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Après sa période glorieuse à l’AJ Auxerre (pour lire la première partie de l’interview, cliquez ici), Lilian Laslandes a marqué de son empreinte l’histoire des Girondins de Bordeaux grâce notamment au titre de champion de France 99 remporté dans des conditions épiques. Lilian Laslandes, c’est aussi deux aventures difficiles à l’étranger, une fin de carrière satisfaisante à l’OGC Nice où il a été adoré par les supporters du Gym mais aussi sept sélections en équipe de France. Retour sur les dix dernières années de carrière de Lilian Laslandes. Comme si vous y étiez.


Lilian Laslandes, après tes belles années auxerroises, pourquoi pars-tu à Bordeaux en 1997 ?
En fin de saison, Rolland Courbis vient me voir à Paris et me dit : « Lilian, pour renforcer l’équipe la saison prochaine, je veux deux renforts : toi et Titi Camara de Marseille ». Pour moi, revenir dans ma région, jouer pour mon club de cœur, c’était un rêve. Rolland Courbis a touché le point sensible. Tout de suite après, j’ai été voir Guy Roux pour lui dire. Il m’a confié : « ça fait sept ans que tu es là, tu as fait ce que tu avais à faire pour Auxerre, je ne t’empêcherai pas de partir. Laisse moi faire pour le transfert, ça on sait faire ». Du coup, ça s’est fait comme il faut. Le jour où j’ai signé à Bordeaux, Rolland Courbis partait à Marseille. C’est donc Guy Stephan qui a repris l’équipe avec Élie Baup en adjoint. Finalement, l’équipe n’a pas trop bougé. Il y a eu un départ majeur : Ibrahim Ba au Milan AC.


En tant que joueur de la région, qu’est-ce que tu as ressenti quand tu as joué ton premier match avec le maillot de Bordeaux ?
J’avais un peu plus de pression. Mais dès le premier stage, j’ai retrouvé la même ambiance qu’à Auxerre. Pendant tous les matchs amicaux, j’ai marqué. Lors du premier match de championnat, face à Monaco à domicile (1-0), je donne la victoire à la 90eme minute : Fabien Barthez repousse la frappe de Paulo Gralak, je suis à la réception et je la mets dedans. C’était le départ idéal.


A Bordeaux, tu as joué avec Jean-Pierre Papin devant. Quels souvenirs gardes-tu de cette association ?
Ça m’a beaucoup servi. Je pense que si j’avais pu bénéficier de son expérience plus jeune, j’aurais franchi un palier supplémentaire. Lors de nos premiers matchs, je me retrouvais toujours tout seul devant. Tous les défenseurs s’occupaient de Jean-Pierre. Mais quand j’ai commencé à marquer des buts, les défenseurs adverses m’ont plus serré au marquage.


« Je savais que quand j’allais en équipe de France, c’était pour remplacer les titulaires qui étaient blessés ou suspendus. Ça ne m’a pas déplu d’être le remplaçant de luxe de David Trezeguet ou Thierry Henry »


Après quelques mois avec Bordeaux, tu es sélectionné pour la première fois en équipe de France fin 1997. Comment apprends-tu ta convocation ?
Un jour, à la fin de l’entraînement, un journaliste me dit : « Lilian, tu as appris la nouvelle ?’ ». J’ai alors ressenti beaucoup de fierté. C’était le résultat de tout mon travail à Bordeaux mais aussi à Auxerre. Je savais que quand j’allais en équipe de France, c’était pour remplacer les titulaires qui étaient blessés ou suspendus. Ça ne m’a pas déplu d’être le remplaçant de luxe de David Trezeguet ou Thierry Henry. Puis souvent quand j’y allais, je jouais avec Sylvain Wiltord et nous profitions de notre complicité bordelaise.


Comment as-tu vécu ton absence de la liste des Bleus pour la Coupe du Monde 1998 et l’Euro 2000 ?
Aimé Jacquet a choisi Stéphane Guivarc’h car lors de la saison 1997/98, il marque 21 buts, moi j’en inscris 14. Avant la Coupe du Monde, on était venu me voir pour me dire : « tiens toi prêt au cas où car tu as fait une bonne saison ». Quant à l’Euro 2000, j’ai participé à quelques matchs de qualification, j’ai notamment marqué deux buts importants. Mais c’est pareil, les attaquants comme Thierry Henry, David Trezeguet, Sylvain Wiltord étaient là depuis un moment. Je n’ai pas à rougir de quoi que ce soit. Il faut accepter les choix des sélectionneurs. J’ai eu sept sélections et j’ai marqué trois fois. Mon ratio buts/matchs en équipe de France est pas mal.


Que ce soit avec les Bleus ou Bordeaux, tu avais une très belle complicité avec Sylvain Wiltord…
Quand on a été champions en 1999, nous étions alimentés par des garçons de grande classe comme Johan Micoud ou Ali Benarbia. A chaque fois, on se disait qu’on allait avoir au minimum trois occasions chacun et qu’on avait les possibilités de les convertir. Nos déplacements se faisaient par rapport à l’autre. En 1998/99, Sylvain Wiltord finit meilleur buteur du championnat avec 22 buts et moi meilleur passeur de Première Division avec Ali Benarbia. : 12 passes décisives chacun.


« Un quart d’heure après l’ouverture du stade Jacques-Chaban-Delmas suite au titre de 99, un copain m’appelle dans la nuit : « Lilian, dis à ton président que le stade va être plein, il y a déjà 20 000-25 000 personnes assises « . Quand on est arrivés à 3h du matin, il y avait 35 000 personnes. Un truc de fou »


Quels sont tes meilleurs souvenirs de cette saison 1998/99 conclue par un titre de champion de France pour les Girondins de Bordeaux ?
Pour moi, la réception de Marseille (4-1) est le tournant du championnat. On a joué avec une telle décontraction alors que les Marseillais étaient un peu blancs. Aux abords du terrain, il y avait des pompiers et trois ou quatre joueurs bordelais ont pris et porté le casque des pompiers pour déconner avant l’entrée sur le terrain. Les Marseillais avaient l’air de se dire : « mais ces joueurs ne viennent pas jouer un match de cet enjeu-là ! ». La veille, pendant la mise au vert, le journaliste de Canal + est venu nous interviewer au bar de l’hôtel. Il nous a dit : « pour mon reportage, pourriez-vous déconner pour montrer que l’enjeu n’est pas très important pour vous ». On se concerte avec les Michel Pavon et Johan Micoud et on lui répond : « ok, on va déconner ». On prend les bouteilles d’alcool, on les met sur la table, on fait semblant de se servir des verres. On fait les cons comme si on était éméchés. A la fin du reportage, le journaliste nous dit : « je vais voir avec la rédaction en chef pour pouvoir le diffuser ». Bon finalement, ce n’est pas passé à la télé.


Lors du match du titre à Paris, qu’as-tu ressenti quand Pascal Feindouno marque le but qui offre le titre de champion de France 1999 ?
D’entrée de jeu, Sylvain marque. Après, je marque aussi mais le but est injustement refusé. Paris égalise et Sylvain remarque derrière. Il reste un quart d’heure à jouer et la pression commence à monter. On savait qu’Ali Benarbia partait à Paris en fin de saison. On lui avait dit en rigolant : « si tu vas là-bas, tu pourrais négocier le match (rires) ». Et il nous avait répondu : « eh bien, il y a certains Parisiens qui ne veulent pas que Marseille soit champion, d’autres s’en moquent donc on ne peut pas vraiment savoir ». Pour revenir au match, Bordeaux se fait égaliser à sept minutes de la fin. Là, Eli Baup décide de faire rentrer Pascal Feindouno. En fin de rencontre, je lui mets le ballon en profondeur et il marque. Je deviens meilleur passeur, lui nous offre le titre. Ensuite, la joie est indescriptible. Lors des dix dernières minutes, le public parisien nous encourageait. Entendre le Parc des Princes chanter « Allez Bordeaux », ça fait tout drôle.


Comment s’est passée la soirée du titre ?
On a fait la fête avec les supporters bordelais qui avaient fait le déplacement à Paris. Quand on arrive à l’aéroport, le président Triaud dit : « demain, on a rendez-vous à la mairie ». Je lui réponds : « non, c’est au stade Jacques-Chaban-Delmas qu’on doit fêter ça, c’est là-bas qu’on a lutté pour ce titre ». Il passe un coup de fil pour demander l’autorisation et le maire, Alain Juppé, dit : « pas de problème, on va ouvrir le stade ». Jean-Louis Triaud revient alors vers moi : « je vous ai écoutés, j’ai fait ouvrir le stade, s’il n’y a pas grand monde, tant pis pour vous ». Un quart d’heure après l’ouverture, un copain qui était sur place m’appelle : « Lilian, dis à ton président que le stade va être plein, il y a déjà 20 000-25 000 personnes assises ». Les gens ont attendu quatre ou cinq heures au stade. Quand on est arrivés à 3h du matin, il y avait 35 000 personnes. Un truc de fou. Après, on est reparti en voiture avec Nisa Saveljic et Ivan Vukomanovic. Nous étions en décapotable et nous klaxonnions. Les gens à Bordeaux nous acclamaient, c’était génial.


« Dans l’Équipe, un article est sorti pour dire : « Laslandes est tous les soirs dehors ». Ce n’est pas parce que j’ai acheté un bar-restaurant que j’étais tous les soirs dehors »


Cette saison-là, en quart de finale de Coupe de l’UEFA, il y a la déconvenue à Parme (défaite 6-0). Que s’est-il passé ce soir-là ?
On fait un super match aller. On mène 2-0 et à la 89eme minute, Hernan Crespo marque. Du coup ce but nous a rendu la tâche difficile pour ce match retour. D’entrée, on prend deux buts. Ensuite, Nisa Saveljic croit entendre un coup de sifflet de l’arbitre et prend le ballon de la main. Penalty. Les sifflets venaient des tribunes. 3-0. Et après, ç’a déroulé. On est vraiment passés à côté de cet événement-là.


Pourquoi quittes-tu Bordeaux en 2001 ?
Après le titre et la Ligue des Champions, je sens une motivation un peu moins importante du club. Surtout que l’année d’avant, je me prends la tête avec le président Triaud. Dans l’Équipe, un article sort pour dire : « Laslandes est tous les soirs dehors ». Ce n’est pas parce que j’ai acheté un bar-restaurant que j’étais tous les soirs dehors. Ç’a touché l’ensemble de ma famille, surtout ma grand-mère. Je n’ai pas apprécié. J’ai donc dit au président : « ça ne se fait pas, qu’est-ce que vous avez à dire là-dessus ». Il m’a répondu : « ne t’inquiète pas, on rectifiera ça au bon moment, fais de bons matchs ». Lors des trois-quatre matchs qui suivent, je marque des doublés, j’inscris des buts importants. Après le match à Saint-Étienne (2-1, 32eme journée, le 29 avril 2000) où je marque le premier but, je dis au président : « maintenant président, il y en a assez, à vous de faire ce que vous m’avez promis ». Il répond : « ne t’inquiète pas ». Le lendemain, il y a un article dans l’Équipe : « on a recadré Laslandes ». Le dimanche, le président vient nous féliciter comme il le fait après les victoires. Après le discours d’Élie Baup, le président Triaud dit : « bon allez, bon dimanche ». Là, je me suis levé : « A partir d’aujourd’hui président, vous pouvez me serrer la main, je vous la serrerai mais je ne vous regarderai pas ».


Finalement, tu pars à Sunderland un an plus tard…
En fin de saison, j’ai une réunion avec les dirigeants de Bordeaux. Ils me disent : « Lilian, il te reste encore deux ans de contrat, qu’est-ce que tu veux faire ? ». Je leur réponds : « comment ça, qu’est-ce que je veux faire ? Je suis encore sous contrat, si vous ne voulez plus de moi, c’est à vous de me le dire ». Du coup, j’en parle à mon agent. Il me dit qu’il peut me trouver un club à l’étranger. Il revient rapidement vers moi : « j’ai Sunderland, il y a un beau stade, une belle ambiance, je pense que ça peut te correspondre ». Donc je regarde deux matchs de Sunderland. Je n’arrive pas trop à m’identifier, mais je lui dis : « pourquoi pas, on va visiter les installations ». Je suis ensuite revenu vers le président de Bordeaux et Elie Baup : « est-ce que ça vous dérange que je reste ? ». Là, on me répond : « non, pas de soucis ». Mais moi, je ne sens pas la franchise de leur part. J’ai alors dit à mon agent : « on s’en va ». Trois jours après ma signature à Sunderland, le président bordelais appelle mon agent alors que j’étais à côté : « il faudra nous amener les sous car on a réservé Christian du PSG ». Quand ils disaient qu’ils voulaient que je reste à Bordeaux, ce n’était pas vrai.


« J’ai pris le maillot de Sunderland, je l’ai mis par terre et j’ai dit au coach : « vous voyez ce maillot, je ne le remettrai plus jamais » »


Raconte nous ton arrivée en Angleterre…
Au début, ça s’est bien passé pendant les matchs amicaux, j’ai marqué quelques buts. J’étais étonné et content. Ça jouait au football par rapport au kick and rush que j’avais vu à la télé. Mais dès que la saison a commencé, l’équipe a complètement changé, là je voyais les ballons passer au dessus de moi. On me demandait d’aller presser le gardien de but. S’il était adroit des pieds, il éliminait trois-quatre garçons sur une seule passe. Je trouvais ça inutile, on faisait des efforts pour rien. Un jour, j’en ai parlé à l’entraîneur devant tout le monde à l’entraînement : « coach, pourquoi vous me faites faire ça ? ». Il m’a répondu : « qu’est-ce que tu vas m’apprendre toi petit Français ». Un jour avant un match où je devais être titulaire, je me faisais masser et là l’entraîneur vient vers moi : « Lilian, remets ton costume, ça te va mieux que la tenue de footballeur et tu vas dans la tribune ». J’avais quand même 31 ans. Sur le moment, je n’ai rien dit car j’étais vraiment surpris. Deuxième coup, il me fait la même chose. Sauf que là, je lui ai mis un coup de poing, c’est parti en bagarre. J’ai pris le maillot, je l’ai mis par terre et je lui ai dit : vous voyez ce maillot, je ne le remettrai plus jamais ». Il y avait des garçons du cru qui ont vu ça et qui se sont fâchés un peu. On en est aussi venus aux mains. J’ai repris le maillot, je suis allé voir le président en tribune, je lui ai mis sur lui : « vous voyez ce maillot, je ne le porterai plus jamais. Mettez moi en réserve si vous voulez, mais je ne le reporterai plus en équipe première ». Du coup, mon agent m’a envoyé six mois à Cologne.


Comment ça s’est passé pour toi à Cologne ?
Pareil, les trois premiers matchs ça se passe bien, on gagne. Ensuite on enchaîne les matchs contre les gros et donc les défaites. Comme Cologne ne s’est pas sauvé, les dirigeants m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me garder l’année suivante.


En début de saison suivante, tu es de retour à Sunderland où tu étais toujours sous contrat…
Je voulais montrer aux Anglais qu’ils s’étaient trompés. Lors du premier entraînement avec ballon, après les tests physiques où j’étais dans les premiers, le coach dit : « toi Lilian, tu vas là-bas, tu t’entraînes tout seul ». Deuxième jour même chose. Troisième jour même chose. J’ai demandé à mon agent de me trouver un club en France. Il y avait Lille et Nantes. J’ai dit non. Quand il m’a dit Bastia, je lui ai répondu : « ça me va. L’état d’esprit des Corses me plaît, je vais là-bas ». Gérard Gili, le coach bastiais, m’appelle : « Lilian t’es prêt ? ». « Coach, j’ai besoin de quinze jours pour me préparer », ai-je répondu. Il a été d’accord. Lors de mon premier match à Paris en septembre 2002, j’ai marqué.


« Pour moi le foot, c’est on vient s’entraîner avec des copains et on joue le samedi avec des copains. Ce n’est pas, on fait sa prestation et on s’en va. Dès qu’on a fait des repas ensemble, les bons résultats sont revenus à Nice »


Bastia avait une équipe de fou cette année-là avec toi, Florian Maurice, Michaël Essien, Fanck Sylvestre, etc…
Oui. Contre les gros, on gagnait à la maison. Malheureusement, on perdait souvent des points bêtement à la dernière minute à l’extérieur. A la fin de la saison, Bastia n’a pas levé l’option d’achat car le club faisait revenir Frédéric Née suite à la vente de Michaël Essien à Lyon. Donc je suis reparti en Angleterre. Entre temps, j’ai croisé Gernot Rohr à Nice. Mon profil l’intéressait. Je le connaissais de Bordeaux. Il me restait deux ans de contrat à Sunderland qui venait de descendre en D2. J’ai décidé de m’asseoir sur ces deux années pour partir à Nice. Pour 0 euro. Je ne voulais plus que Sunderland me fasse chier. J’avais envie d’être heureux, de rejouer au football. C’est comme ça que mon épopée niçoise commence pendant un an.


Comment as-tu vécu cette saison 2003/04 à Nice ?
Il y avait une superbe ambiance familiale avec José Cobos, Jacques Abardonado, Lionel Letizi qui me correspondait tout à fait. J’ai marqué 10 buts en L1. A la fin de cette saison-là, Michel Pavon avait été nommé entraîneur de Bordeaux. Il me dit : « Lilian, j’ai besoin de cadres pour encadrer les jeunes. Est-ce que ça te dirait de revenir ? ». J’en parle au président de Nice qui me répond : « Lilian, comment j’explique aux supporters que je laisse partir mon meilleur buteur ? ». J’ai été voir les supporters de Nice, je leur ai expliqué que j’arrivais en fin de carrière, que j’avais envie de relever ce nouveau challenge dans ma ville de cœur mais que j’avais passé une superbe année à Nice. Ils m’ont répondu : « Lilian, on apprécie ton geste. Si tu as envie de partir, c’est toi qui décide » » Je suis donc revenu vers le président de Nice qui m’a dit : « si tu veux partir, tu peux ». Je suis donc parti à Bordeaux mais dans ma tête j’avais l’impression que je devais encore quelque chose aux supporters de Nice et au Gym. Je me sentais redevable du geste qu’ils venaient de faire.


Comment s’est passé ton retour à Bordeaux ?
Il y a eu des hauts et des bas. On joue notre tête lors du dernier match de la saison 2004/05 alors que nous étions dans la première moitié de tableau à la trêve. On enchaîne les matchs nuls et on se sauve contre Marseille à la maison (3-3). Nous avons fini la saison avec Eric Bedouet et Dominique Dropsy sur le banc, et moi en tant que leader de l’équipe. La saison suivante, Ricardo devient le nouvel entraîneur de Bordeaux. Il ne discute pas trop avec moi et lance le duo Darcheville-Chamakh devant. Je lui demande des explications, le début de saison passe et je ne dispute pas tous les matchs. En décembre, il me dit qu’il veut poursuivre ainsi en janvier. Je lui réponds : « moi, je repars à Nice ». Il dit : « oui, mais moi comment je fais, je n’ai plus de remplaçant devant ». « Je m’en fiche », lui ai-je rétorqué. Lors de cette deuxième partie de saison à Nice, les joueurs venaient s’entraîner et repartaient. Rapidement, j’ai dit au coach : « si on continue comme ça, on ne s’en sortira pas. Il faut qu’on fasse des repas ensemble, qu’on reforme un groupe ». Pour moi le foot, c’est on vient s’entraîner avec des copains et on joue le samedi avec des copains. Ce n’est pas, on fait sa prestation et on s’en va. Dès qu’on a fait des repas ensemble, les bons résultats sont revenus à Nice.


« A Nice, j’ai joué mon dernier match sans savoir que c’était le dernier. Voilà mon seul regret. Je n’ai pas pu faire venir mes parents, mes amis. Je suis sorti sans l’acclamation du Stade du Ray. Ma carrière s’est arrêtée là, ce n’est pas moi qui ai décidé de la fin »


Enfin souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Oui, il y a quelque chose qui me tient à cœur. Je m’en suis expliqué avec le club de Nice. Au mois de décembre 2007, lors de ma dernière saison, on est deuxième. Le club me propose de signer deux ans de plus et me dit : « on fera la paperasse en juin ». J’ai 36 ans et je suis encore en forme à ce moment-là. Mais après les six derniers mois, un autre président arrive et change d’optique. Au lieu de faire : des anciens avec quelques jeunes autour, il veut aligner plein de jeunes avec quelques anciens. Pendant l’été 2008, personne ne revient vers moi, je sens le vent tourner. Je rappelle le club de Nice : « quand est-ce qu’on signe ? ». « Ah Lilian, il risque d’y avoir un problème » m’ont-ils répondu au mois de juillet. Sauf qu’en juillet, une grande partie des recrutements est effectuée. C’était impossible de me recaser quelque part car tout le monde avait fait son recrutement. Il fallait attendre décembre, sauf que moi, je n’avais plus envie d’attendre. A Nice, j’ai joué mon dernier match sans savoir que c’était le dernier (Nice-Caen, 38eme journée, le 17 mai 2008). Voilà mon seul regret. Je n’ai pas pu faire venir mes parents, mes amis. Je suis sorti sans l’acclamation du Stade du Ray. Ma carrière s’est arrêtée là, ce n’est pas moi qui ai décidé de la fin. Pendant une bonne année, j’ai eu ça dans la tête et après ça s’est apaisé. Nice m’a fait revenir pour donner deux coups d’envoi. Ce n’est pas la même chose mais en même temps, ils ont compris que par rapport à la carrière que j’ai faite, pendant presque 19 ans, ils avaient peut-être touché une personne. Mais heureusement, les supporters de Nice me l’ont bien rendu. Ça m’a réchauffé le cœur.


Propos recueillis par Clément Lemaître


Découvre la première partie de l’interview de Lilian Laslandes : «  Je ne ressens plus d’injustice pour mon retourné refusé à Dortmund » juste ici


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