans essayaient toujours de me rallier à eux. Je ne voulais pas rentrer dans les histoires. C’était très dur à l’entraînement, ça ne faisait que de s’engueuler. Des joueurs se prenaient pour des stars alors que c’étaient des rigolos. Par contre, j’ai vraiment adoré le club et la ville. C’était beau. Je me souviens de mon premier match avec Caen : Caen-Cannes (2-2) en juillet 2000. Quand Marc Zanotti a égalisé sur coup-franc, je m’en souviendrai toute ma vie du bruit que cela a fait. Je ne connaissais pas la sensation de jouer à domicile avec 20 000 personnes. J’aurais pu rester plusieurs années mais ça ne s’est pas très bien passé. En fin de saison quand Lorient (alors promu en L1) a voulu me recruter, j’ai fait des pieds et des mains pour y aller et ils m’ont laissé partir.


Par contre à Caen, tu as sans doute marqué l’un des plus beaux buts du derby Caen-Le Havre…

J’ai eu de la chance (rires). Je m’en souviens très bien de ce but car je n’en ai pas marqués des millions. J’étais côté gauche et je dribble plein d’adversaires puis je tire et elle part en pleine lunette. Juste devant moi, il y avait mon meilleur ami, Eric Deloumeaux qui jouait au Havre. Il était fou-furax que je marque contre lui. Il avait insulté tous ses coéquipiers, il était comme un dingue car il savait que j’allais le chambrer à la fin du match. Puis en face c’était Le Havre, donc on nous avait monté le bourrichon un peu toute la semaine. En marquant dans les derbys, on peut rester un peu plus dans les mémoires.


« Avec le recul Christian Gourcuff a eu raison de m’écarter, si je suis coach je fais pareil »


Ensuite, tu joues à Lorient en 2001/02 et tu vis l’éclosion de Seydou Keita…

Seydou, c’était un très bon joueur et un très gentil garçon. Il était tout ce que je n’étais pas. Quand l’entraînement était fini, il rentrait chez lui et mangeait une assiette de riz avec du poisson puis il allait faire une sieste. Il se réveillait à 17h, regardait la télé et mangeait une assiette de poisson avec du riz à 19h, buvait sa bouteille d’eau et retournait au lit. Mais c’est lui qui avait raison, la preuve il a joué au Barça. Sur le terrain, on sentait qu’il avait du talent et il était très travailleur. Aujourd’hui, je me demande toujours comment on a fait pour descendre avec l’équipe qu’on avait. Avec Jean-Claude Darcheville ou Pascal Feindouno, on finit dans les six ou sept premiers facile aujourd’hui.


Sinon as-tu apprécié ton passage à Lorient ?

Oui j’ai adoré. J’ai beaucoup aimé la mentalité des Bretons. Le club, j’aimais beaucoup aussi. Puis ça jouait au ballon, c’était agréable.


Puis tu as été pendant un an sous les ordres de Christian Gourcuff en 2003/04…

Ensemble ça ne s’est pas très bien passé, mais c’est moi qui ai déconné. Au début de saison, j’avais une proposition de Metz. Mais Lorient ne voulait pas que je parte donc je suis resté. Le premier match de championnat, il me met remplaçant. Donc ça m’énerve et ainsi de suite. Un jour, il me convoque dans son bureau et me dit : « à l’entraînement tu es énervé, tu n’écoutes pas ». Moi je ne comprenais pas, j’avais une proposition pour jouer en L1 et au final Lorient refuse et le coach me met sur le banc. Lors de la discussion, je lui ai dit : « de toute façon, je n’en ai rien à faire, si vous n’êtes pas content, ne me faites pas jouer je m’en fous ». Il m’a dit : « si tu t’en fous je ne te fais pas jouer ». En fait, il ne m’a pas fait jouer de l’année.


Comment ça s’est terminé en fin de saison ?

Lors du dernier match de la saison, je dis au revoir à tout le monde dans les salons VIP du stade. Puis je le croise en partant. Il me serre la main et me dit : « bon courage pour la suite mais t’es bête Nico parce que si tu étais venu pour t’excuser, cette histoire aurait été terminée ». Avec le recul, il a eu raison de m’écarter, si je suis coach je fais pareil.


Ensuite tu as fini ta carrière à Montpellier…

Je suis arrivé à Montpellier avec Robert Nouzaret et il voulait faire une équipe avec des jeunes et quatre ou cinq anciens dont moi car j’avais 29 ans à l’époque. Mais certains jeunes n’avaient pas le niveau. Puis Jean-François Domergue le remplace et pour son premier match je me blesse au genou pendant cinq ou six mois. Quand je reviens, il me fait jouer contre Monaco, Guingamp et après il ne m’a plus fait jouer. Pourtant, on était le 30 janvier et il me restait un an et demi de contrat. Il m’a dit qu’il ne le sentait pas et qu’il ne me ferait plus jouer. L’été suivant quand je reviens, on me dit que je ne pars pas en stage. Et là, j’ai lâché à 30 ans. Je n’avais pas envie de m’entraîner avec la réserve.


« Au début en sélection je donnais des conseils à Didier Drogba »


Sinon, tu as été sélectionné à une reprise avec la Côte d’Ivoire en 2002…

A mon époque, il y avait beaucoup de matchs amicaux entre des sélections et des clubs. Donc je n’ai pas qu’une sélection avec la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas considéré comme des sélections mais normalement je dois avoir cinq ou six caps. Sinon, j’ai joué un match officiel de qualification pour la CAN contre l’Afrique du Sud (0-0), et j’étais titulaire. C’était le renouveau de la sélection. Avec Didier Drogba, Abdoulaye Meité, on était les petits nouveaux. J’ai appris que j’allais jouer la veille. Cyril Domoraud, le capitaine, m’avait dit que le coach souhaitait me faire démarrer et m’a demandé si je me sentais prêt. J’étais chaud. Le lendemain, il faisait 37° et à la mi-temps j’étais cuit. Le coach m’a demandé si je pouvais continuer, j’ai dit oui mais en fait je ne pouvais pas, d’ailleurs j’ai été sorti un quart d’heure après. Sur une action en deuxième mi-temps, j’en voudrais toute ma vie à Didier Drogba car il pouvait me décaler seul face au gardien mais il a voulu la jouer perso et l’a loupée. Après j’avais refusé d’autres sélections car j’avais des soucis sur le plan privé. Aujourd’hui je regrette j’aurais dû y aller. Aussi il faut savoir que j’avais refusé la sélection lors des deux années qui ont précédé ma première cap : je suis franco-ivorien, ma maman est blanche et mon papa est noir. Je ne savais pas trop comment ça allait être perçu là-bas, j’avais peur. Une fois Robert Nouzaret m’a appelé et m’a passé quelques joueurs. Ils m’ont dit : « Nico, il n’y a pas de soucis » et j’y suis allé. J’ai été super fier de jouer pour cette sélection ivorienne. J’aurais aussi été super fier de jouer pour la France mais je n’étais pas assez fort pour les Bleus.


Quel était l’engouement en Côte d’Ivoire ?

C’est un truc de fou à Abidjan. C’est à vivre. De notre hôtel au stade, environ 1000 personnes couraient derrière notre bus pour nous encourager. Je ne sais pas comment raconter mais c’était incroyable. J’ai vu un mec, il n’avait qu’une jambe et il courait derrière le bus avec ses béquilles. L’engouement c’est un truc de fou là-bas. De fou. Jouer pour une nation, ce n’est pas rien. A l’hymne national, j’avais les larmes aux yeux. Puis en sélection, je n’ai rencontré que des très bons mecs comme Didier Drogba notamment.


Que retiens-tu de Didier Drogba ?

La première fois que je l’ai vraiment calculé, il jouait à Guingamp. On avait fait un match amical Lorient-Guingamp à l’été 2002. Il avait été remplaçant et avait fait son apparition en fin de match. Je me souviens qu’on s’était moqués de lui. On trouvait qu’il était pataud. Puis il a commencé à jouer avec Guingamp et en sélection, et on est devenus potes. Après Didier est un joueur qui a énormément travaillé. Faut se rendre compte quand même qu’au début en sélection je donnais des conseils à Didier Drogba. C’est l’hôpital qui se fout de la charité (rires). Sauf qu’en six mois, c’est lui qui me les donnait les conseils. Il a vraiment bossé sur toutes ses lacunes techniques et il est devenu un top player.


Enfin, quel est le onze type de Nicolas Esceth-N’Zi (joueurs et entraîneur(s) qui ont joué avec toi ) ?

Audard – Fanzel, Distin, Boniface, Bouzin – Chabert, Seydou Keita- Esceth-N’Zi, Mansaré – Loko, Feindouno. Entraîneurs : Christian Gourcuff et adjoint Alex Dupont.

En défense c’est très Gueugnonnais. En attaque, je mets Patrice Loko car c’est mon idole. J’aurais aussi pu mettre Jean-Claude Darcheville, je l’adore. Devant c’est pas mal mais il faut que je les serve bien malheureusement (rires) En entraîneur, ça va étonner tout le monde mais je vais mettre Christian Gourcuff. Mais je pense que c’est vraiment un bon coach même si il manque parfois de personnalité. Il a des bonnes idées au niveau du jeu et ça j’aime beaucoup.


Souhaites-tu ajouter des choses qui te tiennent à cœur ?

Je voudrais parler d’un certain nombre d’éducateurs qui ne comprennent rien au football. Ils gueulent sur des gamins de sept ans vous vous rendez compte. Des gamins quand ils ont le ballon ils tirent loin devant et les coachs disent « c’est bien, c’est bien ». Mais non c’est pas bien, apprends lui à contrôler le ballon, à faire des passes, à redemander le ballon, à dribbler. Ils sont contents ils ont gagné 1-0, sans faire trois passes du match, mais c’est une plaie pour le football. A 7 ans, les gamins sont là pour apprendre à jouer, on s’en fout de ça. C’est comme la fédé, des fois pour départager les gamins ils font un quiz. A la fédé aussi, le mec qui me formait il n’a jamais joué plus haut qu’en DH. Mais le mec il va m’apprendre le football, c’est incroyable non? Après on me sort toujours : « ce n’est pas parce que tu as été un bon joueur que tu vas devenir un bon entraîneur ». C’est clair, mais il faudra m’expliquer comment on forme des bons entraîneurs sans jamais avoir joué au football. Après on va me dire, « oui mais regarde Gérard Houllier ». Mais Gérard Houllier, il n’a entraîné que des cadors donc c’est plus facile. En Ligue 1, pas besoin d’expliquer comment faire une passe en profondeur ou un centre, le joueur sait le faire. Pour faire évoluer la formation, comment on fait si le formateur n’a jamais fait un plat du pied à dix mètres. Voilà, c’était mon coup de gueule.

Propos recueillis par Clément Lemaître