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L’ancien joueur de Montpellier, du PSG et de Newcastle a accepté de revenir sur sa longue et belle carrière pour Foot d’Avant. Dans cette première partie à découvrir ce samedi (la suite à lire dès demain dimanche), Laurent Robert vous ouvre les portes de son enfance, à la Réunion, là où tout a commencé dans une famille de footballeurs. Ce magnifique entretien vous fera aussi replonger au cœur des années 90 du Montpellier Hérault, le club formateur de Laurent Robert.


Laurent Robert, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de foot professionnel ?

Quand j’ai arrêté ma carrière en 2010, j’ai pris le temps de m’occuper de mes enfants et notamment de mon dernier petit garçon qui a aujourd’hui 8 ans. Pendant 5 ans, je me suis consacré à ma famille. Ensuite, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur et depuis trois saisons je suis salarié du Montpellier Hérault Sport Club. Je m’occupe des attaquants des U17, U19, de la réserve des pros et des féminines. A la base, c’est moi qui ai proposé ce projet à Louis Nicollin. Il a accepté et j’ai commencé avec Henri Stambouli, l’ex-directeur du centre de formation. Aujourd’hui, je prends beaucoup de plaisir à exercer mon métier.


Quand tu étais plus jeune à la Réunion, quelle place avait le foot dans ton quotidien ?

Le foot, c’est une affaire de famille. Mon père a joué au foot à Saint-Benoît, ma ville natale qui est située à l’est de l’île. C’était l’un des plus grands attaquants de la Réunion. J’ai suivi ses traces même si je pratiquais aussi d’autres sports comme le handball, le tennis, le judo, le tennis de table ou l’athlétisme. J’aimais toucher à tous les sports. J’habitais en face d’une MJC, c’était donc beaucoup plus facile.


Quelle équipe supportais-tu quand tu étais plus jeune ?

J’ai eu la télévision très, très tard. A 10 ans. Je suis issu d’une famille très modeste. Nous étions heureux. Téléfoot, j’ai connu quand je suis arrivé en Métropole. A la Réunion, je suivais surtout le championnat local.


« Mon père avait la même frappe de balle que moi et des deux pieds. Quand je jouais en débutants, je frappais déjà du milieu de terrain. Je marquais sans aucun problème »


Ta grosse frappe de balle du pied gauche a marqué les esprits pendant ta carrière. Est-elle innée ?

Oui c’est inné. Mon père avait la même frappe de balle et des deux pieds. Quand je jouais en débutants, je frappais déjà du milieu de terrain. Je marquais sans aucun problème. Après bien sûr, j’ai travaillé pour améliorer ce point fort.


Quel a été ton parcours à la Réunion avant ton arrivée en Métropole ?

J’ai toujours évolué à Saint-Benoît. A 13 ans, j’ai joué la Coupe Nationale des Cadets avec la sélection de la Réunion. Nous avons été champions de France l’année suivante. C’est à ce moment-là que j’ai été repéré par pas mal de clubs. A 16 ans, j’ai fait le choix de quitter la Réunion pour finir ma formation à Brest.


L’adaptation à ta nouvelle vie en Métropole a-t-elle été difficile ?

Oui un peu comme tous les copains qui étaient avec moi, notamment à cause du changement de climat ou de la nourriture qui n’est pas du tout la même. En Bretagne, on n’a pas l’habitude de manger du riz avec du piment. Mais je me suis adapté. Je suis resté six mois à Brest car le club a déposé le bilan (ndlr : en 1991). Avec Eric Assati, nous sommes partis à Auxerre. Je suis arrivé là-bas en décembre. Le choc thermique a été terrible. Il faisait vraiment très froid. Je n’ai pas supporté. Je savais que Montpellier me suivait et j’avais envie de rejoindre le gardien de but international Espoirs Claude Barrabé qui est également Réunionnais. Robert Nouzaret s’occupait du recrutement de Montpellier et son discours ne m’a pas fait hésiter.


« Un jour où Guy Roux n’était pas là, Fleury Di Nallo et mon père sont venus me chercher en voiture à Auxerre pour aller à Montpellier »


Combien de temps es-tu resté à Auxerre ?

Une semaine. Un jour où Guy Roux n’était pas là, Fleury Di Nallo de Montpellier et mon père sont venus me chercher en voiture.


Quels souvenirs gardes-tu de tes premiers pas à Montpellier ?

J’en garde de très bons souvenirs. J’ai été très bien accueilli. Au centre de formation, plusieurs jeunes étaient d’horizons différents : de Montpellier, de Lyon, d’Afrique ou des DOM-TOM. Claude Barrabé a facilité mon intégration. Il a joué le rôle de grand frère.


Quelle était ta relation avec Louis Nicollin quand tu étais au centre de formation de Montpellier ?

Je suis arrivé à l’âge de 16 ans. Il était comme un père. En plus, il connaissait très bien la Réunion. C’était sympa de savoir que le président aimait mon île. Dès le départ, on s’est bien entendus. Il était cash. Quand tu le voyais arriver, pas content, tu te disais : « pourvu que j’ai assuré la veille pour ne pas qu’il me rentre dedans ». Il n’aimait pas les tricheurs. Il voulait qu’on mouille le maillot et qu’on sorte du terrain la tête haute.


« Mon premier but en Ligue 1 ? Il y a eu un coup-franc rentrant côté droit pour un gaucher à 10 minutes de la fin. J’ai regardé Michel Mezy sur le banc et je lui ai dit : « coach, si vous me faites rentrer, je vais marquer ». Il m’a répondu : « allez viens, rentre et va frapper ». Je suis rentré, j’ai frappé et j’ai marqué »


Tu as commencé en Première Division sous les ordres de Michel Mezy, une autre figure du Montpellier Hérault. Qu’est-ce qu’il t’a apporté ?

Oui il y a eu Michel mais il y a aussi eu Gérard Gili avant lui. Ça s’est toujours bien passé avec tous les éducateurs que j’ai connus au Montpellier Hérault. Je pense également à Jean-Louis Gasset. J’ai débuté jeune en équipe professionnelle (ndlr : 19 ans). A cette époque-là, il fallait être patient même si tu étais bon la semaine à l’entraînement. On ne me donnait pas beaucoup de temps de jeu. Je ne comprenais pas. Il y a donc eu pas mal d’engueulades avec les coachs (rires). Eux voulaient me protéger. Mais moi je voulais comprendre. C’était rigolo à l’époque de voir un jeune taper fréquemment à la porte du bureau du coach pour poser un milliard de questions. Celle de Michel Mezy était toujours ouverte. Il m’écoutait et me disait de prendre mon mal en patience.


A l’époque à Montpellier, il y avait de très grands joueurs comme Fabrice Divert, Bruno Martini, Michel Der Zakarian, Bruno Carotti, etc…Qui t’a le plus marqué quand tu as débuté en professionnel ?

J’ai été très impressionné par l’attaquant polonais Jacek Ziober. Un droitier qui allait très vite avec ses cheveux longs. En plus, il jouait aussi côté gauche. Un garçon comme Aljosa Asanovic m’a beaucoup marqué avec son calme. Je pense aussi aux joueurs de caractère comme Pascal Baills, Michel Der Zakarian ou Thierry Laurey. Sur le terrain, ces garçons étaient des tueurs. J’ai beaucoup appris à travers eux. Mais aussi avec Bruno Carotti et Fabrice Divert.


Tu as marqué ton premier but en Ligue 1 face à Martigues lors de la saison 1995/96. Quels souvenirs en gardes-tu ?

C’est un souvenir plutôt marrant. J’étais remplaçant et il restait dix minutes de jeu. Il y a eu un coup-franc rentrant côté droit pour un gaucher. J’ai regardé Michel Mezy et je lui ai dit : « coach, si vous me faites rentrer, je vais marquer ». Il m’a répondu : « allez viens, rentre et va frapper ». Je suis rentré, j’ai frappé et j’ai marqué. Il fallait du toupet et du courage pour dire quelque chose pareil à son coach.


« Je me suis fait connaître grâce à ce match PSG-Montpellier 1996.  Après cette rencontre, beaucoup d’équipes ont commencé à me suivre »


Le match PSG-Montpellier (2-3 en 1996) a aussi été un match déterminant dans ta carrière et dans l’histoire du PSG car il lui a coûté le titre de champion de France en fin de saison…

J’ai encore débuté ce match remplaçant. On m’appelait le joker de luxe. A 15 minutes de la fin, on me fait rentrer. Montpellier perdait 2-0. Je rentre, je donne le premier but. On marque le deuxième rapidement et dans les arrêts de jeu, j’inscris le but vainqueur pour Montpellier. C’était un truc de fou. Comme on me donnait peu de temps de jeu, je jouais chaque minute à fond. L’équipe savait aussi que je pouvais faire la différence à n’importe quel moment. En plus, quand tu es remplaçant, tu peux voir les faiblesses de l’équipe adverse. Ce soir-là, j’ai demandé beaucoup de ballons en profondeur. J’allais plus vite que les autres. Sur le moment, je n’ai pas réalisé ce que je venais d’accomplir. En 1996, j’avais 19 ans. A cette époque-là, quand tu jouais le PSG, tu te demandais plutôt combien tu allais en prendre. Je me suis fait connaître grâce à ce PSG-Montpellier 1996. Après cette rencontre, beaucoup d’équipes ont commencé à me suivre.


Cette même année, il y a aussi la grande désillusion en demi-finale de Coupe de France quand Montpellier se fait sortir par Nîmes (1-0), qui jouait à l’époque en National…

J’y étais. On sait que c’est l’amour fou entre Nîmois et Montpelliérains (rires). Ce soir-là, les joueurs de Montpellier n’ont pas haussé leur niveau de jeu. Je crois qu’à la fin du match, Louis Nicollin nous a demandé de rentrer en calèche. Mais je ne me souviens pas exactement ce qu’il a dit tellement j’étais dégoûté après cette défaite.


Deux ans plus tard, autre défaite marquante pour Montpellier : le 5-4 à Marseille alors que vous meniez 4-0 à la mi-temps…

Dans le vestiaire en première mi-temps, on était au top. On se dit qu’il faut en marquer un cinquième dès la reprise. On a d’ailleurs l’occasion de le marquer mais on ne met pas le ballon au fond. Après, ç’a été le déluge total. Ça ne s’explique pas. J’ai revu le match et malheureusement on a encaissé pas mal de buts sur coups de pied arrêtés. On s’est mis la pression et ça s’est retourné contre nous. Dans le vestiaire en fin de match, on avait du mal à réaliser. Personnellement, cette défaite m’a fait grandir. Heureusement que c’est arrivé en début de saison car cela a solidifié encore plus le groupe. On a fait une très belle saison ensuite (ndlr : Montpellier a fini huitième). Peut-être qu’en gagnant ce match-là, on aurait fait un saison de merde derrière.


Quand le transfert de Laurent Robert à l’OM échoue au tout dernier moment


Quand on subit une telle remontada, combien de temps faut-il pour s’en remettre ?

Les trois jours qui suivent, tu n’es pas bien du tout. Après ça va mieux une fois que tu te remets dans le travail. On avait beaucoup de joueurs d’expérience comme Xavier Gravelaine, Franck Sauzée, Pascal Baills ou Pascal Fugier. Nous avions organisé une réunion qui a relancé l’équipe.


Cette saison 1998/99 a été ta plus prolifique avec Montpellier car tu as marqué 11 buts en championnat…

J’ai passé un cap cette saison-là. J’avais un rôle différent dans l’équipe. J’étais plus un joueur libre sur le plan offensif plutôt qu’un joueur de côté. En étant plus libre, ça m’a permis de marquer plus de buts et d’offrir davantage de passes décisives.


En 1999, tu as été tout proche de signer à l’OM. Pourquoi ce transfert ne s’est pas réalisé ?

Outre Marseille, Monaco et Lens étaient aussi intéressés (ndlr : Laurent Robert a finalement signé au PSG en 1999. Voir l’interview de demain dimanche). Au départ, Marseille était le premier choix car c’était le premier club à m’avoir contacté. Je pars donc à Marseille pour rencontrer Rolland Courbis. On tombe d’accord sur le transfert, le salaire. Tout était ok. Puis avant de partir, on parle un peu de football. Et là, il me dit : « tu feras comme tous les autres en jouant un match sur deux ou un match sur trois ». Je lui dis : « si je mérite de jouer tous les matchs, comment on fait ? ». Il me répond : « c’est ma façon de travailler, c’est comme ça. Les Pires et Dugarry, ils font ça. Pour toi, ça sera pareil ». Je me suis levé de table et je lui ai dit : « merci au revoir, je ne signerai pas chez vous ».


Propos recueillis par Clément Lemaître


Retrouvez la deuxième partie de l’interview, époque PSG, Newcastle et équipe de France, demain dimanche.


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