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Lorsqu’il évoluait à la pointe de l’attaque du Sporting Club de Bastia, avec Pierre-Yves André à ses côtés, Frédéric Née martyrisait les défenseurs et les gardiens de Ligue 1. Treize ans après la fin de sa carrière, l’ex-international français (1 sélection) a ouvert la boite à souvenirs : ses débuts à Caen avec Guy David, son arrivée à Bastia en 1997 et ses années au sommet avec le Sporting (retrouvez la deuxième partie de l’interview de Frédéric Née sur ses années lyonnaises et la Coupe des Confédérations 2001 le samedi 6 avril). Parfaitement intégré en Corse, l’actuel entraîneur adjoint du Sporting Club de Bastia (National 3) est cependant resté attaché au Stade Malherbe Caen. Un club dont il ne comprend pas les choix, notamment celui de faire venir Rolland Courbis alors « qu’un entraîneur est déjà en place ».

 

Frédéric Née, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel en 2006 ?

Je suis actuellement l’entraîneur adjoint du Sporting Club de Bastia en National 3 depuis le début de la saison 2018/19. Ça me plaît. Ce club me tient à cœur. J’ai envie qu’il retrouve son standing le plus vite possible. Ma mission est très importante et motivante. Avant Bastia, j’ai été entraîneur adjoint de l’équipe de France féminine mais aussi entraîneur des attaquants à Rennes lorsque Philippe Montanier entraînait le club. Lors des cinq ans qui ont précédé mon arrivée à Rennes, j’étais entraîneur de la réserve du Sporting Club de Bastia et adjoint de Frédéric Hantz.

 

Tu es devenu un vrai Corse comme Pierre-Yves André (lire son interview ici)..

Oui. Je suis installé en Corse depuis 20 ans avec ma femme. Nous sommes très heureux, appréciés et intégrés. J’aime la vie quotidienne en Corse. Nous sommes en sécurité, vraiment tranquilles. Au quotidien, nous sommes privilégiés par rapport à ce qui peut se passer en France. La nature nous plaît énormément. Bastia, c’est un grand village. Je connais un restaurateur sur deux. Je ne peux pas aller en ville en passant incognito. Mais ça reste très respectueux, je ne suis vraiment pas embêté.

 

Que représente le Sporting Club de Bastia pour toi ?

C’est le club qui m’a permis de franchir un palier au niveau de mon jeu et de ma mentalité. C’est ce qui me manquait un peu quand j’étais à Caen. Le Stade Malherbe m’a permis de signer professionnel mais pour mon épanouissement personnel, il me fallait autre chose et je l’ai trouvée à Bastia. J’ai aimé cette rage de vaincre. A Bastia, j’ai trouvé mon équilibre. J’ai adopté les valeurs du club et de la région.

 

« Quand j’étais jeune, je prenais exemple sur Fabrice Divert. Il était tout feu tout flamme et représentait les bonnes valeurs du Stade Malherbe : c’était un combattant qui marquait beaucoup de buts grâce à sa générosité »

 

Revenons à tes débuts. Comment es-tu arrivé au centre de formation du Stade Malherbe Caen ?

J’évoluais à l’AS Bayeux et j’ai participé à la Coupe de Basse-Normandie. J’ai été repéré par les sélectionneurs de l’équipe de France scolaire. Ensuite, Pascal Théault, l’ex-responsable du centre de formation du Stade Malherbe Caen, m’a appelé. J’y ai commencé ma formation à partir des cadets nationaux (ndlr : soit en U16/U17). Pendant mes premières années, Pascal Théault a été un personnage central pour moi. Tout comme Nasser Larguet ou Christophe Mariette.

 

Quand tu étais petit, supportais-tu le Stade Malherbe Caen ?

Oui. C’était le club de la région. J’habitais à 30 kilomètres de Caen. Je suivais l’évolution du Stade Malherbe. J’ai été marqué par la montée dans l’élite en 1988. C’était positif pour la région d’avoir enfin un club en Ligue 1. Quand j’étais jeune, Graham Rix me faisait rêver. Sur le plan du jeu, je prenais exemple sur Fabrice Divert. Il était tout feu tout flamme et représentait les bonnes valeurs du Stade Malherbe : c’était un combattant qui marquait beaucoup de buts grâce à sa générosité.

 

Lors de la saison 1995/96, Caen a été champion de Ligue 2 devant l’OM. Tu n’as joué aucun match professionnel cette saison-là. Aurais-tu aimé être associé à Franck Priou ou Samuel Michel en pointe ?

J’étais tout jeune (ndlr : 20 ans). J’ai été quelque fois sur le banc de touche sans rentrer. Je me suis beaucoup entraîné avec eux. Après, c’est la loi du football : ils marchaient très fort donc c’était normal qu’ils jouent. Même si ça m’aurait fait plaisir de rentrer de temps en temps. Cependant, j’ai de bons souvenirs de Franck Priou et Samuel Michel. Ils me parlaient beaucoup. Je marquais beaucoup en réserve, donc ils savaient que j’étais un bon joueur. J’étais très observateur. Franck m’a aidé et trouvé un agent (ndlr : Régis Dupuy) avec qui je suis resté toute ma carrière. Il m’a aiguillé dans le monde professionnel. Je pense aussi à Pascal Vahirua car il y avait le rapport passeur-buteur. Il me disait là où je devais être pour recevoir les ballons dans de bonnes conditions.

 

« A l’époque à Caen, il y avait une guéguerre entre Pierre Mankowski et Pascal Théault. Ça n’aidait pas les jeunes du centre de formation »

 

Est-ce que Pierre Mankowski, l’entraîneur de l’époque, croyait en toi ?

A l’époque, il y avait une guéguerre entre Pierre Mankowski et Pascal Théault. Ça n’aidait pas les jeunes du centre de formation. Pourtant j’ai été champion de Division 3 et finaliste de la Coupe Gambardella (ndlr : en 1994, défaite 0-5 contre Lyon). Heureusement Pascal Théault m’a rattrapé à temps. Quand Guy David a remplacé Pierre Mankowski sur le banc caennais, j’avais une semaine pour lui montrer ce que je valais. Quelque part, ça m’a renforcé de ne pas avoir signé professionnel rapidement.

 

Tu aurais donc pu partir de Caen dès l’été 1996 sans Pascal Théault et Guy David ?

J’avais des propositions d’autres clubs. Pascal Théault m’a dit : « un nouvel entraîneur arrive à Caen, reste un peu et montre ce que tu vaux ». Heureusement qu’il a cru en moi. Guy David aussi. Au bout de trois jours de stage, il m’a confié : « ce que j’ai vu, ça me convient mais il ne faut pas s’arrêter là. Je ne te garantis pas une place de titulaire en Ligue 1 mais tu vas rentrer à un moment donné. Si tu continues comme ça, des rentrées, tu vas en faire ». J’ai réalisé une excellente préparation d’avant-saison. Sur le premier match à domicile contre Lens (0-2), il a fait jouer des joueurs confirmés. J’ai marqué en réserve. Au bout de trois matchs, il m’a dit : « maintenant, c’est toi qui va jouer ».

 

As-tu été marqué par la grande passion du foot de Guy David comme le décrivait Nicolas Huysman  ?

Oui. Avant chaque entraînement matinal, la causerie durait une heure. On avait de belles discussions sur le foot. Il nous a donné beaucoup d’astuces sur les joueurs adverses, la tactique à employer, le scénario des matchs. Il avait beaucoup d’imagination et de personnalité. Il n’engueulait pas franchement. Il pesait ses mots. Il te remettait dans le droit chemin de façon très correcte.

 

« Guy David m’a dit à la fin de la saison 1996/97 : « si tu n’avais pas été blessé trois mois, je pense que Caen se serait sauvé ». A 21 ans, ça fait chaud au cœur »

 

Quels souvenirs gardes-tu de ton premier match en Ligue 1 contre Lyon à d’Ornano (1-1, 3eme journée de Ligue 1) ?

Je m’étais lâché et j’avais eu des occasions ce soir-là. J’ai réussi des choses que je n’aurais pas imaginé faire quelques mois avant. J’ai pris énormément confiance avec Guy David. Cette saison-là, il y a aussi mon but inscrit face à l’OM (1-0, 30eme journée) sur un centre de Pascal Vahirua ou celui marqué face à Lille (1-0, 28 journée) après quatorze secondes de jeu. J’ai compris à ce moment-là que j’avais des qualités pour perdurer à ce niveau et que je devais continuer à travailler. Guy David m’a d’ailleurs dit en fin de saison : « si tu n’avais pas été blessé trois mois, je pense qu’on se serait sauvé ». A 21 ans, ça fait chaud au cœur.

 

A l’été 1997, Nantes voulait te recruter mais tu es finalement resté à Caen une saison supplémentaire en Ligue 2…

Caen avait annoncé un montant qui avait refroidi Nantes. Je me suis dit : « en Ligue 2, je vais sûrement marquer beaucoup de buts (ndlr : il en a marqué 13) donc j’aurai des offres l’année suivante ». Je n’en ai pas voulu à Jean-François Fortin. J’ai compris l’intérêt du club. Puis faire une saison de transition pour m’améliorer, ce n’était pas mal non plus.

 

Pourquoi le début de la saison 1997/98 en Ligue 2 a été très compliqué avec Gabriel Calderon ?

Entre ce qu’il nous demandait et le niveau de la Ligue 2, il y avait un écart énorme. On est mal parti et ça s’est mal enchaîné. Après il ne faut pas en vouloir à Gabriel, c’est vraiment quelqu’un de bien. En novembre 1997, il a été remplacé par Pascal Théault. Je connaissais sa manière de travailler. Il savait que l’équipe allait se battre pour lui. Il a lancé plein de jeunes dont Jérôme Rothen qui pouvait être très déroutant avec sa patte gauche. C’était un plaisir de jouer avec lui.

 

« J’ai adoré l’esprit combatif du Sporting Club de Bastia. Je me suis dit : « cette hargne-là, j’en ai besoin » »

 

Tu suis actuellement la saison très difficile du Stade Malherbe Caen en Ligue 1. Es-tu triste pour ton club formateur ?

Je suis triste pour le club. C’est dommage car il y a un gros potentiel public. Fabien Mercadal n’a pas été aidé car le club n’a pas apporté de sang-frais sur le terrain en janvier. Humainement, Fabien a des qualités. Est-ce que Rolland Courbis était le bon choix pour Caen ? La situation n’est pas banale. Elle n’a pas marché à Rennes (ndlr : début janvier 2016, il était arrivé en tant que conseiller sportif du président rennais René Ruello avant de prendre la place de Philippe Montanier quelques jours plus tard) . Je ne vois pas pourquoi ça marcherait à Caen. Je trouve que le rôle qui lui a été attribué est gênant. Voir un entraîneur venir alors qu’il y en a déjà un autre en place, déontologiquement, ça me dérange.

 

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre Bastia en 1998 ?

J’avais trois propositions : Metz, Lyon et Bastia. Le Sporting me voulait vraiment et m’a invité à passer un week-end en Corse. Avec ma femme, ça nous a plu. J’ai signé mon contrat dans la foulée et je n’ai pas eu tort car je me suis tout de suite bien senti à Bastia. Dès les premiers matchs, j’ai marqué. Durant l’été 98, Bastia a engagé un autre attaquant (ndlr : Paolo Alves) et ça m’a un peu inquiété. J’ai appelé Guy David et il m’a rassuré. « Ne t’inquiète pas, tu vas jouer et marquer. Il va rester derrière toi. Il te remplacera juste quelques fois quand tu seras fatigué », m’a-t-il confié.

 

Quel a été le secret de ton épanouissement à Bastia ?

J’avais joué contre Bastia avec Caen et j’avais trouvé l’équipe battante et très efficace sur le plan défensif. J’avais adoré cet esprit combatif. Je me suis dit : « cette hargne-là, j’en ai besoin ». Mes relations avec Frédéric Antonetti étaient également très bonnes. Il m’a observé pendant un an. Quand il est revenu au club (ndlr : en 1999), il m’a dit : « toi, tu vas marquer quinze buts ».

 

« Le secret de notre complémentarité avec Pierre-Yves André ? On s’entendait très bien en dehors du terrain. Il venait souvent manger à la maison »

 

Est-ce vrai que Frédéric Antonetti te reprochait de trop jouer avec Pierre-Yves André ?

Oui, c’est vrai. Même à l’entraînement, on n’arrêtait pas de se chercher. Il nous mis en garde car la presse en rajoutait.

 

Quel était le secret de votre complémentarité ?

On s’entendait très bien en dehors du terrain. Il venait souvent manger à la maison. Sur le plan sportif, lui était rapide et gaucher, moi j’étais plus lent et droitier. On se déplaçait bien ensemble sur la ligne d’attaque, nous étions très complémentaires. On prenait du plaisir à se trouver sur le terrain.

 

Tu as marqué 16 buts en Ligue 1 en 2000/01. Pourquoi cette saison a été celle de la consécration pour toi ?
Le recrutement de Yann Lachuer pour jouer derrière Pierre-Yves et moi a été très important. J’ai vraiment pris énormément de plaisir avec lui en numéro 10. Frédéric Antonetti a trouvé la bonne formule sur le plan collectif. Individuellement, j’avais plus d’expérience en Ligue 1. L’équipe de cette saison 2000/01 était plus forte aussi. Seize buts, sans tirer de penalty, c’était bien.
Tu as marqué plein de beaux buts cette saison-là. Il y a notamment un lob face à Bernard Lama ou un très bel enchaînement face à Stéphane Trévisan (lire son interview ici)…

Mon but à Rennes face à Bernard Lama est le plus beau. Personne ne s’y attendait. C’était l’un des plus beaux buts de la saison.

Propos recueillis par Clément Lemaître

 

>>> Retrouve la deuxième partie de l’interview (époque lyonnaise et la Coupe des Confédérations avec les Bleus) le samedi 6 avril.