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Photo FC Lorient

Le football à Lorient au début de l’ère Christian Gourcuff, ses belles soirées au Moustoir, sa complémentarité unique avec son frère jumeau Yves Bouger, son arrivée à Sochaux en 1997 après un incroyable pari avec l’ex-président lorientais, ses magnifiques souvenirs de la famille Peugeot, son transfert manqué à Nancy en 1999, sa fin de carrière à Créteil et sa nouvelle vie d’entraîneur avec les Lusitanos de Saint-Maur : depuis 30 ans, Bernard Bouger a bien bourlingué dans le monde du football. Dans cette superbe interview accordée à Foot d’Avant, l’ex-attaquant emblématique des Merlus se confie sur les moments qui ont marqué sa carrière. Des moments qui ont fait vibrer les supporters lorientais et sochaliens.

 

Bernard Bouger, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel en 2003 ?
J’ai arrêté suite à une rupture du tendon d’Achille. Ç’a été un arrêt forcé. Ensuite, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur pendant trois ans et demi. J’ai d’abord été l’adjoint d’Olivier Frapolli qui coachait la réserve de Créteil en CFA 2 en 2004. Puis j’ai pris une équipe de jeunes à Créteil. Ensuite j’ai entraîné Fleury, que j’ai fait monter de DSR en DH puis de National 3 en National 2, Villemomble et Marseille-Consolat. Actuellement, j’entraîne les Lusitanos de Saint-Maur (National 2).

 

 

Qu’est-ce qui te plaît dans le métier d’entraîneur ?
J’adore ce métier. Il est passionnant et enrichissant. Quand on est joueur, on ne gère que sa personne. Alors que l’entraîneur doit penser à tout un groupe et au staff. Je suis très heureux de pouvoir vivre de ma passion. Du football que j’aime : celui de Jean-Claude Suaudeau ou Christian Gourcuff. Jouer me manque toujours mais je vis cette sensation par procuration avec mes joueurs. Aujourd’hui, j’ai toujours la même ambition que quand j’étais joueur : aller plus haut. J’ai mené ma carrière de joueur jusqu’en L1. C’est quelque chose d’exceptionnel. Jamais je n’aurais imaginé jouer en Ligue 1 même si j’en ai toujours eu l’ambition. Nous sommes des millions à vouloir jouer dans l’élite et il y a très peu d’élus.

 

 

Tu as débuté ta carrière au FC Lorient à la fin des années 80. Une époque où le club naviguait entre la deuxième et la troisième division…
Deux choses m’ont marqué à mes débuts à Lorient : mon premier match professionnel au Moustoir contre Rouen en 1988. C’était le dernier match du championnat de D2. Lorient savait qu’il allait descendre en fin de saison. C’était aussi le premier match pro de Jocelyn Gourvennec. Puis le fait que Christian Gourcuff me prenait au début pour un milieu de terrain ou un défenseur. Je lui disais souvent : « coach, mettez moi devant, je vais marquer ». Un jour, il m’a fait jouer devant car l’attaquant acheté cette saison-là marquait peu de buts. J’ai donc enchaîné rapidement.

 

 

« Christian Gourcuff est un entraîneur fabuleux. Je pense qu’il aurait pu faire une carrière encore plus belle. Il a tellement de compétences. C’est lui qui a emmené le FC Lorient en Ligue 1. C’était quelque chose d’exceptionnel à l’époque (ndlr : en 1998)»

 

 

Comment était Christian Gourcuff quand il a commencé le métier d’entraîneur ?
C’est un entraîneur fabuleux. Je pense qu’il aurait pu faire une carrière encore plus belle. Il a tellement de compétences. C’est lui qui a emmené le FC Lorient en Ligue 1. C’était quelque chose d’exceptionnel à l’époque. Puis ensuite, il a installé Lorient en L1 sur la durée.

 

 

Qu’est-ce Christian Gourcuff a de plus que d’autres coachs ?
Ses connaissances tactiques et sa minutie. Notamment par rapport aux espaces, aux déplacements des joueurs et à la coordination des courses. C’était un prof de math. Tout est calculé avec lui. Il est très pragmatique, très cartésien. C’est un horloger du football. Avec lui, le collectif prime toujours sur l’individu.

 

 

Quelle était l’ambiance au FC Lorient au début des années 90 ?
A l’époque, Lorient faisait le yo-yo entre la D2 et le National. Moi je suis parti en 1992 quand Lorient a obtenu son accession en D2. J’ai marqué 30 buts au total cette saison-là : 20 buts en championnat et 10 buts en Coupe de France. En 1992, je suis parti à Valenciennes pour jouer en L1. Je suis revenu à Lorient en 1995 après une saison à Quimper. Le club était redescendu en National. J’ai participé à la remontée en D2 en finissant meilleur buteur de National avec 27 buts. J’ai enchaîné deux années en D2 avant de partir à Sochaux en 1997.

 

 

« Avec mon frère jumeau Yves Bouger, j’avais une telle connivence de jeu. Unique… Parfois, il y a des connexions qui ne s’expliquent pas sur le terrain »

 

 

Est-ce que l’épisode OM-VA en 1993, qui a entraîné la relégation de Valenciennes en L2, a eu un effet néfaste sur ton plan de carrière ?
Cet épisode, je me souviens l’avoir vécu dans les couloirs du stade Nungesser. Je me rappelle d’une effervescence anormale. Rapidement, j’apprends qu’une réclamation est posée. Cette saison 1992/93, je n’ai pas joué en L1. Francis Smerecki m’avait recruté pendant l’intersaison mais il s’est fait remplacer par Boro Primorac au bout d’un mois de demi. Il ne voulait pas des jeunes. Il était prévu que je joue avec l’équipe première et finalement j’ai joué en réserve toute la saison. Cette saison difficile m’a permis de forger mon caractère. C’est la vie d’un sportif : savoir rebondir et garder le cap malgré les embûches. Aujourd’hui, je trouve que les jeunes baissent trop vite les bras dès qu’il y a une difficulté. Pour être sportif de haut niveau, il faut avoir du caractère. Surtout quand on est attaquant.

 

 

Tu as ensuite réussi à redevenir l’attaquant vedette de Lorient. Est-ce que le fait d’être natif du Morbihan te poussait à donner davantage pour le maillot de Lorient ?
Pour conserver un nombre important de supporters, il faut savoir garder l’identité du club. Le meilleur recrutement possible est à faire dans sa région. Je suis vachement attaché à la Bretagne. Je suis Breton et fier de l’être. Lorient restera toujours mon club de cœur. Ça restera à vie. Connaître le monde professionnel dans sa région d’origine, c’est ce qu’il y a de plus beau. J’aurai toujours un œil attentif à ce qui se passe dans ce club. D’ailleurs, je suis persuadé que Mickaël Landreau va faire remonter le club dès cette année. Il a toute l’humilité pour ramener le club au plus haut niveau. C’est important pour la ville et l’économie locale.

 

 

Tu as joué presque toute ta carrière avec ton frère jumeau Yves Bouger à Lorient et à Sochaux : était-ce voulu ou un simple hasard ?
Avec lui, j’avais une telle connivence de jeu. Unique. Il jouait sur le couloir gauche, soit arrière latéral ou milieu excentré. La preuve avec Sochaux, je marque au Parc des Princes suite à une action qu’on réussit tous les deux : une-deux, il centre en retrait et je conclus. Parfois, il y a des connexions qui ne s’expliquent pas sur le terrain.

 

 

« Je garde d’excellents souvenirs de la famille Peugeot qui insufflait un esprit familial au sein du FC Sochaux. Elle nous montrait que le football était une école de la vie et qu’on avait de la chance d’être footballeurs professionnels car d’autres personnes travaillaient à l’usine tous les jours…Quand on croisait ces supporters à Bonal, on avait à cœur de se défoncer pour eux car on savait que leur vie n’était pas facile »

 

 

Pourquoi as-tu signé à Sochaux en 1997 ?
C’est une anecdote sympa. A l’été 1997, j’étais sollicité par Caen et Sochaux. Je joue le premier match de la saison de Lorient et je fais un pari avec le président lorientais, Louis Le Gallo. « Si je marque à Toulon et qu’on gagne, tu me laisses partir » lui ai-je dit. Lorient a gagné 1-0 et c’est moi qui ai marqué. Trois jours plus tard, j’étais à Sochaux. En 1997/98, j’ai participé à la montée en L1 de Lorient et de Sochaux. J’ai d’ailleurs marqué 18 buts avec Sochaux au cours de cette saison 1997/98. Je voulais absolument jouer en Ligue 1 ou dans un club qui avait la possibilité de m’offrir cette opportunité. Cette montée, c’est l’un des plus beaux moments de ma carrière. Ensuite en Ligue 1, j’ai mis dix buts lors mon unique saison (1998/99).

 

 

Tu as joué trois saisons à Sochaux. Que retiens-tu de l’ambiance du Stade Bonal ?
Le public de Bonal est formidable. Extraordinaire. Je suis encore en contact avec des supporters sochaliens aujourd’hui. Lorient est le club qui m’a fait connaître le professionnalisme et Sochaux est celui qui m’a fait découvrir la L1 et la joie de marquer dans ce championnat. A Sochaux, j’ai beaucoup appris aux côtés du coach Philippe Anziani par rapport au rôle de l’attaquant. De cette saison, je garde de merveilleux souvenirs : jouer à Marseille devant 50 000 personnes, la demi-finale de Coupe de la Ligue à Bollaert où Sochaux perd en prolongation, ou mon but au Parc des Princes. Je garde aussi d’excellents souvenirs de la famille Peugeot qui insufflait un esprit familial au sein du club. Elle nous montrait que le football était une école de la vie et qu’on avait de la chance d’être footballeurs professionnels car d’autres personnes travaillaient à l’usine tous les jours. Ces supporters travaillaient dur pour venir nous voir tous les week-ends. On allait visiter l’usine Peugeot au moins une fois par an, le but était de prendre conscience que nous étions des privilégiés. Quand on croisait ces supporters à Bonal, on avait à cœur de se défoncer pour eux car on savait que leur vie n’était pas facile et qu’on pouvait leur procurer énormément de bonheur en gagnant des matchs.

 

 

Ça doit te faire mal au cœur de voir ce qu’est devenu le FC Sochaux aujourd’hui ?
C’est navrant que la famille Peugeot ait dû vendre le club. J’espère qu’elle reprendra un jour les rênes du FC Sochaux. Ça permettrait de faire renaître le club et les valeurs familiales que nous avons connues. Sochaux mérite d’avoir une place dans l’élite du football français.J’espère aussi que le club redeviendra performant au niveau de son centre de formation. Mais cela va de pair avec la situation de l’équipe première.

 

 

« Quand Sochaux est descendu en 1999, Laszlo Boloni voulait me recruter à Nancy pour jouer devant avec Tony Cascarino et Olivier Rambo. L’ASNL a proposé 10 millions de Francs (ndlr : environ 1,5 million d’euros). C’était beaucoup à l’époque. Mais Sochaux n’a jamais voulu me laisser partir. Ç’a été la déception de ma carrière »

 

 

As-tu eu d’autres occasions de jouer en Ligue 1 ?
Quand Sochaux est descendu en 1999, Laszlo Boloni voulait me recruter à Nancy pour jouer devant avec Tony Cascarino et Olivier Rambo. L’ASNL a proposé 10 millions de Francs (ndlr : environ 1,5 million d’euros). C’était beaucoup à l’époque. Mais Sochaux n’a jamais voulu me laisser partir. Ç’a été la déception de ma carrière. Je voulais tellement refaire une saison en Ligue 1. J’avais tellement travaillé pour en arriver là. Du coup, lors de ma dernière saison à Sochaux en L2, en 1999/00, j’ai traîné cette déception et j’ai fait une saison moyenne.

 

 

Pourquoi es-tu parti à Créteil en 2000 ?
Parce que Créteil avait l’ambition de monter en L1 et de devenir le deuxième grand club parisien. Pourtant il me restait deux ans de contrat à Sochaux mais j’avais été trop déçu après mon transfert manqué à Nancy. J’avais 30 ans, je voulais absolument trouver un challenge pour rejouer en Ligue 1. A l’époque, Alain Afflelou était le président de Créteil et il avait construit une équipe formidable. Vingt joueurs avaient déjà joué en L1. Pour moi c’était une belle opportunité. Malheureusement, on a joué le maintien trois saisons de suite. En 2003, je me suis retrouvé en fin de contrat. Je devais resigner à Lorient et c’est là-bas que je me suis gravement blessé. Ça s’est passé à l’entraînement pendant l’avant-saison. Christian Gourcuff m’avait proposé de venir m’entraîner pour éventuellement signer au FC Lorient. J’ai arrêté là-dessus. Malheureusement ma carrière s’est conclue un peu vite. A 33 ans, j’étais loin d’être cramé. Mais après ma grave blessure, le Professeur Saillant m’a dit : « arrête, tes tendons sont morts ».

 

 

Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Au delà de ma carrière de footballeur, mon plus beau souvenir est la naissance de ma fille en 1998 à Sochaux. J’ai connu la Ligue 1 cette année-là. L’année du titre de champion du monde. Cette année 1998 a été extraordinaire pour moi. 1998 restera gravée dans ma mémoire.

 

 

Propos recueillis par Clément Lemaître

 

 

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