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Photo AFP

Le nom de Frédéric Née est souvent associé au Sporting Club de Bastia (voir la première partie de l’interview ici). Mais l’ex-attaquant normand a également joué deux saisons avec l’Olympique Lyonnais. Une première saison marquée par la rude concurrence en attaque avec Sonny Anderson et Peguy Luyindula mais aussi ce match de Ligue des Champions à Barcelone qu’il devait débuter mais qui a finalement été reporté suite aux attentats du 11 Septembre 2001. C’est également au cours de cette saison que Frédéric Née a été victime d’une rupture du ligament croisé. Une blessure qui sonnera le début de la fin de son expérience à l’OL alors que l’attaquant avait disputé et remporté la Coupe des Confédérations avec les Bleus en 2001. Une expérience unique avec les Champions du Monde 1998 que Frédéric Née raconte de l’intérieur.

 

Frédéric Née, tu as participé à la Coupe des Confédérations 2001 avec l’équipe de France en Corée du Sud et au Japon. Comment as-tu appris ta convocation ?

Je devais partir en vacances avec des amis à l’issue du championnat de L1. J’avais cependant reçu une lettre de la FFF me disant que je devais attendre une semaine en cas d’un éventuel forfait. Pierre-Yves André et moi étions réservistes. Un jour, Henri Emile m’a appelé pour me dire que je devais me présenter à Roissy Charles-de-Gaulle sous deux jours suite au forfait de Thierry Henry.

 

Quelle a été ta première réaction ?

J’étais heureux. Après, j’étais embêté car j’avais donné mes chaussures à l’issue du dernier match de la saison. Il a fallu que j’en emprunte à un collègue pour me rendre au rassemblement de l’équipe de France. Du jour au lendemain, plein de journalistes m’ont appelé. Je ne m’attendais pas à participer à cette Coupe des Confédérations.

 

Quel coéquipier t’a prêté ses chaussures pour la Coupe des Confédérations ? 

Je ne peux pas le dire (rires). C’était un joueur de Bastia qui était très content pour moi et qui m’a dit : « tiens, prends les ».

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« Avant les premières séances d’entraînement avec l’équipe de France, je me posais plein de questions : « comment dois-je me comporter ? », « est-ce qu’on doit leur rentrer dedans ? », « est-ce que les nouveaux n’abaisseront pas le niveau de l’entraînement ? » »  

 

Quand tu as vu tous les joueurs autour de toi dans l’avion, as-tu eu l’impression de vivre un rêve éveillé ?

J’avais côtoyé certains joueurs en équipe de France A’ : Eric Carrière, Grégory Coupet, Nicolas Gillet. C’était un plaisir de faire connaissance avec les Champions du Monde 1998. J’ai le souvenir de garçons charmants et agréables.

 

Parmi tous ces Champions du Monde 1998, qui t’a le mieux accueilli ?

Willy Sagnol était proche des jeunes. Bixente Lizarazu était avenant. Nous étions cinq ou six néo-internationaux. Je me souviens que nous avions reçu un très bon accueil de la part de tous les Champions du Monde.

 

Regardais-tu ces joueurs avec plein d’étoiles dans les yeux ?

Non, mais j’avais beaucoup de respect. J’avais envie d’apprendre à leurs côtés. Avant les premières séances d’entraînement, je me posais plein de questions : « comment dois-je me comporter ? », « est-ce qu’on doit leur rentrer dedans ? », « est-ce que les nouveaux n’abaisseront pas le niveau de l’entraînement ? ». Finalement, ç’a été très enrichissant. Tous ces joueurs ne voulait qu’une seule chose : la gagne. Mentalement, il fallait s’accrocher à eux. Ils avaient une telle confiance qu’ils la transmettaient à tout le monde. C’était impressionnant. Sur le plan technique, j’avais été marqué par Robert Pirès. A l’époque, il était en feu, tout lui réussissait. Il avait fait une grande saison avec Arsenal.

 

« Après la Coupe des Confédérations 2001, Roger Lemerre m’a dit : « fais le bon choix de club cet été et continue sur ta lancée ». J’avais la Coupe du Monde 2002 dans un petit coin de la tête même si je savais que j’avais beaucoup de retard par rapport à Thierry Henry et David Trezeguet » 

 

Que t’a dit Roger Lemerre au début du rassemblement ?

Il m’a reproché de ne pas avoir fait le Bataillon de Joinville (rires). Il m’a dit qu’il allait essayer de faire jouer tout le monde car les matchs étaient très rapprochés, que je devais vite me mettre au niveau de la compétition et être à l’écoute des anciens.

 

Tu as honoré une sélection avec l’équipe de France face à l’Australie (défaite 0-1) en phase de groupes…

Quand tu portes le maillot de l’équipe de France, c’est un honneur d’être sur le terrain et d’entendre la Marseillaise. A ce moment-là, j’ai pensé à ma famille, à mes proches qui me regardaient. Pendant le stage, j’ai aussi pensé à Pascal Théault et à mes débuts à Caen. Jouer pour son pays, c’est quelque chose de grand. J’ai donné tout ce que j’avais. Après la compétition, Roger Lemerre m’a dit : « fais le bon choix de club cet été et continue sur ta lancée ». J’avais la Coupe du Monde 2002 dans un petit coin de la tête même si je savais que j’avais beaucoup de retard par rapport à Thierry Henry et David Trezeguet. Mais le fait d’avoir été sélectionné en équipe de France, tu te dis que tu as réussi une bonne partie de ta carrière.

 

Pourquoi es-tu parti à Lyon en 2001 ?

Avec le Sporting Club de Bastia, nous avions convenu qu’il était temps pour moi d’aller voir ailleurs. Au départ, j’avais des touches avec Nantes. Compte tenu du contrat que j’avais signé à Bastia, il fallait que je parte. Avec le salaire que je devais percevoir, le club ne pouvait pas me payer donc il était obligé de me vendre. Ce nouveau contrat permettait d’augmenter le coût du transfert. En juillet 2001, il n’y avait toujours pas d’offre concrète. Puis un jour, Lyon m’a appelé car Sonny Anderson devait partir. J’ai répondu : « si Sonny s’en va, je viens ». Le transfert s’est fait rapidement. Finalement Sonny est resté à Lyon. Nous avions le même profil d’attaquant donc ça faisait double-emploi. C’est dommage.

 

« Steve Marlet a été remplacé par Peguy Luyindula qui était également un joueur d’axe. Ça faisait triple-emploi et la tâche est devenue compliquée pour moi à l’OL à ce moment-là »  

 

Est-ce que le transfert raté de Sonny Anderson a plombé ton début de saison à l’OL ?

Non, car au début je devais jouer un match sur deux voire un match sur trois pour m’adapter. J’avais accepté d’être remplaçant.

 

Que t’ont dit Jean-Michel Aulas et Jacques Santini, l’ex-entraîneur de l’OL, le jour où tu as signé à Lyon ?

Jean-Michel Aulas m’a dit qu’il était heureux d’accueillir le meilleur buteur français de Ligue 1. J’avais tellement marqué contre Lyon qu’il a préféré m’avoir dans son équipe. Quant à Jacques Santini, nous n’avons pas spécialement parlé de tactique. Au départ, il a testé plusieurs formules offensives : d’abord avec deux attaquants puis avec un avant-centre après l’arrivée d’Eric Carrière.

 

Comment as-tu accueilli l’arrivée de Peguy Luyindula à Lyon à la fin de l’été 2001 ?

C’était surprenant par rapport au profil recherché. A la fin de l’été, Steve Marlet est parti à Fulham. C’est dommage parce que j’avais déjà sympathisé avec lui sur et en dehors du terrain. Nous ne jouions pas vraiment au même poste. Steve a été remplacé par Peguy qui était également un joueur d’axe. Ça faisait triple-emploi et la tâche est devenue compliquée pour moi à ce moment-là.

 

« Je devais être titulaire pour FC Barcelone-Lyon en Ligue des Champions mais le match a été reporté suite aux attentats du 11 Septembre. Ensuite, Sonny Anderson est bien revenu et a démarré cette rencontre » 

 

Pourtant ton début de saison a été positif avec notamment un but face à Guingamp (3-0, 4eme journée)…

J’avais marqué sur un centre de Steve Marlet. C’était positif pour moi car quand tu arrives dans un club, tu cherches à marquer rapidement pour te délivrer du poids du transfert. C’était un soulagement. J’avais eu des occasions à Lens (0-2, 1ere journée) et j’étais entré en jeu contre Sedan (2-0, 2eme journée).

 

C’était comment de jouer aux côtés de Juninho, Sonny Anderson, Sidney Govou ou Pierre Laigle ?

La chance que j’ai eue, c’était que j’étais dans un bon vestiaire où régnait une très bonne ambiance. Je connaissais la plupart des joueurs grâce à la Coupe des Confédérations.

 

Quels souvenirs gardes-tu du match de Ligue des Champions à Barcelone (0-2) en 2001 ?

J’ai été victime de l’Histoire. Je devais être titulaire pour cette rencontre mais le match a été reporté suite aux attentats du 11 Septembre. Ensuite, Sonny est bien revenu et a démarré cette rencontre. Je suis entré en fin de match. C’était énorme de jouer au Camp Nou. Je me sentais bien dans ce stade, j’avais envie de jouer.

 

« Quand on voyageait et que je ne rentrais pas, c’était pénible. Comme je voulais avoir du temps de jeu, je demandais à jouer avec l’équipe réserve le dimanche. Je cumulais des gros week-ends. C’était important de le faire même si sur le plan personnel, cette période était prenante pour moi » 

 

Tu as marqué à Leverkusen en phase de groupes (4-2). Ce but en Ligue des Champions a-t-il été une libération ?

Oui. Ce but m’a fait énormément de bien. Surtout que j’avais eu beaucoup de mal en début de match. Honnêtement, j’handicapais l’équipe. Je n’étais pas bien, je ne gagnais pas un duel. Je perdais beaucoup de ballons. Je me suis battu et c’est revenu tout doucement. Eric Carrière a commencé à bien me trouver. J’avais la rage et j’ai trouvé le chemin des filets. Je voulais montrer à Jacques Santini qu’il pouvait compter sur moi.

 

A partir de novembre 2001, Jacques Santini a moins compté sur toi justement. Comment as-tu vécu cette période ?

Je comprenais. Quand on voyageait et que je ne rentrais pas, c’était pénible. Comme je voulais avoir du temps de jeu, je demandais à jouer avec l’équipe réserve le dimanche. Je cumulais des gros week-ends. C’était important de le faire même si sur le plan personnel, cette période était prenante pour moi. J’ai mis beaucoup de temps à trouver une maison à Lyon, ma femme était enceinte et allait bientôt accoucher.

 

As-tu regretté d’avoir signé à Lyon à ce moment-là ?

Non pas du tout car le club avait la volonté d’être champion. Après j’ai subi le faux-départ de Sonny Anderson, l’arrivée de Peguy Luyindula et ma non-titularisation à Barcelone suite au 11 Septembre. Ces éléments extérieurs ont fait que ça ne s’est pas passé comme je l’aurais voulu.

 

« Le premier titre de Champion de France de l’OL en 2002 ? J’étais en béquilles et je n’étais pas très bien. Je n’ai pas voulu aller au stade. Je suis resté chez moi. J’avais envoyé des messages d’encouragement aux joueurs, je savais qu’ils avaient porté un t-shirt à mon nom »  

 

Finalement, tu t’es blessé au ligament croisé du genou en janvier 2002…

A Lille, j’étais remplaçant et je ne suis pas entré. Le dimanche, j’ai demandé à jouer de nouveau en réserve et c’est lors de ce match que je me suis gravement blessé. C’était dur à vivre car je travaillais dur et il n’y avait pas de résultat. En plus, le docteur a mis du temps avant de diagnostiquer ma blessure. J’ai perdu du temps et je lui en ai voulu. Cette blessure a été difficile à vivre car je savais que j’allais être écarté au moins six mois.

 

Comment as-tu vécu le premier titre de Champion de France de l’OL en 2002 alors que tu étais en rééducation ? 

J’étais en béquilles, je n’étais pas très bien. Je n’ai pas voulu aller au stade. Je suis resté chez moi. J’avais envoyé des messages d’encouragement aux joueurs, je savais qu’ils avaient porté un t-shirt à mon nom. J’ai vécu ce titre de loin, je n’ai pas fait la fête avec eux.

 

Quand Paul Le Guen a remplacé Jacques Santini à l’été 2002 sur le banc de l’Olympique Lyonnais, as-tu eu un entretien avec lui à son arrivée ?

Oui. J’étais en rééducation quand il est arrivé. Au mois d’août, il m’a dit : « quand tu reviendras, tu auras ta place, je te connais. Mais il y aura une forte concurrence ». Quinze jours plus tard, il est revenu vers moi : « écoute Frédéric, nous avons des offres de prêt de Rennes, Lille, Guingamp et Nice », m’a-t-il proposé. « Moi, je préfère rester ici et avoir ma chance avec toi », lui ai-je répondu. En septembre, alors que l’équipe était en déplacement en Ligue des Champions, je me suis blessé lors d’un entraînement avec l’équipe réserve. Un jeune est retombé sur mon genou. J’ai été victime d’une entorse externe qui m’a fait arrêter un mois supplémentaire. J’ai finalement effectué mon retour en Ligue 1 en novembre 2002.

 

Comment as-tu vécu cette deuxième saison avec l’OL (ndlr : 8 matchs, 1 but) ?

Pour moi, l’objectif principal était de rejouer en Ligue 1. Après mon retour, j’ai alterné des bancs de touche en L1 avec de bonnes semaines d’entraînement. A l’époque à Lyon, il fallait gagner sa place pour être sur le banc. J’ai vécu de près la dernière ligne droite de la saison 2002/03 et remporté un deuxième titre de Champion de France. A ce moment-là, j’avais progressé dans le jeu mais j’avais perdu de la solidité dans les jambes car le cartilage avait été touché. C’était compliqué sur certains mouvements. A l’été 2003, j’ai décidé de revenir à Bastia. Je voulais repartir dans un endroit où je me sentais bien. Ces deux saisons à Lyon m’ont appris l’esprit de la gagne et le haut niveau. L’OL était en avance par rapport aux autres équipes de L1 de l’époque.

 

Propos recueillis par Clément Lemaître