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Actuellement entraîneur au Royal Francs Borains en Belgique, Nicolas Huysman (50 ans) vit toujours le football avec passion. C’est avec cette passion qu’il raconte ses belles années à Dunkerque où il a été lancé en pro à 16 ans et demi, puis à Metz où il a été fortement marqué par le duo Joël Muller-Carlo Molinari. Après l’échec de la descente en D2 avec Caen en 1995, Nicolas Huysman s’est relancé au Havre pendant quatre belles saisons. Avant de conclure sa carrière à Créteil puis Dunkerque. Entretien sincère avec l’ex-coéquipier d’Aljosa Asanovic et Robert Pires au FC Metz.


Nicolas Huysman, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière à Dunkerque lors de la saison 2002/03 ?
Aujourd’hui, je suis entraîneur en Belgique au Royal Francs Borains. Nous sommes montés en deuxième division amateur. Ce qui équivaut au haut de tableau de Nationale 2 en France. Avant, j’ai été à Dunkerque pendant une quinzaine d’années où j’ai occupé différents postes : manager général, directeur sportif ou entraîneur de l’équipe première. Le métier de coach me plaît, j’apprécie particulièrement la relation humaine, transmettre et la compétition.


Pendant ta carrière de joueur, tu as connu de grands coachs comme Alex Dupont, Joël Muller, Daniel Jeandupeux, Pierre Mankowski, Guy David, Denis Troch ou Gernot Rohr. Lequel t’a le plus inspiré ?
Tous m’ont apporté quelque chose et m’ont aidé à me construire en tant que coach. Moi je suis un coach passionné, je donne et travaille beaucoup. J’aime trouver des solutions tactiques pour poser des problèmes à l’adversaire. J’ai tous les diplômes pour entraîner mais à l’heure actuelle il me manque celui pour coacher les professionnels. Pourquoi pas le passer en Belgique.


Revenons au début de ta carrière Nicolas. C’était comment le football à Dunkerque à la fin des années 80 ?
Je me souviens d’une belle bande de potes qui jouait pour le plaisir et l’amour du club, pas pour l’argent. Parce qu’on aimait le foot. A Dunkerque, j’ai démarré en pro à 16 ans et demi. Suite au dépôt de bilan, le club a fait jouer les jeunes du centre de formation. Sous la houlette d’Alex Dupont, il y avait une bonne équipe composée aussi de quelques anciens. Les jeunes les écoutaient beaucoup. Les entraînements étaient rugueux, très rigoureux. La partie athlétique était très importante, on s’entraînait beaucoup sans ballon. Il fallait être prêt pour devenir joueur professionnel, il fallait gagner sa place. Aujourd’hui, on vit dans une société où ça va vite, donc il faut jouer plus vite, plus jeune. C’est une société kleenex, on prend, on jette. Cependant, ça ne me dérangerait pas de jouer aujourd’hui. Je n’ai rien contre la nouvelle génération. Au contraire, pour être coach, il faut savoir s’adapter.


Quels souvenirs gardes-tu d’Alex Dupont ?
Il a été très important dans ma carrière. C’est lui qui m’a donné ma chance à 16 ans et demi. Je l’ai aussi côtoyé au centre de formation. C’est un coach qui est proche de ses joueurs. Il les aime. Alex, c’est un passionné de foot. Je suis toujours en contact avec lui aujourd’hui.


« Carlo Molinari n’avait presque même pas besoin de faire signer un contrat car il n’avait qu’une parole… J’ai admiré son humilité et surtout sa connaissance du sport de haut niveau… Il n’y avait pas besoin de passer des heures avec lui pour se rendre compte qu’il s’y connaissait »


Comment es-tu recruté par le FC Metz en 1990 ?
J’ai été recruté par Metz car j’ai côtoyé Joël Muller lorsqu’il était encore joueur à Dunkerque. Quand il est devenu entraîneur de Metz, il a continué de suivre mes prestations. Puis les recruteurs de Metz sont venus me voir jouer et ils m’ont transféré. J’ai choisi Metz malgré les sollicitations de Strasbourg ou Bordeaux. Metz, ç’a été un coup de cœur avec Carlo Molinari. Je suis encore attaché au FC Metz aujourd’hui. Je pense avoir laissé une empreinte positive là-bas. C’est un club qui m’a marqué, qui m’a construit en tant qu’homme. Un club avec des valeurs humaines. Quand vous avez Carlo Molinari, président, et Joël Muller, entraîneur, les belles valeurs vous les avez.


Dans une interview sur Foot d’Avant, Philippe Gaillot disait qu’il y avait une force de club très importante à Metz. Est-ce que tu confirmes ?
C’est vrai. Il pouvait tout arriver, on savait qu’on allait être ensemble. Sur le terrain, il y avait toujours un joueur qui était là pour couvrir son partenaire. Nous étions très, très solidaires, il a raison Philippe. On avait une force incroyable et un seul objectif : la gagne. J’ai vécu trois années magnifiques à Metz avec des très grands joueurs comme Aljosa Asanovic. Parfois je jouais au poste de numéro 10 avec lui, c’était énorme. On avait aussi des très bons joueurs comme Philippe Chanlot, Jean-Philippe Sechet ou les Michel Ettorre, Albert Cartier, Philippe Hinschberger qui étaient des enfants de la maison. Ils transmettaient les valeurs du club. Ensuite, ce sont les Philippe Gaillot et Pascal Pierre qui les ont transmises. Il y avait vraiment l’amour du maillot et une grande ferveur populaire. Metz est certainement le club le plus construit parmi ceux que j’ai connus lors de ma carrière. Je suis triste que le FC Metz n’arrive pas à se pérenniser en Ligue 1 aujourd’hui.


Joël Muller a été le coach emblématique de Metz dans les années 90. Comment ça se passait avec lui la semaine à l’entraînement et en match ?
Quand je jouais à Metz, Joël démarrait sa carrière de coach. Il était très rigoureux. Il n’était pas très, très proche de ses joueurs mais il faisait très attention à l’humain. Il avait beaucoup de recul, il te comprenait. C’est quelqu’un de très intelligent, un passionné de foot, un ancien défenseur rugueux. Joël est un enfant du pays, donc il transmettait ses valeurs.


Quels souvenirs gardes-tu de Carlo Molinari ?
Il est président d’honneur du FC Metz. Ça reste un grand monsieur du football. Un grand président. Il n’avait presque même pas besoin de faire signer un contrat car il n’avait qu’une parole. Il se mettait à la hauteur des gens qu’il avait en face de lui. J’ai admiré son humilité et surtout sa connaissance du sport de haut niveau. Il a fait des Grands-Prix moto plus jeune. On ressentait sa culture sport. Il n’y avait pas besoin de passer des heures avec lui pour se rendre compte qu’il s’y connaissait. Aujourd’hui, beaucoup trop de dirigeants ont une méconnaissance du foot et du sport de haut niveau. Ça ne s’apprend pas, ça se vit. Ou alors il faut être patient pour l’apprendre. Et aujourd’hui, les dirigeants n’ont pas cette patience, il y a trop d’enjeux économiques.


« A Metz, il y avait une solidarité très forte même si parfois c’était chaud à l’entraînement. Des fois, on se mettait sur la gueule parce que nous étions des compétiteurs. Le compétiteur, ce n’est pas celui qui gagne en match, c’est celui qui gagne tout le temps »


A Metz à l’époque, on sentait une équipe très solide, difficile à bouger. Comment as-tu vécu les choses de l’intérieur ?
A l’époque, aucun club n’aimait venir jouer à Saint-Symphorien. Aucun club n’aimait jouer contre le FC Metz dans les années 90. Notre équipe était montée pour emmerder tout le monde. Nous avions un collectif très fort et deux-trois individualités sortaient de ce collectif. Notre solidarité était forte sur le terrain même si parfois c’était chaud à l’entraînement. Des fois, on se mettait sur la gueule parce que nous étions des compétiteurs. Le compétiteur, ce n’est pas celui qui gagne en match, c’est celui qui gagne tout le temps. La compétition, elle commence à partir des petits jeux que tu fais à l’entraînement. L’esprit de compétition, ce n’est pas appuyer sur le bouton le week-end, ça se travaille chaque jour, ça se cultive.


Lors de ta dernière saison à Metz, tu as joué avec un certain Robert Pires…
Il avait déjà un grand talent et beaucoup d’humilité. Quand il est arrivé dans le groupe, il s’est mis au service du collectif. Il a été très respectueux, il avait les yeux grands ouverts. Il était à l’écoute et tu sentais qu’il allait faire une carrière énorme.


Pourquoi pars-tu à Caen en 1993 ?
Je pouvais partir à Bordeaux ou à Caen. Il me restait deux ans de contrat à Metz, mais j’avais besoin de me remettre en question, de relever un nouveau challenge. A l’époque, Caen venait de jouer la Coupe d’Europe et de construire le Stade Michel d’Ornano. Le Stade Malherbe voulait s’installer dans le haut de tableau de Division 1. Tu sentais un vrai projet avec Daniel Jeandupeux, un homme de valeurs et avec des concepts de jeu. Moi, je sortais de trois saisons avec Joël Muller où il y avait beaucoup de rigueur, beaucoup de contraintes alors qu’avec Daniel Jeandupeux, il te donnait des choses et tu devais te débrouiller pour trouver des solutions. Il y avait plus de réflexion. Malheureusement, les résultats ne sont pas arrivés. Nous avons eu beaucoup de mal lors de la première saison (ndlr : 1993/94) mais on s’est sauvés (16eme). La saison suivante, nous sommes descendus avec Pierre Mankowski. A Caen, c’était bizarre parce qu’il y avait des joueurs de fou : Stéphane Dedebant, Jean-Jacques Etamé, Kennet Andersson, Christophe Point…Malheureusement la mayonnaise n’a pas réussi à prendre. Caen, ç’a été un échec sportif mais pas un échec humain car j’ai encore beaucoup d’amis là-bas. J’avais de très bons rapports avec Jean-François Fortin qui était déjà là. C’est quelqu’un de très humain. Je suis peiné par ce qui lui arrive car c’est un homme passionné, qui aime le club.


Lors de la saison 1994/95, Caen a été relégué malgré la présence de Kennet Andersson, Amara Simba dans ses rangs. Comment expliques-tu cette relégation ?
On a effectué une saison très difficile, pourtant il n’y avait pas une pression excessive de la part des dirigeants. Le groupe vivait très, très bien. Il n’y avait pas de conflits. Pas assez peut-être. Ç’a aussi été une saison difficile pour moi car j’ai été blessé trois mois. J’ai aussi ma part d’échec.


« Guy David était une personne fantastique. Il avait une telle passion pour le foot rarement vue chez un entraîneur. C’était comme Jean Fernandez. Ç’a été un bonheur et un honneur de l’avoir comme coach »


Pourquoi choisis-tu d’aller au Havre en 1995 ?
J’ai souvent été contacté par Bordeaux et Rolland Courbis dans les années 90. Guy David, l’entraîneur du Havre à l’époque, était son ami. Nous avons mangé ensemble un jour à Honfleur et nous avons eu un bon feeling. C’était une personne fantastique. Il était très humain. Il avait une telle passion pour le foot rarement vue chez un entraîneur. C’était comme Jean Fernandez. Presque chaque matin, on parlait à bâtons rompus du match européen de la veille pendant une heure dans une salle. C’était beau et sincère. Avec Guy, on rentrait rarement à la maison avant 13h30 ou 14h. Je n’ai jamais vu un entraîneur qui faisait ça. Ç’a été un bonheur et un honneur de l’avoir comme coach. Sinon pour moi Le Havre était un challenge assez intéressant. Au HAC, j’ai rencontré le président Hureau qui me faisait un peu penser à Carlo Molinari.


Comment tu t’es senti lors de tes quatre saisons au Havre (ndlr : de 1995 à 1999) ?
J’y ai vécu de beaux moments avec de belles aventures humaines. J’ai joué beaucoup de matchs de D1 et marqué quelques buts. Hormis en 1998/99, on finissait chaque saison entre la huitième et la douzième place de D1. C’était un peu comme Metz : le HAC était très difficile à jouer et à battre à domicile. Il y avait aussi un sacré public à Deschaseaux. C’était assez anglais dans l’esprit. J’ai côtoyé plein de bons coachs au Havre : Guy David, Denis Troch, René Exbrayat et Joël Beaujouan. J’ai aussi joué dans de belles équipes avec Alain Caveglia, Roger Boli, Ibrahim Ba, les frères Diawara, Frédéric Brando ou Vikash Dhorasoo bien sûr. Vikash, c’était une machine à laver : si tu étais en difficulté, tu lui donnais le ballon et il te le redonnait toujours proprement. Un joueur fantastique et un accélérateur de jeu énorme.


Comme à Metz, il y avait plusieurs joueurs du cru qui transmettaient les valeurs du HAC…
Dans le vestiaire, il y avait des hommes très attachés au club : Thierry Uvenard, Christophe Revault, Jean-Pierre Delaunay. Ces gaillards de la région avaient grandi avec Le HAC et c’était leur club. Et les nouveaux joueurs devaient le respecter.


Quel a été le moment qui t’a le plus marqué lors de tes quatre saisons au Havre ?
C’est paradoxal pour le compétiteur que je suis, mais c’est une défaite 1-0 en 1999 à Metz lors de la dernière journée. Nous étions à la lutte avec Lorient pour ne pas descendre et nous nous sommes sauvés grâce à une meilleure différence de buts (- 15 pour Le Havre et -16 pour Lorient). C’est là qu’on voit que chaque détail est très important dans le football. Ce but d’avance a fait la différence pour les salariés du club. Cette saison-là a été très éprouvante et très difficile.


« Mon fils Jérémy est un gamin qui a été élevé dans les vestiaires de Ligue 1. Il a une vraie culture foot, il aime le foot, c’est un compétiteur. Si un jour un club de Ligue 2 vient le chercher, il ne pourra être que satisfait de lui»


Pourquoi pars-tu à Créteil en 1999 ?
C’est bizarre pendant cet été-là, deux ou trois joueurs havrais dont moi ont été mis un peu de côté alors que ça se passait bien. Je n’ai pas eu trop d’explications, je n’ai pas cherché à en avoir non plus. Pourtant, il me restait un an de contrat. A ce moment-là, j’étais peut-être en fin de cycle au Havre et du coup je suis parti à Créteil qui était en Ligue 2 mais qui pouvait te proposer le même salaire qu’un club de Ligue 1. Il y avait aussi un projet autour de ce club pour devenir le deuxième grand club francilien. Je pense que c’était plutôt un projet qu’une vraie volonté. Créteil avait acheté beaucoup de bons joueurs pourtant : Bernard Bouger, Jean-Luc Dogon, Anthony Bancarel, Franck Histilloles, Stéphane Cassard. On avait une équipe de fou. A Créteil, on a changé trop souvent d’entraîneurs. En deux ans et demi, j’en ai connus quatre. Il n’y avait pas de stabilité. Les résultats ne viennent pas juste en achetant des joueurs. Il faut de la patience.


Comment s’est passée ta fin de carrière à Dunkerque ?
J’ai signé en tant que joueur pendant six mois puis après en tant qu’entraîneur-joueur. Ensuite, j’ai été six-sept ans directeur général du club, j’ai également été entraîneur de l’équipe première pendant plusieurs saisons. Je suis resté quinze ans à Dunkerque donc forcément ça marque. Dunkerque, c’est mon club de cœur même si on m’a fait partir d’une façon peu correcte. Quand je suis arrivé, Dunkerque était en CFA 2 et aujourd’hui il est respecté en National. Dunkerque a d’ailleurs manqué deux montées en Ligue 2. Je pense avoir contribué à la progression du club.


Aujourd’hui, ton fils Jérémy (ndlr : 29 ans) joue d’ailleurs à Dunkerque…
Il a joué milieu mais maintenant il évolue en tant que défenseur central. Il peut jouer aux deux postes. C’est un gamin qui a été élevé dans les vestiaires de Ligue 1. Il a une vraie culture foot, il aime le foot, c’est un compétiteur. Je suis fier de lui. Il a eu quelques blessures ces dernières années mais il s’en est bien remis. Il a encore de belles années devant lui. Si un jour un club de Ligue 2 vient le chercher, il ne pourra être que satisfait de lui.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Il faut être un peu fou pour être coach. C’est un métier tellement complexe. Mais pour l’exercer, il faut être passionné et je le suis.


Propos recueillis par Clément Lemaître

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