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Aujourd’hui courtier en assurance pour l’UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels), l’ancien gardien de but Ronan Le Crom raconte les moments les plus marquants de sa carrière. De ses débuts compliqués à Auxerre sous la houlette de Guy Roux à sa fin de carrière conclue avec un unique titre de champion de France avec le PSG de Carlo Ancelotti. Ronan Le Crom raconte également ce match de CFA Auxerre-Rennes qui a tout changé dans sa carrière. Ce match qui aurait pu le griller quand on en connait aujourd’hui les circonstances. 

 

Ronan Le Crom, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière en 2013 ?
J’ai travaillé deux ans au Pôle Espoirs fédéral de Saint-Sébastien sur Loire, près de Nantes. Parallèlement à ma formation d’entraîneur, j’ai pu m’occuper des gardiens de but. Puis l’UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels) m’a sollicité pour devenir courtier en assurance. C’est-à-dire pour accompagner les joueurs et les indemniser lorsqu’ils ont de graves blessures. Je suis courtier en assurance depuis trois ans après avoir suivi une formation de cinq mois au sein de la structure.

 

Tes derniers pas de gardien de but datent de 2013 avec le PSG. As-tu toujours des contacts avec le club ?
Oui bien sûr. Par l’intérmediaire de mon activité professionnelle d’abord puis aussi parce que j’ai toujours des amis qui jouent comme Alphonse Aréola, Adrien Rabiot ou Presnel Kimpembe.

 

Comment le PSG est venu te chercher à l’époque pour devenir quatrième gardien ?
J’étais sans club après la saison 2010/11. On m’a d’abord proposé de venir faire le sparring partner au PSG à l’époque où Antoine Kombouaré était le coach. Mon agent, Fabrice Picot, avait joué les entremetteurs. C’est tombé dans la période où le PSG changeait de propriétaire. Finalement, lors des six mois qui ont suivi, je suis rentré à Grenoble où ma famille habitait encore. Je me suis entraîné tous les jours : j’ai couru, j’ai joué au badminton. Tout ce que j’aime. Début janvier 2012, Carlo Ancelotti a remplacé Antoine Kombouaré. L’entraîneur des gardiens, Gilles Bourges, m’a contacté pour me dire de rester proche de mon téléphone car Leonardo allait m’appeler. Je me suis dit : « ah c’est super, il va me souhaiter les vœux, c’est sympa ». Le vendredi soir, Leonardo m’a dit que le PSG recherchait un quatrième gardien d’expérience capable de jouer un match en cas de problèmes. Le dimanche j’étais dans ma voiture et le mardi je signais mon contrat. Comme Maxwell qui était dans le bureau d’à côté.

 

« Carlo Ancelotti souhaitait qu’on vive tous ensemble. Par exemple, il voulait que les joueurs, le staff, les intendants et les femmes qui lavaient le linge déjeunent ensemble. Que tout le monde soit tourné vers le même objectif…S’il était resté, j’aurais rempilé au PSG »

 

Quelles ont été tes premières impressions au PSG ?
J’ai réalisé que je travaillais avec des professionnels « plus plus ». Il y avait beaucoup plus de kinés, de préparateurs physiques. Avec Carlo Ancelotti et Leonardo, leur travail se résumait en deux mots : simplicité et efficacité. Ils avaient une grande force de travail. C’était la même chose pour les grands joueurs que j’ai côtoyés. Zlatan était un grand pro, par exemple. Il était très exigeant avec lui-même, donc très exigeant avec ses coéquipiers. Nous étions tous unanimes pour dire qu’il valait mieux l’avoir dans notre équipe plutôt que dans celle d’en face.

 

Au PSG, tous les moindres détails sont calculés ?
Voilà. J’ai eu la chance de travailler avec Nick Broad, le chef du pôle performance, qui est malheureusement décédé sur la route. Il était vraiment au service de tous les joueurs. Même si moi par exemple, je n’étais pas la pierre angulaire du groupe. J’avais le droit aux mêmes soins, aux mêmes attentions que les autres. Cela explique tout.

 

Carlo Ancelotti est très aimé dans le monde du foot. Qu’a-t-il de plus que les autres coachs ?
C’est quelqu’un qui inspire le respect déjà par son grand passé de joueur et d’entraîneur. C’est quelqu’un de simple et d’humain. Il a un grand sens tactique. Il connaît le foot sur le bout des doigts. Il aime aussi prendre des décisions collégiales. Par exemple, il organisait des réunions quotidiennes avec le personnel médical du club. Chacun avait son mot à dire. Il souhaitait qu’on vive tous ensemble. Par exemple, il voulait que les joueurs, le staff, les intendants et les femmes qui lavaient le linge déjeunent ensemble. Que tout le monde soit tourné vers le même objectif. S’il était resté, j’aurais rempilé au PSG. Il m’a marqué.

 

« J’ai beaucoup pleuré après Lorient-PSG. J’étais dans un ascenseur émotionnel ce soir-là : d’abord tellement heureux de participer à un match de L1 avec le PSG puis ensuite ça s’est arrêté brutalement »

 

Carlo Ancelotti t’a fait jouer à Lorient (3-1 pour Paris, 38eme journée de la saison 2012/13) alors que tu étais quatrième gardien. Cela t’a permis d’être champion de France…
A la base, c’était plus une demande des autres gardiens de but. Il était convenu que si ça se passait bien à Lorient, je devais entrer en jeu pour que je devienne moi aussi Champion de France. J’ai ressenti d’abord une grande émotion. Une grande fierté. Une récompense aussi car j’ai travaillé dans l’ombre. Au Moustoir, le contexte était particulier car je suis né à Lorient. Ma maman était dans la tribune. Cela faisait trois ans que je n’avais pas rejoué en Ligue 1. Les quinze minutes qui ont suivi mon entrée en jeu, j’ai sorti deux, trois arrêts. Puis après, je me suis fait expulser par Monsieur Bastien suite à une décision inadaptée par rapport au contexte. J’ai vu dans ses yeux qu’il allait sortir le carton rouge. Je lui ai tenu le bras et expliqué qu’on gagnait 3-0, que c’était mon dernier match. En plus Sylvain Armand était à mon niveau sur cette action. Je pense que je ne méritais pas le carton rouge. Mais il a appliqué le règlement.

 

Comment s’est passé l’après-match pour toi ?
J’ai beaucoup pleuré. J’étais dans un ascenseur émotionnel ce soir-là : d’abord tellement heureux de participer à un match de L1 avec le PSG puis ensuite ça s’est arrêté brutalement. Finalement cette sortie particulière a marqué les gens. Peut-être que les fans de foot n’auraient pas su comment j’avais fini ma carrière sans ce fait de jeu. Comme c’est atypique, on s’en souvient.

 

Revenons à tes débuts. Tu as été gardien remplaçant pendant neuf ans à Auxerre. Benjamin Nivet disait que tu étais toujours très méticuleux et professionnel dans ta préparation même si tu ne jouais pas. Comment as-tu vécu dans l’ombre de Lionel Charbonnier et de Fabien Cool ?
S’entraîner dur et être privé de la lumière, c’était compliqué. Heureusement, je jouais quand même avec l’équipe réserve chaque week-end. Je suis allé dans tous les coins de la France en Renault Espace et j’ai été champion de France CFA avec Daniel Rolland. Mais après le but, c’est de jouer en pro. Quand on ne peut pas s’exprimer ce n’est pas marrant. Néanmoins, je me suis toujours préparé comme si j’allais jouer. J’en ai jamais démordu. J’ai toujours espéré que ça arrive un jour. Et j’ai bien fait. Même si ça n’a pas eu lieu à Auxerre. Avec Guy Roux, le gardien titulaire jouait tous les matchs, même les matchs amicaux. Cela a provoqué de la rage en moi que j’ai transformée en énergie positive le moment venu.

 

« Quand Guy Roux est redevenu entraîneur d’Auxerre en 2001, il m’a dit : « comme d’habitude : le premier gardien joue et le deuxième regarde ». Pour moi, ç’a été assez violent. Je me suis contenu. Ou on m’a retenu. J’ai ressenti une grande colère »

 

Quelles étaient les explications de Guy Roux en début de saison ?
Je me souviens très bien d’une scène. Il avait arrêté une saison (ndlr : 2000/01). Daniel Rolland, mon ex-formateur, avait repris le flambeau. Lui et Dominique Cuperly m’ont beaucoup aidé d’ailleurs. Cette saison-là, j’ai joué en Coupe de France. C’était du bonheur pour moi car j’ai pu m’exprimer. On a été jusqu’en quarts de finale à Nantes (4-1, ap). Je me suis dit : « enfin, j’ai prouvé que j’étais capable de jouer en pro ». L’été d’après, Guy Roux est redevenu entraîneur d’Auxerre. Lors de la préparation, je lui ai demandé comment ça allait se passer pour moi. Il m’a répondu : « comme d’habitude : le premier gardien joue et le deuxième regarde ». Pour moi, ç’a été assez violent. Je me suis contenu. Ou on m’a retenu. J’ai ressenti une grande colère. J’ai ravalé tout ça et je suis parti libre à l’issue de la saison.

 

Pourquoi as-tu rejoint Guingamp en 2002 ?
Cette histoire est épique. Il y a prescription aujourd’hui. Tu as souligné le fait que j’étais très professionnel sauf que la veille d’un match de CFA de la saison 2001/02, je suis exceptionnellement sorti jusqu’à 6h. Je me suis lâché, j’avais besoin de décompresser. Une bamboula phénoménale, arrosée comme il le faut. Le lendemain, il y avait un match à 15h contre la réserve de Rennes. Mes potes m’ont dit : « Ronan, demain, tu ne vas pas pouvoir jouer ». « Si, ne vous inquiétez pas » leur ai-je répondu. Comme le match était l’après-midi, cela voulait dire que le steak-purée-riz était à 10h. J’ai passé le repas tant bien que mal. J’ai pris des Efferalgan et j’ai fait la sieste. Le rendez-vous au stade était à 13h30, avec un grand soleil rasant. Pas idéal quand on a fait la bringue la veille. Je ne sais pas pourquoi et comment, j’ai réalisé un match phénoménal ce jour-là. J’étais habité par l’esprit de Lev Yachine (ndlr : Ballon d’Or 1963). Béni par les Dieux. L’entraîneur de l’équipe d’en face était Bertrand Marchand. Trois semaines plus tard, c’était la dernière journée de L1 : Auxerre-Rennes (2-3). Après le match, je revois encore Bertrand Marchand qui rentre dans le vestiaire d’Auxerre. Je me suis dit : « qu’est-ce qu’il vient faire là alors que Guy Roux ne laisse pas rentrer n’importe qui ». Il traverse le vestiaire et s’approche de moi : « je serai l’entraîneur de Guingamp la saison prochaine. Le club vient de se sauver en L1 à la dernière seconde. Je te veux comme premier gardien. On va faire comme si nous ne nous sommes pas vus et je te rappellerai plus tard » m’a-t-il dit. Quelques jours plus tard, j’ai signé à Guingamp. J’ai fait une saison formidable, j’ai même été pré-sélectionné en équipe de France pour la Coupe des Confédérations 2003.

 

Avais-tu reçu un coup de fil de Jacques Santini, l’ex-sélectionneur de l’équipe de France ?
Il ne m’a pas appelé personnellement, mais j’ai reçu un courrier officiel. Cette saison-là, j’étais performant dans une équipe performante. Donc je me suis fait remarquer. Même à la veille de la liste, je pensais y être. Finalement, le sélectionneur a sélectionné Mickaël Landreau. Pas de problème, j’étais déjà content d’être pressenti chez les Bleus.

 

« J’ai très peu dormi la veille de mon premier match avec Guingamp.  Plus on attend un événement, plus ça devient exceptionnel et plus ça devient anxiogène. J’avais 28 ballets. Il ne fallait pas se rater »

 

Pour revenir à ta première saison avec Guingamp (2002/03), il paraît que tu n’as presque pas dormi avant le premier match du championnat face à Lyon au Roudourou (3-3) à cause du stress ?
Oui. Plus on attend un événement, plus ça devient exceptionnel et plus ça devient anxiogène. J’avais 28 ballets. Il ne fallait pas se rater. J’étais avec Stéphane Carnot en chambre. Je n’ai pas beaucoup dormi. Je n’ai pas été super performant d’ailleurs. J’ai été le premier gardien à prendre un but de Juninho cette saison-là. Je n’ai pas été le dernier non plus. Moi aussi j’ai pensé que la balle allait finir au dessus mais elle est retombée dans le but. Cette saison-là, j’ai enchaîné petit à petit. En plus, j’étais chez moi en Bretagne, et je me sentais super bien. Dans ma vie personnelle, tout allait bien. J’ai eu mon premier enfant. Il ne faut pas oublier qu’il y a un homme derrière le joueur de foot.

 

En tant que gardien de but, c’était comment d’être opposé à Didier Drogba et Florent Malouda à l’entraînement ?
C’était fort. Comme Stéphane Guivarc’h, Lilian Laslandes, Gérald Baticle, Enzo Scifo, Djibril Cissé que j’avais connus à Auxerre. Ils avaient un truc en plus, sinon ils n’auraient pas réalisé une carrière exceptionnelle. Cette saison-là, il y avait aussi Nestor Fabbri. Un grand monsieur avec une grande expérience. Pas très rapide mais il compensait avec la vista.

 

Avec le recul, as-tu des regrets de ne pas avoir accroché une meilleure place en championnat avec cette équipe-là (ndlr : 7eme)?
On a quand même joué la Coupe Intertoto, c’était déjà pas mal. En 2002/03, Guingamp avait 39 points à la trêve. C’était très bien. Ensuite, on a eu un gros trou d’air. Puis on a fini par huit matchs sans défaite et notamment une victoire à Lyon 4-1, même si l’OL, déjà champion, venait de passer une semaine à Saint-Tropez. Le grand regret est d’être descendu la saison suivante pour un point.

 

« A Troyes, j’ai connu Jean-Marc Furlan, un homme super et un excellent entraîneur. Je le trouvais déjà très innovant à l’époque dans son management et la préparation mentale : à l’écoute avec une grande liberté d’esprit. Avec lui, j’ai pris beaucoup plus de plaisir que par le passé »

 

En 2004, tu es parti à Saint-Étienne et tu as très peu joué…
Quand Guingamp est descendu, un nouvel entraîneur est arrivé (ndlr : Yvon Pouliquen). J’avais 30 ans et je voulais rester en Ligue 1. Je me suis fait prêter à Saint-Étienne. Jeremie Janot a fait une saison du feu de Dieu. Je n’ai pas pu mettre un orteil dans la porte. Je n’ai pas de regrets car j’y ai vécu de bons moments. Puis en cours de saison, je savais déjà que Troyes, qui était sur le point de monter en Ligue 1, cherchait un gardien de but. Quand l’ESTAC a validé son ticket pour l’élite, j’ai de nouveau été prêté.

 

Quels souvenirs gardes-tu de tes deux saisons à Troyes ?
C’était génial parce que j’ai connu Jean-Marc Furlan. Un homme super et un excellent entraîneur. Nous sommes toujours amis. Je le trouvais déjà très innovant à l’époque dans son management et la préparation mentale : à l’écoute avec une grande liberté d’esprit. Avec lui, j’ai pris beaucoup plus de plaisir que par le passé. A Auxerre, j’étais plus dans la performance car j’avais peur de mal faire. Là j’ai vraiment pris conscience de mes capacités et que je pouvais encore progresser. Le meilleur exemple, c’est Blaise Matuidi que j’ai connu à Troyes. Il ne fait que progresser et ne se fixe aucune limite. Il a toujours l’impulsion pour gravir la marche suivante. Je suis tellement content de ce qui lui arrive car il le mérite. J’aurais aimé rencontrer Jean-Marc Furlan plus tôt dans ma carrière. Avec Troyes, on s’est sauvé la première année et on est malheureusement descendu la saison suivante. J’ai vécu de bons moments à Troyes où j’ai eu mon deuxième enfant.

 

En 2007, tu as retrouvé Guy Roux à Lens…
Je suis sorti de l’ESTAC sans club. Quand on est gardien, ce n’est pas facile car l’été, c’est un peu le jeu des chaises musicales. Guy Roux m’ a appelé pour le rejoindre en tant que doublure de Vedran Runje. Au début, j’étais assez dubitatif. J’ai demandé à mon agent de trouver une autre solution. Quand le 1er juillet est arrivé et qu’il a fallu s’inscrire à Pôle Emploi, j’ai vite signé à Lens. Deux heures plus tard, mon agent m’a appelé pour me dire que Lorient me voulait. Finalement ma relation avec Guy Roux s’est apaisée. En septembre 2007, il a décidé de partir. Cela s’est très bien passé ensuite avec Jean-Pierre Papin, qui était un coach très humain. J’ai pu jouer la finale de la Coupe de la Ligue 2008 contre le PSG (1-2) après avoir participé aux tours précédents.  Cette saison-là, il y avait une ambiance pesante dans le club car on sentait que la mayonnaise n’avait pas pris.

 

« La finale de la Coupe de la Ligue 2008, Lens-PSG ? Il y a eu un coup de vent sur Peguy Luyindula. J’ai trouvé ce penalty injuste. Je l’ai dit à Monsieur Duhamel. Sur l’action d’avant, il y avait corner pour Lens. Tout le monde l’a vu sauf les arbitres. Je lui ai rappelé qu’il n’avait pas le droit de nous priver de trente minutes de plus de bonheur. Je ne voulais pas perdre comme ça »

 

Comment as-tu vécu cette finale de la Coupe de la Ligue en tant que titulaire ?
En fin de match, il y a eu un coup de vent sur Peguy Luyindula. J’ai trouvé ce penalty injuste. Je l’ai dit à Monsieur Duhamel. Sur l’action d’avant, il y avait corner pour Lens. Tout le monde l’a vu sauf les arbitres. Je lui ai rappelé qu’il n’avait pas le droit de nous priver de trente minutes de plus de bonheur. Je ne voulais pas perdre comme ça. Ce soir-là, il y a aussi eu l’affaire de la banderole anti-ch’tis. En perdant cette finale, ça nous a mis dans une mauvaise dynamique. Puis on est descendus en Ligue 2. Le soir de la descente, après le match Lens-Bordeaux (2-2), c’était horrible. Pourtant on avait de très, très bons joueurs comme Eric Carrière ou Olivier Monterrubio.

 

Tu as ensuite joué pour Grenoble. Que retiens-tu de tes deux saisons avec le GF 38 ?
J’ai vécu dans un super groupe, avec des anciens et des grognards. La première saison, j’étais la doublure de Gregory Wimbée, on a beaucoup rigolé à l’entraînement. Pendant les séances, c’était en mode « Fa si la chanter » ou « N’oubliez pas les paroles ». Cela a un peu énervé notre entraîneur des gardiens, Philippe Sence. Mais c’était notre manière d’amener de la bonne humeur. Il y avait aussi les Nassim Akrour, Laurent Batlles, David Jemmali, Milivoje Vitakic, ces joueurs qui avaient beaucoup de bouteille et qui nous ont servis. On a d’ailleurs atteint les demi-finales de la Coupe de France 2009. Il était prévu que Greg fasse la première saison et que je reprenne le flambeau derrière. Puis à l’intersaison (à l’été 2009), j’ai appris dans la presse que Grenoble draguait Grégory Coupet. J’ai appelé tout de suite l’entraîneur Mecha Bazdarevic qui « tombait des nues ». Finalement, Grenoble a fait signer Jody Viviani, l’ex-gardien de but de Saint-Étienne. Je me suis très bien entendu avec lui. Malgré cela, j’ai tenu à rester au club et à honorer mon contrat. Le début de saison a été catastrophique : neuf matchs, zéro point. Là, on m’a sollicité pour donner un petit coup de main à l’équipe. Je l’ai fait avec plaisir.

Comment s’est passée la fin de la saison 2009/10 pour toi à Grenoble ?
Début janvier, notre match de Coupe de France (ndlr : à domicile contre Montpellier, 3-2) a été reporté à cause de la neige. Nous sommes repartis en stage à la Grande-Motte. Ensuite, on devait jouer contre Saint-Étienne au Stade des Alpes. Le jour du match, à 17h, Mecha Bazdarevic nous convoque Jody et moi. Là il dit : « comme Jody n’a pas pu jouer le match de Coupe de France, c’est lui qui jouera ce soir en championnat ». Jody était très surpris d’apprendre qu’il allait jouer trois heures avant le début du match. Moi j’ai d’abord encaissé en remontant dans ma chambre. Puis je suis reparti dans la chambre de Mecha Bazdarevic pour avoir plus d’explications et savoir si j’allais jouer les prochains matchs de championnat. Il m’a répondu : « je ne sais pas » (rires). J’ai été très étonné et le ton est un peu monté. Je lui ai dit que malgré cela, je travaillerais à fond jusqu’en fin de saison. Je me suis retrouvé remplaçant sans trop savoir comment. Pourtant, lors du match de championnat contre Monaco (0-0), Jody a pris un carton rouge. J’ai terminé la rencontre. On devait jouer contre Lyon la semaine d’après. Le lendemain du match face à l’ASM, le coach a insisté pour que je fasse les petits jeux et je me suis déchiré de 20cm. Suite à cela, Brice Maubleu a joué son premier match en L1. Finalement, j’ai quand même joué les deux derniers matchs de la saison. Mecha Bazdarevic m’a dit : « toi, tu vas jouer contre Le Mans ». Puis il a lancé à Jody Viviani : « tu joueras contre Marseille vu que tu es de La Ciotat ». Jody lui a répondu : « attendez, je ne suis pas une girouette ». C’est comme cela que je me suis retrouvé à jouer le dernier match de la saison au Vélodrome (2-0).


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Si je le pouvais, je serais encore footballeur professionnel aujourd’hui car ce sport procure des émotions tellement intenses. J’adore toujours le foot. Ceux qui ont la chance de jouer, je vous dis: « donnez vous les moyens de vos ambitions ». Ce sont des sacrifices mais après p….. qu’est-ce que c’est bon. Le football est aussi une vraie richesse car il te permet de rencontrer des vieux, des jeunes, des noirs, des jaunes, des catholiques, des musulmans, des orthodoxes, etc… C’est ça la vie. Aujourd’hui, je prends beaucoup de plaisir à accompagner les joueurs dans leur carrière grâce aux actions du syndicat des joueurs professionnels. Nous faisons beaucoup de choses pour les joueurs. Notre dernier mouvement « Positive football » rappelle que les joueurs de foot sont impliqués dans la société
Propos recueillis par Clément Lemaître

 

Tu es fan de l’En Avant Guingamp ? Découvre cette interview d’Angelo Hugues