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Cédric Mionnet

Cédric Mionnet, reconverti responsable du service des sports pour le conseil départemental des Ardennes (« le département que j’aime »), a fait rêver la France entière avec un parcours extraordinaire en Coupe de France qui s’est achevé en finale en 1999 face à Nantes (0-1). Lors de cette même année, le promu sedanais a validé son ticket pour la D1. Un parcours mythique raconté par Cédric Mionnet, qui revient longuement sur la première partie de sa carrière (ndlr : deuxième partie à lire le 30 octobre). Une carrière dans le foot professionnel qui n’était pourtant pas dans ses plans initiaux.

 

Cédric Mionnet, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel ?
Quand j’ai décidé de mettre fin à ma carrière en 2005-06, le FC Tours voulait me conserver en tant que directeur sportif. J’ai refusé car le conseil départemental des Ardennes m’offrait l’opportunité de devenir responsable du service des sports. J’ai fait le bon choix car je suis heureux de vivre dans le département que j’aime.

 

Tu t’es révélé aux yeux du grand public à Sedan. Peux-tu revenir sur ton parcours avant le CSSA ?
Moi, je n’ai jamais fait de centre de formation. Ce n’était pas mon objectif de devenir joueur de football professionnel. Avant l’âge de douze ans, je jouais au tennis de table. J’ai joué à Amiens car mon père était gardien de prison dans cette ville. C’était ma passion, je rêvais de devenir le futur Jacques Secrétin à l’époque. Je jouais de temps en temps au football à l’école. J’avais des qualités mais sans plus. Ensuite, mon père a été muté à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Un jour, l’entraîneur du club d’Ecuires est venu voir mes parents parce qu’il m’avait vu jouer avec son fils dans le village. Il m’a demandé de signer dans son club. D’ailleurs, quelques années plus tard, ils ont rebaptisé le stade de la commune à mon nom.

 

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Qu’est-ce qu’a aimé cet entraîneur chez toi ?
Il a vu que j’avais des qualités. Je n’ai joué qu’une année à Ecuires car il a voulu à tout prix que je passe les tests de sport études. Il m’a orienté pour jouer dans le club phare du secteur, à savoir Le Touquet. “Tu n’as plus rien à faire avec moi”, m’a-t-il dit.

 

« Au début, je n’étais pas trop favorable à l’idée de m’engager avec un club pro »

 

C’était une révélation pour toi…
Ah bah oui. C’est pour cela que je le cite à chaque fois : René Macquet. C’est ce monsieur qui m’a révélé. C’était un super éducateur. Il estimait que j’étais “au-dessus du lot” et m’a poussé à aller voir plus haut. Je l’ai toujours adoré et respecté car c’est grâce à lui que j’ai réussi à faire cette carrière. Après avoir évolué avec les cadets du Touquet, je suis rapidement arrivé en équipe B chez les seniors (R1). J’ai terminé meilleur buteur, ça se passait super bien. A la suite de ça, le club a déposé le bilan et a été “obligé” de faire avec les jeunes en National 2. Derrière, ils m’ont fait monter là-haut, sachant qu’à l’époque l’entraîneur ne voulait surtout pas de moi. Pour lui, j’étais trop petit.

 

Comment s’est déroulé ton premier match avec l’équipe première du Touquet ?
Ce soir-là, on joue à l’occasion du lever de rideau contre la réserve de Lens, au Stade Bollaert. L’entraîneur était dans l’obligation de me mettre dans le onze car il n’y avait plus personne. Il me l’avait dit ouvertement d’ailleurs. Sauf qu’on gagne 2-1 : je marque un but et je provoque un penalty. A ce moment-là, j’ai 19-20 ans. Derrière, je remets des buts et en fin de saison, je termine meilleur buteur du groupe en N2. Ainsi, Lens, Lille et Beauvais souhaitaient me recruter.

 

Avais-tu un travail à l’époque en parallèle ?
Oui tout à fait. Comme à la base, je n’envisageais pas de devenir joueur professionnel, j’ai passé mes examens pour être éducateur sportif avec les personnes handicapées. Je travaillais à l’année dans un centre et je jouais le week-end. Moi, ça me convenait. Au début, je n’étais pas trop favorable à l’idée de m’engager avec un club pro. Mais j’ai eu la chance que la directrice du centre me convoque un jour. Elle était au courant de la situation, son mari était un ancien pro. Elle m’a dit : “Écoute Cédric, il faut vivre ton rêve et si ça ne fonctionne pas, tu reviens ici, je te garde la place. Par contre si ça marche, bonne route à toi.” Comme j’avais l’assurance de pouvoir retrouver mon travail au cas où, je suis parti à Lens.

 

« Bruno Metsu m’a demandé de faire un essai à Sedan, mais il savait qu’il allait me prendre »

 

A Lens, tu n’es resté finalement qu’une saison…
Là-bas, je suis passé de trois entraînements par semaine à trois par jour. Avant, je faisais du 9h-18h, du 14h-21h ou des nuits. Physiquement, j’ai eu du mal. Je ne savais pas ce qu’était une sieste et le travail de récupération. J’ai donc enchaîné les blessures. J’étais avec Daniel Leclercq qui m’a apporté énormément. Il m’a toujours dit que j’avais des qualités. Mais moi, j’avais 21-22 ans et pour le club, j’étais un peu un vieux. Ils n’ont donc pas souhaité me garder à l’issue de ma seule année de contrat.

 

Quels souvenirs gardes-tu des Vladimir Smicer, Guillaume Warmuz et tous les joueurs emblématiques de Lens à l’époque ?
J’en garde de très bons souvenirs. C’était une très belle expérience. Quand je suis arrivé, c’était l’époque où le club jouait le haut de tableau de L1. Pour nous les jeunes, c’était quasiment impossible de se faire une place. Autant maintenant, les clubs n’ont pas peur de lancer des gamins de 18-19 ans, autant à l’époque il fallait vraiment faire ses preuves. Dans ma génération, il y avait Romain Pitau notamment.

 

Comment es-tu arrivé à Sedan ?
Bruno Metsu, qui entraînait Sedan (1995-98), me suivait depuis un moment. Après mon expérience à Lens, je voulais retourner travailler avec les personnes handicapées, comme c’était prévu. Mais finalement, Bruno Metsu m’a demandé de faire un essai à Sedan (ndlr : en 1997), qui était en National. “J’ai envie de t’avoir, ça fait plusieurs années que je te suis”, m’a-t-il dit. Il m’a demandé de faire un essai, mais il savait qu’il allait me prendre.

 

« Au début de la saison 1997-98, Sedan a failli déposer le bilan. Je me souviens encore du président qui disait : “Bon, ça va être compliqué cette année. Vous êtes libres de partir à tout moment” »

 

Sur Foot d’Avant, Olivier Quint a affirmé que Bruno Metsu avait été dur avec lui à ses débuts. Comment était-il avec toi ?
C’était un Monsieur très, très dur. Mais il aimait ses joueurs. Physiquement il fallait être prêt et tout donner sur le terrain. Dans l’approche du jeu, il ressemblait à Jorge Sampaoli. Bruno Metsu m’a apporté énormément sur l’envie de gagner. Dans le défi physique, il ne fallait rien lâcher. Sans lui, je n’aurais pas fait cette carrière.

 

Il avait plusieurs joueurs revanchards dans son effectif. A partir de quand la mayonnaise a pris entre vous ?
Au début de la saison, le club a failli déposer le bilan. Je me souviens encore du président : “Bon, ça va être compliqué cette année. Vous êtes libres de partir à tout moment”. Que ce soit Olivier Quint, Pierre Deblock, Pius Ndiefi ou moi, on n’avait pas d’autre club où aller. Moi, je n’avais pas le choix, j’avais pris mon appartement. C’est à ce moment-là où on s’est dit : “on va tous rester et si on doit descendre, on descendra”. Le groupe s’est vraiment soudé à partir de cette période-là, c’est clair et net.

 

Finalement, vous montez en D2 à la fin de la saison 1997-98…
On a enchaîné beaucoup de victoires en National. La spirale positive était-là. Personne ne nous attendait à ce niveau et nous non plus. Le contexte a totalement pesé sur notre façon de jouer. Pius, Olivier, Pierre et moi avions été virés de nos précédents clubs. Nous, notre seule chance de rebondir, c’était de le faire avec Sedan. Et avec cet entraîneur-là.

 

« Les équipes adverses avaient peur de venir jouer au Stade Emile-Albeau »

 

En 1998-99, Patrick Remy a remplacé Bruno Metsu. Qu’est-ce qu’il t’a apporté ?
Bruno Metsu, c’était l’envie, la soif de victoire, ne rien lâcher, alors que Patrick Remy, c’était plus un fin tacticien. Tout était étudié. C’était aussi un bonheur de travailler avec lui. Certes, il était dur, mais surtout très impressionnant pour analyser l’équipe adverse. A chaque fois qu’il mettait une tactique en place, ça s’avérait toujours vrai. Même si parfois, on pouvait se dire : “mais qu’est-ce qu’il nous raconte”. Quand il nous lançait, “Pius et Cédric, travaillez bien les face-à-face parce que vous allez avoir ce type de situation ce week-end”, et bien ça se réalisait le jour du match.

 

A partir de quel moment réalises-tu que tu vas vivre une saison de dingue ?
Pour moi, jouer en National, c’était déjà extraordinaire. Ensuite, je signe trois ans en pro. Cela me paraissait pourtant inaccessible. Pour revenir à la question, en 1998-99, le déclic a eu lieu en milieu de saison quand on enchaîne des victoires. On se met à rêver et puis il y a la Coupe de France derrière. Notre groupe était homogène et on a joué à fond les deux compétitions. On a eu chaud quand même car on aurait pu tout perdre. Après avoir perdu la finale de la Coupe de France, on était encore en course pour monter en D1. Heureusement, ça s’est bien goupillé derrière. Accéder à la première division, c’était le Graal pour tout le monde.

 

Certains anciens joueurs de Sedan affirment que l’ambiance au Stade Emile-Albeau était très spéciale, avec des tribunes vraiment proches des lignes de touche. Quels souvenirs en gardes-tu ?
Le Stade Emile-Albeau, c’était mon jardin. Oh là là, c’était énorme. J’y ai connu des périodes extraordinaires. Les supporters m’ont donné énormément de bonheur. Les équipes adverses avaient peur de venir jouer chez nous. Le stade était blindé à chaque fois. C’était de la folie. Sedan est une ville qui vibre pour le foot, un peu comme Lens. Les gens sont des connaisseurs. Le club avait connu la D1 avant nous (ndlr : milieu des années 70), des grands joueurs… Nous, le public nous a adorés grâce à notre remontée de National en Division 1, mais aussi parce qu’on a joué la finale de la Coupe de France. Cette performance a relancé l’engouement de plusieurs générations de fans.

Olivier Quint racontait qu’il servait des bières aux supporters à la fin des matches à la buvette. Toi aussi, tu étais de la partie ?
Ah bah oui. C’était notre force aussi. On se faisait très rarement siffler car on était très proches des supporters. Dès qu’on avait fini le match, que ce soit victoire ou défaite, automatiquement on passait par le club house. On était environ deux-cent là-dedans. On prenait un coup avec les fans. Ils nous payaient un coup et après c’était notre tour. On était abordables. On servait des bières et on finissait la soirée avec les supporters. Pour eux, on était des humains, tout simplement. Quand on a reçu le PSG au Stade Emile-Albeau, une quinzaine de supporters parisiens avait fait le déplacement. Les fans sedanais les avaient invités au club house. Mais eux avaient halluciné apparemment : “comme si on allait boire un coup avec Mionnet, Quint ou Deblock”. Quand ils m’ont vu, les supporters parisiens m’ont dit : “mais qu’est-ce que tu fous là”.

 

Comment as-tu vécu la finale de la Coupe de France, malgré la défaite face à Nantes (0-1) ?
C’était un bonheur. On s’était préparé dans le château qui avait accueilli l’équipe du Brésil avant la finale du Mondial 98. Il ne faut pas oublier que cet événement avait moins d’un an à l’époque. Pour aller au Stade de France, notre bus a été escorté. Quand on est arrivé dans le vestiaire, la moindre chose était importante. Puis voir une partie du public en vert et rouge, c’était magique. Sur le match en lui-même, on perd sur un penalty douteux. Plus que douteux même parce que Frédéric Da Rocha n’a pas réalisé sur le moment pourquoi l’arbitre avait sifflé. Malheureusement, on se souvient rarement des finalistes. Mais en même temps, ça reste l’un des plus beaux souvenirs de ma carrière. Jouer devant 80.000 spectateurs, sur TF1, à l’occasion d’un match commenté par le couple Thierry Roland-Jean-Michel Larqué, ce n’est pas donné à tout le monde.

 

Puis quelques jours plus tard, Sedan a connu l’euphorie de la montée en D1…
Déjà monter en D2, où tu as ton nom sur le maillot, c’était un premier choc. Là, la D1, c’était vraiment énorme. C’était super positif pour l’ensemble du club, le département et les joueurs. On n’a jamais rien lâché. Avec le travail et l’envie, on arrive à ses fins. Et quand on a la chance d’avoir un groupe soudé, ça facilite les choses.

 

Propos recueillis par Clément Lemaître