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Photo rclens.fr

L’ancien joueur de Lens aujourd’hui devenu entraîneur adjoint d’Eric Sikora chez les Sang et Or a retracé sa carrière pour Foot d’Avant avec plein d’anecdotes et de souvenirs savoureux. Interview directe avec Daniel Moreira.


Daniel Moreira, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur professionnel ?
J’ai passé mes diplômes d’entraîneur. Après la fin de ma carrière, le RC Lens voulait que je revienne au club. J’ai été contacté il y a cinq ans par Antoine Sibierski. Comme j’avais toujours ma maison ici, car je suis issu de la région, j’ai testé pendant cinq-six mois et ça m’a plu. Le RC Lens m’a alors proposé d’être l’entraîneur adjoint d’Eric Sikora en CFA. Quand « Siko » a repris les rênes de l’équipe première, il m’a proposé de continuer notre travail et j’ai accepté volontiers. Nous pouvons transmettre notre expérience du haut niveau aux joueurs actuels.


Comment transmets-tu la culture RC Lens aux joueurs actuels ?
On leur répète souvent les choses par rapport aux valeurs du club mais notre expérience de joueur compte également beaucoup. Les joueurs y sont sensibles. Nous leur faisons comprendre que le RC Lens n’est pas un club ordinaire. On a des supporters qui sont derrière nous, notre stade est toujours plein. Au début, il y avait des joueurs qui avaient peur d’évoluer à Bollaert donc il faut leur faire comprendre que c’est un plus. Bollaert doit être un stade où les équipes adverses ont peur de venir et où il est difficile de venir chercher des points. Lens est un grand club, on le voit au quotidien avec notre outil formidable qui est La Gaillette. Nous avons tout pour bien faire. La place de Lens n’est pas en Ligue 2 mais en Ligue 1. Il faut repasser par les bases et retrouver les joueurs qui ont l’identité RC Lens. C’est ce qu’on fait petit à petit et j’espère que la saison prochaine, nous pourrons jouer le haut de tableau.


Que représente le RC Lens dans ta vie ?
J’ai passé les meilleures années de ma carrière au RC Lens avec les saisons en Ligue des Champions ou la victoire en finale de Coupe de la Ligue 1999 où je marque l’unique but de la rencontre. Grâce à Lens, j’ai connu l’équipe de France. J’ai tout connu au RC Lens.


« Au début à Guingamp, je touchais 8000 francs par mois, cela fait à peu près 1200 euros. Moi mon père il gagnait la même chose et du coup je me disais « ouah putain je vais gagner autant que lui » »


Revenons en arrière Daniel : quels sont tes premiers souvenirs de footballeur ?
Quand j’étais jeune, j’étais fan de Marco Van Basten et Jean-Pierre Papin car ils avaient l’instinct de buteur. A tout moment, ils pouvaient déclencher une frappe, une volée pouvait partir de n’importe où. Sinon ma famille est Portugaise, donc nous suivions beaucoup le FC Porto. Mais comme je suis né à Maubeuge, je suivais également le club phare de la région, c’est-à-dire le RC Lens.


Comment as-tu gravi les échelons pour devenir joueur de football professionnel ?
Lorsque je jouais à Maubeuge chez les jeunes, Valenciennes est venu me chercher. J’y suis resté trois ans. Quand l’affaire VA-OM a éclaté en 1993, j’étais au centre de formation de Valenciennes. Derrière ça, le club a coulé et je me suis retrouvé libre. Du coup Francis Smerecki qui était l’entraîneur de Guingamp à l’époque, et que j’avais côtoyé à Valenciennes, voulait absolument me récupérer. Lens était déjà intéressé à ce moment-là mais j’avais peur que cela soit plus difficile pour percer. Donc j’ai préféré Guingamp. J’ai d’abord signé un contrat stagiaire et j’ai débuté tout de suite en pro. Mes premiers matchs ont été les rencontres de Coupe Intertoto. Je marquais souvent lorsque je rentrais en fin de match. Au bout de 5 mois, on m’a fait signer un contrat pro. Je n’avais pas d’agent à l’époque. On m’a proposé un salaire que j’ai accepté tout de suite car je pensais que c’était extraordinaire mais en fin de compte c’était rien du tout.


Combien touchais-tu à tes débuts à Guingamp ?
Je touchais 8000 francs par mois, cela fait à peu près 1200 euros. Moi mon père il gagnait la même chose et du coup je me disais « ouah putain je vais gagner autant que lui ». Chaque année, le club de Guingamp m’augmentait de 10 000 francs. Je me suis dit : « il faut que je signe tout de suite ». Au bout d’un an, j’ai rencontré un agent qui m’a dit que je pouvais toucher beaucoup plus. Du coup j’ai compris comment ça fonctionnait et quand j’ai signé à Lens en 1998 c’était mieux à ce niveau-là.


« Quand je jouais à Guingamp, j’habitais à Pédernec, un petit village. Des grands-mères et des grands-pères sonnaient à ma porte pour me donner des pommes de terre. Ils disaient que j’en avais besoin avant les matchs. C’était à la bonne franquette. J’adorais ça »


C’était comment d’être joueur de foot à Guingamp dans les années 90 ?
A l’époque, il y avait un terrain d’entraînement à côté du Roudourou. Je sais que maintenant, il y en a plusieurs. Je me souviens des joueurs d’expérience comme Eric Assadourian ou Christophe Horlaville qui nous racontaient leur parcours. Quand tu es à Guingamp, tu ne penses qu’au foot. Moi j’habitais à Pédernec, un petit village à côté de Guingamp. Des grands-mères et des grands-pères sonnaient à ma porte pour me donner des pommes de terre. Ils disaient que j’en avais besoin avant les matchs. C’était à la bonne franquette. J’adorais ça.


Quand Lens a voulu te faire signer en 1998, quelle a été ta réaction ?
J’étais hyper content. Je voulais absolument jouer à Lens sauf qu’à l’époque Jean-Pierre Papin venait de signer à Guingamp. Alors que j’étais fan de lui plus jeune, c’était lui qui voulait absolument jouer avec moi en attaque à ce moment-là. Il m’a dit : « Reste avec moi à Guingamp, on va faire une année de fou ». Je lui ai répondu : « Non j’ai 21 ans, je veux construire ma carrière ». Pour moi à l’époque, construire ma carrière signifiait signer à Lens. Je suis resté un mois à l’été 1998 à Guingamp car le club ne voulait pas me laisser partir. J’ai fait le forcing et finalement le président de Guingamp a accepté l’offre de Lens qui avait déboursé 27 millions de francs (environ 4 millions d’Euros) à l’époque pour me récupérer.


Qu’as-tu ressenti quand tu as joué ton premier match avec le maillot Sang et Or à Bollaert ?
J’étais fier mais il fallait prouver. Je devais encore grandir et gagner le maximum de matchs. Je voulais mettre tous les atouts de mon côté pour réussir dans le club de ma région. Quant au public lensois, il faut savoir se le mettre dans la poche. Pour ça, il faut faire des efforts sur le terrain, faire des appels, des courses et frapper au but. Je trouve que les générations actuelles veulent beaucoup garder le ballon comme Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi qui réussissent des exploits individuels mais des joueurs comme ça il y en a peu sur la planète.


« Tony Vairelles, c’était l’idole de Lens. Le mec ne lâchait rien sur le terrain. Moi j’étais jeune, j’arrivais à Lens, et je prenais exemple sur lui. Quand Tony Vairelles ne marquait pas, il faisait la gueule le soir lors du repas d’après-match car il voulait absolument marquer à chaque rencontre »


Comment était le président Gervais Martel avec vous les joueurs ?
Je le vois encore aujourd’hui : Gervais Martel a l’amour du club. C’est l’identité du RC Lens, même s’il est critiqué. Pour nous, c’est comme notre grand-père. Il a tout fait pour nous. Les joueurs qui sont passés par le RC Lens seront d’accord pour dire que Gervais Martel, c’est du haut de gamme.


Quand tu es arrivé à Lens, il y avait Tony Vairelles en attaque. Qu’est-ce qu’il t’a apporté ?
Tony Vairelles, c’était l’idole de Lens. Le mec ne lâchait rien sur le terrain. Moi j’étais jeune, j’arrivais à Lens, et je prenais exemple sur lui. Quand Tony Vairelles ne marquait pas, il faisait la gueule le soir lors du repas d’après-match car il voulait absolument marquer à chaque rencontre. C’est comme ça qu’on reconnaît les grands joueurs. J’ai rencontré pas mal d’autres joueurs qui m’ont marqué à Lens comme Pascal Nouma qui était super fort de la tête, Cyril Rool qui était un chien sur le terrain et une crème en dehors. Olivier Dacourt, dès qu’il y avait un match de Coupe d’Europe, il se transcendait et voulait tout casser. Alex Nyarko, on n’entendait pas beaucoup parler de lui mais c’était un joueur en or. Il donnait tout pour le club.


Lens a joué la Ligue des Champions pour la première fois en 1998. Comment as-tu vécu cette compétition avec ce statut de joker ?
C’était une première expérience enrichissante en Ligue des Champions. Cela nous a servi ensuite lors de notre parcours en Coupe de l’UEFA en 2000. Toute cette expérience m’a servi pour la deuxième campagne de Ligue des Champions en 2002. A ce moment-là, j’avais un statut de titulaire, je jouais tous les matchs. J’ai marqué quatre buts. J’ai marqué à l’aller et au retour contre l’AC Milan. Pareil contre La Corogne. Lors de cette phase de poules, le Bayern Munich avait fini derrière Lens, ce n’est pas rien.

Raconte nous l’émotion que tu as ressentie quand tu as marqué face à l’AC Milan de Paolo Maldini…
C’était top. On m’en reparle même encore maintenant. Ce match à Lens restera gravé car nous avions gagné 2-1 et derrière le Milan AC gagne la Ligue des Champions. Le Milan AC avait perdu un match lors de sa campagne européenne, c’était contre Lens. Ils avaient une équipe de fou avec Seedorf, Schevchenko, Maldini. Mais quand tu es joueur et que tu es sur le terrain, tu ne penses pas vraiment à tout ça. C’est juste quand tu finis ta carrière, tu repenses à ces moments-là et tu te dis « ah ouais quand même ».


Avant de briller en Ligue des Champions en 2002, un but a marqué ton passage à Lens : celui inscrit en finale de la Coupe de la Ligue 1999 face à Metz (ndlr : victoire 1-0). Est-ce que ce but t’a permis d’avoir un nouveau statut à Lens ?
Ouais bien sûr. Ce but est extraordinaire en plus. Le lendemain, il y avait une fête à Bollaert et le stade était plein. Tous ces moments me restent en tête car ils ont permis au club d’évoluer. Quand tu repenses à cette période et que tu vois où est le RC Lens actuellement, c’est vraiment dommage.


Lors de ton passage au RC Lens, il y a aussi cette saison 2001/02 où Lens est en tête pendant tout le championnat et se fait subtiliser la première place lors de la dernière journée face à Lyon suite à une défaite concédée sur la pelouse de Gerland (1-3)…
Cette saison-là, Lens ne perd pas le titre à Lyon mais en concédant des matchs nuls contre Metz et Troyes. Ces matchs-là, on aurait dû les gagner. Pour ce dernier match de la saison à Lyon, nous étions arrivés la veille. On dormait dans un hôtel et personne ne devait savoir où on était sauf que l’information a fuité. Dans la nuit, des supporters de Lyon sont arrivés à l’hôtel et ont fait sonner l’alarme incendie. Tous les joueurs lensois sont sortis. Sur le coup, on en a rigolé. Quand on est rentrés au Stade Gerland le lendemain, ça criait partout « insomnie, insomnie ». Derrière, Lyon qui avait une belle équipe a fait la différence.


« Un jour à l’entraînement à Rennes, John Mensah m’a cassé la cheville. Il était énervé car il devait resigner et ça ne s’est pas fait. Au final, c’est moi qui ai payé l’addition »


Pourquoi es-tu parti à Toulouse en 2004 ?
J’avais le choix entre Toulouse et Marseille. Je voulais connaître autre chose et je sentais que des dirigeants à Lens, surtout un qui était là, voulaient me laisser partir pour acheter d’autres joueurs comme Eric Carrière. Au départ, j’avais donné mon accord à Marseille et Alain Perrin mais derrière Toulouse est arrivé. Je connaissais Stéphane Dalmat qui m’avait déconseillé d’aller à Marseille car les résultats n’étaient pas bons à l’époque à l’OM et les joueurs marseillais se faisaient attaquer de partout. Du coup, ces éléments m’ont convaincu de signer à Toulouse. A Toulouse, j’ai vécu de belles années. J’ai connu aussi de très bons joueurs comme Jérémy Mathieu, Stéphane Dalmat que j’ai retrouvé ou Laurent Batlles. A la fin de mon aventure à Toulouse, Rennes a fait une bonne proposition et Olivier Sadran s’est dit qu’il pouvait me laisser partir pour prendre un ou deux joueurs de plus.


Comment ça s’est passé pour toi à Rennes ?
Lors de ma première année, Rennes finit quatrième. J’ai joué 29 matchs et j’ai évolué sur un côté alors que j’avais l’habitude d’être en pointe. Mais le coach préférait me faire jouer à ce poste comme je faisais beaucoup d’efforts. Puis à Rennes, j’ai été blessé trop de fois. Un jour à l’entraînement, John Mensah m’a cassé la cheville. Il était énervé car il devait resigner et ça ne s’est pas fait. Au final, c’est moi qui ai payé l’addition. Après, j’ai eu du mal à revenir, cela a mis six mois. Du coup, à la fin de la deuxième année, j’ai demandé à être prêté. Je suis parti à Grenoble et ça s’est super bien passé. J’ai vécu une année extraordinaire à Grenoble. Le stade était plein tout le temps, puis on s’est sauvés à quatre ou cinq journées de la fin avec une belle équipe composée de Laurent Batlles ou David Jemmali. Il y avait une superbe ambiance. Dès qu’il y a une belle ambiance dans une équipe, ça rapporte des points en plus à la fin de la saison. Avec Grenoble, nous avons atteint les demi-finales de la Coupe de France et nous étions vus comme des Dieux par les supporters parce que nous avions maintenu le club en Ligue 1. Là-bas, j’ai repris du plaisir et j’ai remarqué des buts. L’entraîneur Mecha Bazdarevic voulait absolument que je resigne mais Rennes a refusé de me laisser partir à Grenoble. Le Stade Rennais m’a dit : « si tu dois partir, c’est autre part ». Moi, je ne voulais par rester à Rennes avec ce qu’on m’avait fait. Rennes avait alors deux offres pour moi à l’été 2009 : Valenciennes ou Boulogne-sur-Mer qui venait de monter en Ligue 1. J’ai choisi Boulogne-sur-Mer.


La saison en Ligue 1 à Boulogne-sur-Mer a été compliquée individuellement et collectivement…
J’ai été souvent blessé cette saison-là. Au bout de deux mois, on me dit que mon genou n’a plus de cartilage suite à un choc face au PSG. On me faisait des piqûres pour que je puisse jouer au maximum. Dès que je rentrais j’avais mal. A l’issue de la saison, Boulogne est descendu et il me restait une année de contrat là-bas. Je suis resté et j’ai joué sept matchs. On me faisait des injections pour rentrer une demi-heure. Je n’en pouvais plus avec mon genou et j’ai dû arrêter là. Je me suis dit que c’était la vie de footballeur. J’ai commencé à 18 ans et j’ai arrêté à 33 ans, j’ai bien vécu dans le football professionnel, j’ai fait toutes mes gammes en Première Division. Heureusement que ces blessures ne sont pas arrivées quand j’avais 22 ou 23 ans.


« Patrick Vieira et Claude Makélélé sont les deux meilleurs récupérateurs que j’ai connus. Que je fasse un appel de 20 ou 30 mètres, le ballon arrivait toujours hyper proprement »


Tu as aussi joué en équipe de France (3 sélections). Raconte nous comment tu as vécu cette expérience ?
C’était extraordinaire. Lors de ma première sélection, il y avait tout le monde, Zizou et tous les grands joueurs. Je suis arrivé à Clairefontaine le dimanche très tard, et on m’a fait dormir dans la chambre de Zidane qui n’arrivait que le lendemain. Ensuite, je suis retourné en chambre avec Philippe Mexes.


Comment étaient les Zidane, Desailly, etc… ?
C’était top. C’est ce que je dis aux joueurs, il y avait Zizou qui était parfait au niveau des qualités techniques mais il y avait aussi Patrick Vieira et Claude Makélélé qui me mettaient à chaque fois le ballon dans la course dès que je faisais un appel à l’entraînement. Quel régal. Pour moi, ces deux joueurs sont les meilleurs récupérateurs que j’ai connus. Que je fasse un appel de 20 ou 30 mètres, le ballon arrivait toujours hyper proprement.


Est-ce que tu étais un peu intimidé d’être à côté de tous ces joueurs-là lors du déjeuner ou du dîner ?
Bien sûr. Mais beaucoup me connaissaient comme Willy Sagnol, William Gallas ou Thierry Henry que j’avais côtoyés en équipe de France Espoirs et lors du championnat du monde des moins de 20 ans en Malaisie en 1997. Pendant deux mois, nous étions ensemble là-bas. Ils m’ont donc mis à l’aise quelques années plus tard et cela a facilité les choses. Le premier soir, j’ai joué au tarot avec Willy Sagnol et Fabien Barthez. A l’époque c’était ça, maintenant c’est tout le monde dans son coin avec sa PlayStation. Mais c’est une autre génération.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Je ne regrette pas ma carrière. Quand je vois d’où je suis parti : le petit garçon qui jouait dans la cité et qui avait envie de tout mordre pour réussir. J’ai forcé pour que mon rêve de gosse devienne réalité.


Propos recueillis par Clément Lemaître
(Crédit photo : rclens.fr)


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