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Quatre ans après avoir raccroché les crampons, Ilan vit désormais à une vingtaine de minutes de Saint-Étienne. Dans la première partie de cette double interview accordée à Foot d’Avant (la suite de l’entretien sur ses passages à l’ASSE et en Corse est à paraître demain dimanche), Ilan a refait le film de son début de carrière : de l’Atletico Paranaense au Stade Bonal. Le Brésilien se prononce également sur la situation actuelle du FC Sochaux. Entretien magique avec l’ex-compère de Santos, Jaouad Zaïri et Wilson Oruma.


Ilan, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de footballeur professionnel ?
Après ma carrière de joueur, j’ai un peu travaillé à Saint-Étienne pour la cellule de recrutement. Puis, le club m’a proposé un poste pour dénicher des talents en Amérique du Sud, mais ça ne me plaisait pas totalement. J’ai aussi des affaires immobilières au Brésil. Aujourd’hui, j’habite à une vingtaine de minutes de Saint-Étienne. Une partie de ma vie est ici : je suis marié avec une Française et mes deux enfants sont nés en France.


En tant qu’ex-international brésilien, qu’as-tu pensé de la Coupe du Monde du Brésil et de celle de Neymar ?
Je n’ai pas trouvé le Brésil décevant. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu une équipe aussi homogène offensivement et défensivement. Je pense que le quart de finale face à la Belgique est l’histoire d’un match. Quant à Neymar, je pense qu’il n’a pas compris qu’on ne pouvait pas jouer de cette façon : en tombant tout le temps pour chercher la faute une fois frôlé. C’est agaçant pour les adversaires, l’arbitre, les spectateurs. Il s’est tiré une balle dans le pied. Il doit effacer la mauvaise image qu’il a laissée pendant la Coupe du Monde.


Tu as débuté ta carrière professionnelle tôt. Raconte nous tes débuts au Brésil…
J’ai commencé le futsal à l’âge de 5 ans. Dès 6 ans, je m’entraînais deux fois par semaine et je faisais des longs déplacements. Avec le recul aujourd’hui, je trouve que c’est un peu limite car on faisait 300-400 kilomètres. On dormait dans des salles de sport par terre sur des matelas. Vivre ça à 6 ans, soit ça te forge ou soit tu pleures. Moi ça m’a forgé. Au Brésil, le foot est une culture. Beaucoup de jeunes essaient d’avoir un avenir grâce au football. Le Brésil fait sept fois la France donc la concurrence est beaucoup plus rude. Je suis issu d’une famille de sportifs. Mon père a été joueur professionnel à Santos, un peu avant Pelé. Ensuite, il a été entraîneur des jeunes pendant quinze ans à Parana Clube. C’était un très, très bon entraîneur. Il m’a donné des bons conseils. C’était une bonne base pour moi. Ensuite, je suis passé pro très, très tôt. J’ai joué mon premier match à 16 ans. A 17 ans, j’ai inscrit mon premier doublé. Après, ça s’est bien enchaîné et j’ai été champion du Brésil avec l’Atletico Paranaense puis j’ai joué la Coupe des Confédérations 2003 avec la sélection brésilienne. La vie m’a fait un petit clin d’œil à ce moment-là : le Brésil s’est entraîné à l’Etrat (ndlr : le centre d’entraînement de Saint-Étienne, le club pour lequel il a joué de 2006 à 2009) pendant la compétition.


« Ronaldinho et Adriano ? Je me souviens de deux joueurs simples, insouciants et très talentueux. Aujourd’hui, ça n’existe plus ces joueurs qui jouent sans se prendre la tête. C’est trop professionnalisé et ce n’est plus la même magie »


Comment as-tu vécu la Coupe des Confédérations 2003 avec le Brésil en France (ndlr : les Brésiliens ont été éliminés au premier tour derrière le Cameroun et la Turquie) ?
Quand tu es appelé avec la sélection du Brésil, ça veut dire que tu as un très bon niveau. A cette époque, il y avait quand même du lourd : Ronaldo, Ronaldinho, Adriano…Pour moi, le moment marquant de cette compétition a eu lieu…à Saint-Étienne. Lors du dernier match de poule face à la Turquie (2-2), on a eu l’impression de jouer à Istanbul tellement le Stade Geoffroy-Guichard était chaud. J’ai gardé une superbe image de ce chaudron stéphanois.


Quels souvenirs gardes-tu de Ronaldinho et Adriano qui étaient dans le groupe brésilien lors de cette Coupe des Confédérations ?
Je me souviens de deux joueurs simples, insouciants et très talentueux. Aujourd’hui, ça n’existe plus ces joueurs qui jouent sans se prendre la tête. C’est trop professionnalisé et ce n’est plus la même magie. Même si on était en équipe nationale, on faisait des jongles ou des petits paris dans le vestiaire avant les matchs. Pour eux, le football n’était pas un boulot, pas une obligation, mais du plaisir.


Comment le FC Sochaux t’a recruté en 2004 ?
C’est grâce à Mathias Pires, un recruteur qui travaillait pour le FC Sochaux au Brésil et qui est devenu mon agent ensuite. Il suivait beaucoup de matchs du championnat brésilien et m’a abordé après m’avoir vu jouer quelques rencontres. Il m’a d’abord demandé si j’étais intéressé pour venir jouer en Europe. Je lui ai répondu : « oui, pourquoi pas ». Les choses ont commencé comme ça. Ensuite, il a réussi à convaincre Sochaux de m’acheter à tout prix. Je venais d’être champion du Brésil et j’avais besoin d’un nouveau challenge. Le côté familial du FC Sochaux m’attirait. Pour moi, Sochaux était une bonne entrée en France. Cela a pu surprendre que je signe à Sochaux. On ne va pas en vacances à Sochaux. Mais les gens sont d’une telle gentillesse là-bas. J’ai découvert la vraie France à Sochaux.


« A l’étranger, on voit la France comme un pays riche à travers Paris et la Tour-Eiffel. Mais ce n’est pas la vraie France ça »


Qu’est-ce que tu as découvert dans cette « vraie France » ?
J’ai vu des gens simples et sympathiques. Des gens qui ont un peu de mal à faire confiance au départ mais une fois qu’elle est accordée, ils te donnent, ils s’ouvrent. Peut-être trop parfois. A l’étranger, on voit la France comme un pays riche à travers Paris et la Tour-Eiffel. Mais ce n’est pas la vraie France ça. J’ai gardé un respect très important pour les habitants de Sochaux et ses alentours. Au Brésil, le football est une institution, une philosophie. Mais les Brésiliens n’ont pas le même respect du joueur de foot. Ça, ça m’a beaucoup touché. A l’Atletico Paranaense, les supporters sont dix fois plus chauds qu’à Marseille. Des fois, ils étaient très agressifs. Ils rentraient dans le vestiaire ou cassaient des voitures sur le parking du stade. C’était trop. On ne peut pas jouer au foot dans ces conditions.


Généralement, les Sud-Américains mettent plusieurs semaines avant d’être totalement opérationnels quand ils arrivent en France. Toi tu as tout de suite été efficace à ton arrivée à Sochaux. Comment l’expliques-tu ?
Je pense que le joueur doit s’adapter au pays dans lequel il joue. Dès mon arrivée à Sochaux, j’ai appris très vite la langue française. C’est par là que ça passe pour être plus efficace sur le terrain avec tes partenaires. J’ai utilisé beaucoup de mon temps libre à m’intéresser à la France, à sa culture. J’ai acheté deux-trois dictionnaires pour connaître les mots-clés. Tous les soirs, j’écrivais une centaine de mots à la main. Une fois que j’ai commencé à me faire comprendre, je me suis épanoui davantage. Quand tu parles, tu vis et tu manges à la Française, ça t’aide énormément pour t’intégrer. Moi, j’ai été cherché cette adaptation. Je n’ai eu besoin de personne pour ouvrir une ligne téléphonique. Certains joueurs ont tendance à être trop assistés et ça, ce n’est pas bon.


Sochaux est un club avec une identité forte. Sébastien Dallet, dans une précédente interview sur Foot d’Avant, racontait que chaque nouveau joueur visitait l’usine Peugeot à son arrivée…
Moi je l’ai visitée quelques semaines après mon arrivée. En venant à Sochaux, je suis passé de 5-6 millions d’habitants à 20 000. J’ai su m’adapter à cet environnement plus petit. Il ne me déplaisait pas car c’était plus simple pour aller s’entraîner et pour faire connaissance avec les gens plus facilement. Je suis resté très attaché à cette ville. Il y a quelques mois, je suis retourné au Stade Bonal. Je pensais être discret mais beaucoup de gens m’ont reconnu et sont venus me saluer à tel point que je n’arrivais plus à voir le match (rires).


« Aujourd’hui, beaucoup de supporters ne vont plus au stade Bonal. Le club a perdu son identité. Je pense que Peugeot devrait reprendre en main le FC Sochaux. Malheureusement en France, on a tendance à vendre tout ce qu’on a dès qu’un gros chèque se présente »


A Sochaux, tu as rencontré deux personnages importants des années 2000 : le président Jean-Claude Plessis et l’entraîneur Guy Lacombe. Quels souvenirs gardes-tu de ces deux hommes ?
J’en garde de superbes souvenirs. Jean-Claude Plessis est quelqu’un d’extraordinaire. C’est rare de rencontrer un président comme ça : ouvert, bon vivant et toujours avec le sourire. Pour moi, c’était le président idéal. Ce n’était pas un expert du foot mais c’était un expert du management humain. Il était toujours présent pour discuter avec nous. Il mangeait souvent avec les joueurs. Il faisait ça parce qu’il nous aimait. Du coup, on se battait aussi pour lui sur le terrain. Quant à Guy Lacombe, c’est quelqu’un d’un peu réservé, mystérieux, avec des compétences énormes. Pour moi, il reste encore un grand entraîneur français. Même aujourd’hui, il pourrait entraîner une bonne équipe française. Il a la connaissance complète du foot.


Quels sont tes meilleurs souvenirs de tes deux saisons passées à Sochaux ?
Il y a la Coupe d’Europe mais aussi le fait d’avoir joué dans de très bons groupes. Je me souviens de la saison 2005/06 où nous avons joué le maintien. Les gens avaient peur de la Ligue 2. Je me rappelle d’un repas entre joueurs alors que nous étions relégables et qu’il restait quatre matchs à jouer. On a bien mangé, on a bien bu, on a bien fait la fête et on s’est dit : « On va se battre, on ne peut pas descendre avec ce groupe-là, ce n’est pas possible ». Pour réaliser une bonne saison, il est important d’avoir un vestiaire uni. Je suis heureux d’être parti la tête haute, en laissant le club en Ligue 1.


Quels sont les joueurs qui t’ont le plus impressionné à Sochaux ?
J’ai côtoyé plein de bons joueurs. Je m’entendais très bien avec Souleymane Diawara. Quant à Jérémy Menez, il était jeune mais on voyait déjà son potentiel extraordinaire. J’aimais aussi beaucoup Teddy Richert. C’est quelqu’un de formidable : un père de famille, un bon vivant mais aussi un très gros bosseur. J’ai également beaucoup aimé Wilson Oruma, un gars qui avait toujours le sourire. Je ne l’ai jamais vu faire la gueule. Sur le terrain, il avait le truc. Ce n’est pas un hasard s’il a joué dans de très grands clubs et s’il a été international.


Enfin, que penses-tu de la situation actuelle du FC Sochaux ?
Ça me fait beaucoup de peine. Aujourd’hui, beaucoup de supporters ne vont plus au stade Bonal. Le club a perdu son identité. Je pense que Peugeot devrait reprendre en main le FC Sochaux. Malheureusement en France, on a tendance à vendre tout ce qu’on a dès qu’un gros chèque se présente.

Propos recueillis par Clément Lemaître

Découvre la deuxième partie de l’interview, époque Saint-Étienne, juste ici.

Toi aussi tu es fan du FC Sochaux ? Découvre la belle interview de Stéphane Pichot juste ici