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Aujourd’hui taxi à Paris, Didier Thimothée, l’ancien attaquant de Caen, du Red Star, de Saint-Etienne et de Montpellier, a ouvert le livre de sa carrière pour Foot d’Avant. Même si les blessures à répétition l’ont empêché d’exploiter totalement son talent, Didier Thimothée a vécu des moments marquants : du Stade Bauer, où sa rencontre avec Elie Baup l’a relancé en Ligue 1, à Montpellier en passant par le Stade Venoix, les chaudes ambiances à Geoffroy-Guichard…et une nouvelle sortie non maîtrisée de Thierry Laurey.

 

Didier Thimothée, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel en 2002 ?

Après ma carrière, j’ai été un petit moment sans rien faire. Depuis 2008, j’ai une société de transports-taxi (voiture et moto) à Paris. J’avais envie de tenter ma chance dans un autre secteur d’activités. La passion du football est toujours là mais tous les à-côtés, ça me répugne un peu. Il y a trop de jalousies et de principes. Quand tu es un jeune joueur, tu ne réalises pas tout ça.

 

Qu’est-ce qui te répugne ?

C’est le football business. Aujourd’hui si un joueur est bon, son président va vouloir absolument le vendre pour faire du fric quitte à avoir des mauvais résultats. Ce foot business créé des mauvaises ambiances entre les joueurs. Ça m’écœure aussi de voir certains parents qui poussent leurs enfants pour gratter de l’argent.

 

Revenons à ton début de carrière. Comment es-tu arrivé au Stade Malherbe Caen au début des années 90 ?

En juniors, je jouais souvent des tournois internationaux. Il y avait toujours des recruteurs qui venaient superviser les jeunes. Un jour, j’ai gagné le tournoi avec mon club de Savigny. Du coup, on m’a proposé de faire un essai à Nantes, au Paris FC, au Red Star et à Caen. Je suis d’abord allé à Nantes mais à cette époque, il y avait beaucoup de monde devant : Nicolas Ouédec, Patrice Loko, Reynald Pedros, etc…Eux avaient déjà signé leur contrat stagiaire pro. Ensuite, un agent m’a proposé d’aller à Caen. J’ai fait un essai là-bas et ça s’est bien passé. Je suis arrivé lors de la saison 1989/90. Je me suis intégré rapidement car la concurrence était moins importante. Mais j’ai beaucoup de regrets par rapport à cette époque car j’ai été victime d’une rupture des ligaments croisés et ça m’a empêché de m’imposer à Caen.

 

Tu as joué pendant l’époque glorieuse du Stade Malherbe Caen (ndlr : en 1992, le club a joué les 32emes de finale de Ligue Europa face au Real Saragosse (3-2, 0-2)). Quels joueurs t’ont le plus impressionné ?

Brian Stein, Graham Rix, Stéphane Paille, Xavier Gravelaine, Hippolyte Dangbeto ou Philippe Montanier. Il y avait aussi Daniel Jeandupeux qui était un super coach, un fin tacticien. Pourtant après la qualification en Coupe d’Europe, il m’avait pris entre quatre yeux pour m’annoncer que Caen ne pouvait pas me garder à cause de mes blessures à répétition.

 

« Le Red Star n’est pas monté en L1 au milieu des années 90 car il n’y a pas assez cru. Souvent, on était dans le trio de tête en début de saison et on craquait à la fin. Il nous manquait du mordant. Pourtant, on avait de sacrés joueurs (ndlr : Steve Marlet, Samuel Boutal, Ted Agasson, Samuel Michel, Cyrille Domoraud). Chaque saison, on finissait meilleure attaque de L2 »

 

Emmanuel Rival racontait que Stéphane Paille était très avenant avec les jeunes et qu’il lui avait notamment offert le repas au restaurant après son premier match de Ligue 1. Comment était-il avec toi ?

Paix à son âme, mais le truc avec Stéphane, c’était que nous étions tous les deux attaquants, et il y avait une forme de concurrence. Ce n’était pas le cas pour Emmanuel Rival qui jouait milieu de terrain. Avec Caen, je retiens mon premier match en L1 à Saint-Etienne (ndlr : 1990/91) et mon but contre Toulon (ndlr : saison 1991/92) à Venoix. L’ambiance était exceptionnelle dans cette arène. C’était énorme.

 

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre le Red Star en 1992 ?

Après Caen, je n’avais plus de contrat. Un jour, j’ai participé à un match des anciens du PSG contre des pros. J’ai marqué quelques buts et à la fin du match, Jean-Jacques Amorfini, qui est actuellement vice-président de l’UNFP, m’a conseillé de faire un essai au Red Star. Il m’a dit : « là-bas, tu vas rencontrer Pierre Repellini et Robert Herbin ». A la fin du stage, j’ai signé mon contrat pro.

 

Avec l’équipe que vous aviez pendant plusieurs années (ndlr : Steve Marlet, Samuel Boutal, Ted Agasson, Samuel Michel, Cyrille Domoraud, etc…). Comment expliques-tu que le Red Star ne soit jamais monté en L1 dans les années 90 ?

Nous n’étions pas loin pourtant. Je crois qu’on n’y croyait pas assez. Souvent, on était dans le trio de tête en début de saison et on craquait à la fin. Il nous manquait du mordant. Mais c’est vrai qu’on avait de sacrés joueurs. Chaque saison, on finissait meilleure attaque.

 

Quels sont tes meilleurs souvenirs avec le Red Star ?

Quand nous avons gagné à Bauer contre Marseille (2-1). En face, il y avait Bernard Tapie ou Fabien Barthez. Ils avaient une équipe pour jouer en L1. Le stade était plein à craquer. Il y avait aussi beaucoup de supporters du PSG (rires). Ce jour-là, j’ai fait la passe décisive sur le premier but et j’ai inscrit le deuxième.

 

« Lors d’un Red Star-Istres à Bauer, j’ai marqué deux buts. Elie Baup, l’ex-coach de Saint-Étienne, était juste derrière mon père dans la tribune. Un moment, Elie Baup a dit : « lui, il est vraiment super bon ». Mon père s’est retourné : « c’est mon fils », lui a-t-il répondu. Les contacts se sont noués comme ça. Je l’ai vu après le match et on a échangé nos numéros de téléphone »

 

Raconte nous ton quotidien de joueur du Red Star dans les années 90…

Dans l’esprit, il y avait un côté amateur. C’était le bon côté famille. On se retrouvait souvent pour manger ensemble. Tout le monde bossait dans le même sens. C’était la mentalité de Robert Herbin et Pierre Repellini. J’y ai vécu de très beaux moments. Je suis très attaché au club.

 

Comment as-tu signé à Saint-Étienne en 1995 ?

Beaucoup de clubs de milieu de tableau de L1, comme Rennes, étaient intéressés. Lors d’un Red Star-Istres à Bauer, j’ai marqué deux buts. Elie Baup, l’ex-coach de Saint-Étienne, était juste derrière mon père dans la tribune. Un moment, Elie Baup a dit : « lui, il est vraiment super bon ». Mon père s’est retourné : « c’est mon fils », lui a-t-il répondu. Les contacts se sont noués comme ça. Je l’ai vu après le match et on a échangé nos numéros de téléphone. C’était marrant car Saint-Étienne était mon club de cœur plus jeune. J’avais le maillot avec le sponsor Super Télé. Avec le recul, je ne sais pas si j’ai fait le bon choix en signant à Saint-Étienne, car à l’époque il y avait tellement de problèmes économiques et sportifs dans ce club.

 

Les problèmes auxquels tu fais référence ont sûrement eu un impact sur la mauvaise saison 1995/96 de Saint-Etienne qui a entraîné la relégation en L2…

Déjà la saison précédente, Saint-Étienne devait descendre mais a été repêché car la montée de l’OM en 1995 n’a pas été autorisée. Lors de ma première saison chez les Verts, on a changé trois fois de président et trois fois d’entraîneur. Pourtant, le début de saison était positif car nous étions dixièmes. Malheureusement, je me suis blessé aux ligaments croisés et je n’ai pas pu jouer la fin de saison. Robert Herbin m’a d’ailleurs dit à l’époque : « c’est dommage car il n’y a que toi qui peut sauver le club ». J’ai été la révélation de Saint-Etienne cette saison-là.

 

Quels souvenirs gardes-tu de la fin de la saison 1995/96 ?

Malheureusement lors d’un match contre Montpellier (0-2), j’ai eu un choc avec Thierry Laurey. Il m’a fracassé un genou. Il était violent à l’époque sur le terrain. Sur l’action, il n’avait pas du tout joué le ballon.

 

« Le maintien obtenu à l’arraché par Saint-Étienne en Ligue 2 a été une délivrance. Pour un club comme ça, c’était honteux de jouer la descente en National. On aurait été la risée de tous en cas de relégation »

 

Qu’as-tu ressenti quand tu as joué ton premier match avec le maillot des Verts à Geoffroy-Guichard ?

C’était énorme. Lors de mes premiers matchs avec Saint-Etienne, j’étais vraiment crispé et impressionné par la ferveur des Stéphanois. Mais elle m’a marqué à vie. J’ai aimé l’ambiance et les gens. Quand j’ai marqué mon premier but contre Bastia (ndlr : lors de Saint-Étienne-Bastia, 3-0, 5eme journée de Ligue 1), j’ai ressenti une joie énorme. C’était une sensation très, très forte. J’avais de très bonnes relations avec les supporters stéphanois. Il y avait beaucoup de respect entre nous. Même quand j’étais moins bon, je n’ai jamais été sifflé ni insulté.

 

Quel joueur à Saint-Étienne t’a le plus marqué ? 

Lubomir Moravcik. Au niveau footballistique, c’était très, très fort. Surtout sur le plan technique. C’était un joueur remarquable. Avec le talent qu’il avait, il aurait pu faire beaucoup mieux dans sa carrière. On avait joué en amical contre le Milan AC de George Weah et Franco Baresi. Le Stade Geoffroy-Guichard était une nouvelle fois rempli. Saint-Etienne avait gagné 2-1. Il avait inscrit les deux buts et effectué un match de fou. Même l’équipe du Milan AC était bouche-bée face à ce joueur dont ils n’avaient jamais entendu parler. Après le problème avec Lubomir Moravcik, c’était qu’il avait une mentalité assez spéciale. Il voulait un peu tout faire comme il le voulait.

 

Pourquoi Saint-Étienne a eu du mal à se maintenir en Ligue 2 les années qui ont suivi ?

La première partie de la saison 1996/97 était plutôt positive pourtant. Ensuite, il y a eu des problèmes au sein du groupe. Certains joueurs avaient déjà signé dans d’autres clubs à la mi-saison. Pourtant, on aurait dû monter sans problème. Ensuite, lors de la saison 1997/98, on repart avec Robert Herbin et Pierre Repellini. On a dû se sauver lors du dernier match contre Lille. Le maintien obtenu à l’arraché a été une délivrance. Pour un club comme ça, c’était honteux de jouer la descente en National. On aurait été la risée de tous en cas de relégation. Mais le public a compris que les joueurs étaient impliqués.

 

Lors de cette saison 1997/98, tu as marqué 19 buts en L2. Des buts qui ont sauvé Saint-Étienne de la relégation en National…

J’étais bien revenu de ma blessure aux ligaments croisés. J’étais en fin de contrat à l’issue de la saison. Il fallait absolument que je me montre. Cette année-là, j’avais changé d’agent. J’avais signé avec Pape Diouf. Il m’avait dit des phrases très simples mais qui m’avaient remis en question : « Didier, si tu veux vraiment que je te vende, il faut que tu marques des buts. C’est la règle ». Ç’a créé un déclic. J’avais l’amour de ce club là et je voulais finir de manière très positive.

 

« La Chine, c’était top au niveau des équipements, des entraînements et de la prise en charge des joueurs. Au niveau salaire, j’ai très bien gagné ma vie. C’était du net d’impôts. En plus, je n’avais pas de loyer à payer »

 

Pourquoi as-tu signé à Montpellier en 1998 ?

Louis Nicollin m’avait appelé et persuadé dès le mois de janvier. « Didier, on te veut absolument, on compte sur toi », m’avait-il dit. Avec moi, Louis Nicollin a toujours été au top.

 

Quel bilan fais-tu de ton passage à Montpellier ?

J’ai été déçu. J’avais l’ambition de terminer la première saison en haut du classement des buteurs de L1. Je le voulais absolument. En rentrant du stage de début de saison, j’ai pris un tacle de Philippe Delaye. J’ai eu une grosse entorse à une cheville. J’ai galéré deux mois pour revenir. Ensuite, j’ai joué quatre matchs et inscrit six buts. Puis à la mi-saison, Montpellier a fait venir Nicolas Ouédec. Du coup, je n’ai plus joué. Sa venue m’a dégoûté. En plus, Nicolas Ouédec a marqué trois buts en six mois : un en Coupe de la Ligue et deux en championnat. C’est aussi pour cela que je te parlais de foot business tout à l’heure. Tu n’as pas de reconnaissance dans ce monde. La saison suivante, Montpellier a acheté Patrice Loko et Reynald Pedros et j’ai été écarté.

 

Tu as ensuite conclu ta carrière en Chine…

C’était top au niveau des équipements, des entraînements et de la prise en charge des joueurs. Au niveau salaire, j’ai très bien gagné ma vie. C’était du net d’impôts. En plus, je n’avais pas de loyer à payer. C’était vraiment intéressant. Au final, je suis fier d’avoir réalisé une carrière pro. J’ai toujours tout donné aux entraînements mais peut-être que j’aurais dû être plus sérieux dans la préparation invisible.

 

Propos recueillis par Clément Lemaître