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Aujourd’hui à la tête d’un bar d’ambiance à Charleville Mézières, Nicolas Sachy a pris le temps de revenir sur sa belle carrière marquée par la grande épopée sedanaise. A travers cette interview sincère, l’ex-gardien de but également passé par Dunkerque et Angers raconte à quel point la passion pour le foot à Sedan est forte et explique pourquoi le football d’aujourd’hui ne l’intéresse plus.


Nicolas Sachy, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel en 2002 ?
J’ai enchaîné comme responsable des relations publiques clientèle au CS Sedan Ardennes jusqu’en 2013. Depuis 2014, je tiens un bar d’ambiance à Charleville Mézières, Le Rétro. Pour les relations publiques, mon passé de joueur pro m’aide bien sûr, mais pas plus que ça pour le bar car la clientèle est jeune. Certains connaissent mon passé, d’autres non.


Est-ce que tu continues de suivre les résultats de Sedan avec un regard assidu ?

Oui, mais pas assidûment . Avec le bar, je n’ai pas l’occasion d’aller voir les matchs. Je suis ouvert quand Sedan joue. Puis ça ne me dit plus rien. Tu sais le foot, j’en ai fait pendant 20 ans, j’y ai consacré une grande partie de ma vie. Maintenant, je suis passé à autre chose. Comme on dit, chaque chose en son temps. 


En ce moment en Ligue 1, quel gardien de but te plaît le plus ?

Je ne regarde pas la Ligue 1. J’ai coupé avec le foot. Même quand je jouais, je ne regardais pas forcément les matchs à la télé. Moi je jouais, je prenais beaucoup de plaisir et j’essayais d’en donner. Aujourd’hui, je regarde juste les grosses compétitions ou les matchs de l’équipe de France en championnat d’Europe ou en Coupe du Monde. A la maison, je n’ai ni BeIn Sport, ni Canal +. Il y a des très bons gardiens actuellement c’est clair mais il n’y a personne qui sort du lot comme Pascal Olmeta. Des gens comme ça en Ligue 1, il n’y en a plus. C’est assez ennuyeux le foot aujourd’hui, il n’y a plus d’imprévu. Les joueurs jouent pour gagner mais surtout pour gagner de l’argent.


Revenons à ta carrière de gardien de but. Tu as commencé à Dunkerque ta ville de naissance. Comment c’était d’être joueur de foot à la fin des années 80-début des années 90 par rapport à maintenant ?

C’était plus cool, l’argent n’était pas encore vraiment là, les enjeux étaient différents. On s’amusait bien. Quand j’ai commencé en pro à Dunkerque, j’avais 17 ans et je gagnais 1000 francs soit environ 150 euros par mois. Après, il y avait les primes de matchs donc on gagnait quand même bien notre vie. A l’époque, c’était vraiment différent, on jouait plus pour le plaisir. Maintenant un stagiaire qui signe pro en Ligue 1 gagne 10 000 euros par mois.


On a l’impression qu’à cette époque, le côté « bande de potes » était plus important qu’aujourd’hui. C’est vrai ?

Tout à fait. On jouait encore pour le plaisir. Pas pour la gloire et l’argent. Nous étions contents de jouer ensemble, les uns pour les autres. Dans les équipes pour lesquelles j’ai jouées, il n’y avait pas vraiment d’individualités. Avoir une star dans l’équipe, ça n’existait pas. Maintenant les choses ont changé, on n’entend parler que de Neymar, Neymar et Neymar. Je n’arrive plus trop à comprendre le foot de maintenant. C’est tellement différent et il y a tellement d’enjeux. Les qualifications valent des fortunes.


« Les supporters de Sedan étaient nos copains. C’était un esprit complètement amateur. A l’échauffement on leur disait : « rendez-vous à la buvette après le match » »


Aimerais-tu jouer dans le foot d’aujourd’hui ?
Ah bien sûr que j’aimerais y jouer avec les salaires qui sont proposés (rires). J’essayerais de donner toujours autant de plaisir aux fans de foot mais pas sûr que j’en prendrais de mon côté. Maintenant dès que tu fais des trucs qui sortent de l’ordinaire, tu te fais reprendre de volée. Tu ne peux plus chambrer sinon c’est mal pris. Neymar s’amuse sur le terrain mais certains adversaires le prennent mal car ils ont l’impression de se faire chambrer. Mais il a le droit de s’amuser, c’est un jeu le foot.


Comment arrives-tu à Angers en 1993, une année synonyme de L1 pour le SCO ?

En sortant de Dunkerque, j’étais en fin de contrat et je devais signer à Valenciennes. Bruno Metsu voulait me prendre. A l’époque, quand tu étais en fin de contrat, tu appartenais toujours à ton club et Dunkerque n’avait pas voulu que j’aille à Valenciennes. Du coup, je me suis retrouvé au chômage car je ne voulais pas rester à Dunkerque. A l’époque, le club devait envoyer une lettre avant le 15 mai pour recevoir des indemnités en cas de signature du joueur dans un autre club même s’il était en fin de contrat. Dunkerque avait envoyé cette lettre trop tard et j’ai pu partir libre. Du coup, le SCO d’Angers m’a appelé un jeudi car le gardien Jean-Marie Aubry venait de se blesser. J’ai signé le jeudi soir et le samedi j’étais au Stade Bollaert. On avait gagné 1-0 d’ailleurs.


Quels souvenirs gardes-tu de ton premier match de Ligue 1 ?

Déjà je suis Nordiste donc c’est toujours bien de jouer à Lens. J’aurais aimé y jouer comme joueur. Jouer à Lens comme adversaire c’était bien aussi. Après ce match, j’ai enchaîné une belle série avec une dizaine de matchs. Nous avions perdu peu de rencontres durant cette période. Même si j’ai été bon pendant ces matchs, Jean-Marie Aubry est revenu dans les buts à son retour de blessure. Après je n’ai pratiquement plus rejoué en Ligue 1. J’ai refait un match en fin de saison et j’ai été expulsé. Après en Ligue 2, c’était compliqué car il y avait Jean-Marie Aubry, Ulrich Ramé et moi pour un poste. Au bout de deux ans, j’ai lâché l’affaire et je me suis retrouvé à Sedan.


Pourquoi signes-tu à Sedan en 1996 ?

Bruno Metsu m’a contacté comme je ne jouais plus à Angers. J’ai donc accepté de tenter cette aventure pour me relancer. A l’époque, le club était assez malade, mais il y avait des gens motivés à sa tête comme Messieurs Roumy et Urano. Quand je suis arrivé à la mi-juillet, le club nous a dit qu’il n’était pas sûr de pouvoir jouer le championnat. Sedan était passé devant la DNCG qui avait rétrogradé le club. Mais Sedan avait fait appel pour finalement rester en National. Pendant un mois, j’étais sans contrat, sans savoir si j’allais signer. Ça s’est fait heureusement. Monsieur Urano est arrivé et il a sauvé le club. Finalement, Sedan a effectué une bonne saison en finissant sixième. A l’époque, il y avait deux groupes en National et il fallait finir dans les sept premiers pour intégrer le championnat National à un groupe la saison suivante. C’est à l’issue de cette saison 1997/98 que Sedan est monté en Ligue 2.


Dans une précédente interview sur Foot d’Avant, Olivier Quint disait que les joueurs sedanais servaient les bières aux supporters après les matchs au club house même en Ligue 1. Quels souvenirs gardes-tu de ces moments ?

C’était particulier. Nous avons vécu des supers moments. C’est là que tout a vraiment commencé. Au Stade Emile-Albeau, qui faisait peur à tous nos adversaires, la porte à côté du vestiaire menait au club house. Donc tu faisais trois mètres après le match et tu étais au club house. C’était sous les tribunes et le club house était à chaque fois blindé. Nous les joueurs, nous nous mélangions avec tout le monde. On tirait les bières aux gens, on trinquait avec eux, on restait jusqu’à deux ou trois heures du mat’. Nous fermions presque le club house. Maintenant, ça ne serait plus possible, les joueurs sont tellement protégés. Je ne vois pas les joueurs du PSG ou d’autres joueurs de Ligue 1 boire un verre avec les supporters au club house. Les supporters de Sedan étaient nos copains. C’était un esprit complètement amateur. A l’échauffement on leur disait : « rendez-vous à la buvette après le match ». Nous avons pu faire ça du National à la Ligue 1. C’était plus compliqué de retrouver ce genre d’ambiance une fois que Sedan a joué au Stade Dugauguez.


«  Quand je jouais à Sedan, je ne pouvais pas aller faire mes courses. Je ne pouvais plus emmener ma fille à l’école. Je ne pouvais pas me promener en ville. Je ne pouvais pas aller au resto »


En dehors des matchs, c’était comment la vie de footballeur à Sedan ?

Sedan est une terre de foot. Déjà en National et en Ligue 2 mais surtout en Ligue 1, tu ne pouvais pas bouger de chez toi. Je ne pouvais pas aller faire mes courses. Je ne pouvais plus emmener ma fille à l’école. Je ne pouvais pas me promener en ville. Je ne pouvais pas aller au resto. A l’époque à Sedan, nous étions aussi populaires que Neymar. Même dans les Ardennes. Il y avait toujours 50 000 personnes pour faire signer des autographes. C’était un truc de fou. Les Sedanais nous voyaient comme les meilleurs joueurs du monde. Les gens étaient très contents et nous aussi d’ailleurs. Ce n’était pas désagréable mais tu étais presque obligé de rester chez toi (rires). Si un jour Sedan revient dans le monde professionnel, ça repartira comme ça, c’est sûr.


Lors de la saison 1998/99, Sedan monte en Ligue 1 et accède à la finale de la Coupe de France. Comment as-tu vécu cette rencontre historique face à Nantes au Stade de France ?

C’était top pour l’ambiance mais le match était assez moyen. Nantes n’avait pas été bon et nous non plus. La preuve, on n’a pas marqué de but alors qu’on trouvait souvent le chemin des filets cette saison-là. Nous n’avons pas été aidés par l’arbitrage non plus. Si tu re-regardes le match, tu verras qu’il y avait d’autres décisions curieuses en plus du penalty. Pour nous le plus important, c’était la montée. Si Sedan n’était pas monté cette saison-là, je ne sais pas si on serait là en train de discuter.


Ah ouais ?

A ce moment-là, Sedan était toujours sur la tangente. En Ligue 2 il fallait tenir financièrement et heureusement que Monsieur Urano était là. La montée en Ligue 1 a sauvé Sedan.


As-tu été surpris par la belle saison réalisée par Sedan en Ligue 1 en 1999/00 ?

Oui. Tout le monde nous voyait déjà faire un aller-retour. Le journal L’Equipe nous avait mis dernier dans son classement d’avant saison, ça nous a motivés. On s’est dit « de toute façon, si on finit derniers, tout le monde s’y attend ». L’objectif était d’abord de se sauver en Ligue 1 et au final on a fait beaucoup mieux que le maintien. Pourtant le début de saison a été dur car on a démarré avec deux défaites. Puis finalement ça s’est bien goupillé derrière. Sedan a fini septième la première saison en Ligue 1. Pour nous c’était extraordinaire.


Olivier Quint parlait aussi d’un formidable état d’esprit dans le vestiaire sedanais à l’époque…
On jouait contre des stars, Ronaldinho et compagnie. Nous, on avait encore l’esprit amateurs, on avait encore des bénévoles, on avait le club house à la fin des match. Puis quand tu es footballeur pro, que tu as l’habitude de jouer dans des beaux stades et que tu arrives au Stade Emile-Albeau, tu n’avais plus trop envie de jouer. Dans les vestiaires, les arbitres avaient une trouille bleue, sur la touche les arbitres assistants étaient tellement près des tribunes que les supporters pouvaient les attraper. Puis on a commencé à enchaîner les victoires et c’est comme ça que la légende a commencé.


« Faire dix-neuf saisons sans Noël, sans Pâques, sans voir tes enfants grandir, c’est dur. Footballeur c’est un métier de rêve mais à un moment donné c’est usant »


En 2000/01, Sedan était même proche du titre de champion de France…

Oui nous étions proches, mais être dans le top 5 était déjà un miracle. On était juste au point de vue de l’effectif. On a fait National, Ligue 2 et Ligue 1 avec pratiquement le même onze type. On a presque été champions d’automne en 2000. Nous étions un peu le caillou dans la chaussure de la Ligue 1. Les gens s’identifiaient à nous. Il n’y avait pas que Sedan qui aimait notre équipe mais c’était toute la France. Nous étions bien reçus partout. Le football est un sport populaire donc voir un club avec plein d’inconnus qui tient tête aux plus gros, qui bat Paris 5-1, qui bat Lyon, Monaco, c’était quand même incroyable. Ça n’arrive plus maintenant.


A cette période, tu était un joueur très médiatique. On te voyait beaucoup à Téléfoot notamment. Comment as-tu vécu cette forte médiatisation ?

C’était cool. L’équipe de Téléfoot venait tourner une fois par mois à Charleville. On s’est bien marrés. C’est vrai que ma chronique sur Téléfoot a participé au fait que je ne pouvais plus me promener nulle part (rires). Même quand j’allais en vacances en Corse ou en Grèce, les gens me reconnaissaient au bord de la piscine. A l’époque, j’avais aussi des rubriques dans le Journal du Dimanche et je participais à une émission chaque lundi sur Europe 2 en local. C’était sympa, j’en ai bien profité.


Quels souvenirs gardes-tu de ta dernière saison en L1 en 2001/02 ?

C’était la fin. Je n’ai pas beaucoup joué. Lors de cette saison, j’ai réalisé que je n’avais plus trop envie de jouer, j’en avais marre. Pendant une période où j’ai été blessé cette saison-là, j’ai pu profiter de mes week-ends. Après mon expulsion à Lens, Patrick Regnault a pris ma place et il ne l’a plus quittée. Comme je ne voulais pas être sur le banc, je me suis mis d’accord avec le club pour être tranquille le reste de la saison. Faire dix-neuf saisons sans Noël, sans Pâques, sans voir tes enfants grandir, c’est dur. Footballeur c’est un métier de rêve mais à un moment donné c’est usant. Tu as besoin de plus de repos, de promener tranquillement tes enfants dans la rue. Puis la tranquillité, ça vient vite après (rires).


Peux-tu nous dire aussi un petit mot sur les coachs que tu as connus à Sedan : Bruno Metsu, Patrick Remy et Alex Dupont ?

Bruno Metsu c’était le top, dur au boulot et cool en dehors. C’est lui la base des succès. Patrick Remy, c’était le tacticien, un épicurien du foot. Et un type sympa aussi. Alex Dupont, c’était le jeu avant tout. Il y avait une bonne ambiance avec lui. J’ai aimé évoluer avec ces trois entraîneurs.


Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Je souhaite juste dire qu’il faut se faire plaisir avant tout.


Propos recueillis par Clément Lemaître


Toi aussi tu supportes Sedan ? Découvre l’interview d’Olivier Quint juste ici

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