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Place aujourd’hui dimanche à la deuxième partie de l’interview d’Ilan sur Foot d’Avant (retrouvez la première partie ici). Au cours de ce magnifique entretien, l’ex-attaquant international brésilien se confie sur ses belles années stéphanoises et raconte notamment son but exceptionnel inscrit contre le PSG. Il se penche également sur la période difficile de Saint-Étienne à la fin des années 2000 ainsi que sur sa fin de carrière à West Ham, l’AC Ajaccio et Bastia.


Après tes deux belles saisons à Sochaux, pourquoi as-tu signé à Saint-Étienne en 2006 ?
J’avais un peu fait le tour de Sochaux. Pour moi, Saint-Étienne était une belle évolution dans ma carrière. J’étais heureux de poursuivre l’aventure en France. La proposition était facile à accepter : elle était intéressante financièrement et sportivement. A l’époque, j’ai aussi eu des propositions de Toulouse, du PSG et de Bordeaux. Le transfert s’est de nouveau réalisé grâce à Mathias Pires car il était proche de Bernard Caïazzo, le président de Saint-Étienne.


Quelles ont été tes premières impressions quand tu es arrivé à Saint-Étienne ?
Quand je suis arrivé, je vivais dans un hôtel en banlieue et j’ai eu une mauvaise impression. Je me suis dit : « oulala qu’est-ce que je fais ici ». Mais les premières impressions peuvent être trompeuses car au club, ça se passait très, très bien. Le centre d’entraînement était superbe, l’équipe était vraiment de qualité. Je m’entendais tellement bien sur le terrain avec Fréderic Piquionne. Avec lui, c’était vraiment facile de se trouver. Je ne me suis jamais aussi bien entendu avec un autre attaquant. Il y avait aussi Blaise Matuidi, Dimitri Payet, Jérémie Janot. Avec cette très belle équipe, on aurait pu faire beaucoup mieux.


Tu évoques la belle équipe de Saint-Étienne au milieu des années 2000. Pourquoi n’avez-vous pas réussi à accrocher au moins une fois une place sur le podium ?
C’est vrai que c’est rageant. Saint-Étienne avait tout ce qu’il fallait pour viser très haut. Mais à l’époque, le championnat de France n’était pas d’un bon niveau technique avec des équipes très défensives comme Nancy par exemple. Quand tu avais besoin de gagner en produisant du jeu, c’était très, très compliqué.


« J’ai aimé jouer au Stade Geoffroy-Guichard car le public ne lâche jamais son équipe »


Qu’as-tu pensé de l’accueil du public stéphanois ?
A Saint-Étienne, j’ai retrouvé la même ferveur qu’au Brésil. Le public est très chaud. Mais contrairement au Brésil, les supporters stéphanois sont plus respectueux. Même quand ils venaient nous voir au centre d’entraînement pour exprimer leur mécontentement, ça restait toujours cordial. Sinon, j’ai aimé jouer au Stade Geoffroy-Guichard car le public ne lâche jamais son équipe. Je me suis toujours bien senti dans ce stade.


Lors de ta première saison à Saint-Étienne, tu as marqué le but de l’année à Paris : un retourné acrobatique superbe. Comment as-tu vécu cette action de l’intérieur ?
En fait, c’était un pari que j’avais fait avec mon agent Mathias Pires. Je lui avais dit : « tu vas voir, je vais marquer un but d’une bicyclette dans la lunette cette saison ». J’en avais déjà marqués plusieurs comme ça au Brésil. A la fin des entraînements, on s’amusait un peu et je tentais pas mal de retournés. Et lors de ce match à Paris, ce geste est venu vraiment naturellement. Le ballon est arrivé côté gauche. Pascal Feindouno centre, Bafé Gomis me la remet et c’était écrit dans ma tête. J’étais dans une position bizarre, de travers, un peu en diagonale et je me suis dit : « je vais la lever et faire un ciseau, peut-être que le gardien (ndlr : Mickaël Landreau) va être surpris ». C’est ce qui est arrivé. Après ce but, à chaque fois que j’allais à Paris, des supporters parisiens me disaient : « viens jouer au PSG ! ». Même à Lyon, ça s’est toujours bien passé pour moi. J’y allais souvent le lundi car c’était le jour de congés. Je ne me suis jamais fait insulter là-bas.

En Ligue Europa, tu as aussi marqué un très joli but face à Rosenborg (ndlr : en 2008, 3-0)…
Je me rappelle très bien de ce but. Geoffrey Dernis me donne un ballon un peu en arrière et je fais un enroulé à la Thierry Henry. Ce but était important pour Saint-Étienne car il nous assurait la qualification pour le tour suivant. En plus, je revenais d’une opération des sinus et j’avais perdu beaucoup de poids. J’ai adoré jouer la Ligue Europa. En plus, ça faisait plus de vingt ans que Saint-Étienne ne jouait plus la Coupe d’Europe. Contre Valence (2-2), j’ai aussi inscrit un doublé alors que le terrain était enneigé. Sans oublier mon but contre l’Olympiakos (2-1). Pour moi, ce parcours en Coupe d’Europe avec Saint-Étienne est l’un des meilleurs moments de ma carrière. Quand tu joues cette compétition, le monde entier te voit. Même mes parents me regardaient à la télé au Brésil. C’est dans ce genre de compétition que tu savoures ton métier de footballeur.


« Je me souviens de la mise au vert avant le match Saint-Etienne-Valenciennes en 2009. Je voyais Roland Romeyer préoccupé. Je lui ai mis la main sur l’épaule et je lui ai dit : « comptez sur nous, on va gagner largement le match de demain et on ne va pas tomber en Ligue 2 » »


Malheureusement cette saison-là, Saint-Étienne était très mal classé en championnat et le club a préféré mette de côté la Coupe d’Europe alors que vous faisiez un superbe parcours (ndlr : arrêté en huitième de finale)…
C’est exactement ça. Saint-Étienne s’est fait éliminer par le Werder Brême. Alain Perrin ne m’a pas laissé jouer ni là-bas, ni à Geoffroy-Guichard (ndlr : défaite 1-0 au Weserstadion et 2-2 à Geoffroy-Guichard). J’étais fou de rage de ne pas jouer ces deux matchs de Coupe d’Europe. Il y avait un tel contraste entre l’équipe du championnat de France et celle de la Ligue Europa. J’avais l’impression que l’équipe était lassée du championnat. Mais dès qu’on jouait la Coupe d’Europe, il y avait d’autres joueurs sur le terrain. Au final, Saint-Étienne a été éliminé de la Ligue Europa par le finaliste de la compétition. Heureusement, j’ai participé au maintien de Saint-Étienne en Ligue 1 lors du dernier match de la saison contre Valenciennes (4-0). Je me souviens de la mise au vert d’avant-match, je voyais Roland Romeyer préoccupé. J’étais le capitaine des Verts à cette époque. Je lui ai mis la main sur l’épaule et je lui ai dit : « comptez sur nous, on va gagner largement le match de demain et on ne va pas tomber en Ligue 2 ».


D’ailleurs c’est toi qui ouvre le score lors de ce match décisif pour le maintien face à Valenciennes (ndlr : en mai 2009)…
J’ai ressenti une rage immense quand j’ai ouvert le score. Je voulais que toute l’équipe s’imprègne de cette rage. Avant mon passage à Saint-Étienne, je ne m’étais jamais battu à l’entraînement. Mais la semaine qui a précédé ce match face à Valenciennes, j’ai eu une altercation avec Yohan Benalouane. Il me tacle avec les deux pieds décollés. Alain Perrin n’arrête pas la séance. Je dis à Yohan Benalouane : « mais t’es malade, on a besoin de gagner demain ». Quelques secondes plus tard, c’est moi qui le tacle. On se relève et on se bagarre. Je me suis excusé dans le vestiaire et j’ai dit au groupe : « il faut qu’on se bagarre comme ça demain contre Valenciennes. Il faut qu’on les mange dès les premières minutes ». D’entrée de jeu, Valenciennes n’a pas respiré et c’est pour ça que j’ai marqué très tôt (ndlr : 13eme minute). Quand je trouve le chemin des filets, les images de l’entraînement de la veille me reviennent en tête. Ensuite, on marque le deuxième, le troisième et le quatrième but. A la fin du match, Christophe Galtier a dit dans le vestiaire : « c’est bon Ilan, tu nous as bien aidés, tu n’as pas besoin de venir au décrassage demain, tu as mérité de repartir en vacances au Brésil dès ce soir ».


Pourquoi es-tu parti de Saint-Étienne au cours de la saison 2009/10 ?
Je suis parti parce que j’en avais un peu marre. J’avais fait un peu le tour. L’ambiance dans le vestiaire n’était pas super bonne. Je ne comprenais pas pourquoi Sainté n’avait pas l’ambition de jouer les cinq premières places. Ensuite, j’ai signé à West Ham.


« En France, on a tendance à traiter les joueurs comme des enfants. En Angleterre, tu prends tes responsabilités. Si tu arrives en retard, tu vas payer une belle amende. Si tu arrives en retard une deuxième fois, tu ne joues pas le match du week-end. En Angleterre, il n’y a pas de mises au vert. On prend la voiture, on va au stade et c’est bon »


Comment as-tu vécu le football en Angleterre ?
Très bien. C’est le meilleur pays pour jouer au foot. Le quotidien est simple. Beaucoup plus simple qu’en France.


Pourquoi ?
En France, on a tendance à traiter les joueurs comme des enfants. Là-bas, tu prends tes responsabilités. Si tu arrives en retard, tu vas payer une belle amende. Si tu arrives en retard une deuxième fois, tu ne joues pas le match du week-end. En Angleterre, il n’y a pas de mises au vert. On prend la voiture, on va au stade et c’est bon. Le jour de match, en France, on est un peu tendu. En Angleterre, il y avait de la musique dans le vestiaire à quelques minutes du coup d’envoi pour se détendre. C’est ça qu’il faut faire pour être prêt. On ne peut pas bien jouer si on est stressé. Ça, ils l’ont compris en Angleterre.


Pourquoi es-tu revenu dans le championnat de France, à l’AC Ajaccio, en 2011 ?
Après West Ham, j’ai eu une belle proposition au Brésil, à l’Internacional Porto Alegre, avec la perspective de jouer le mondial des clubs à la fin de l’année. J’avais 31 ans et j’estimais que l’heure était peut-être venue de retourner au Brésil. Mais ça ne s’est pas très bien passé là-bas car c’était le directeur sportif qui me voulait, pas l’entraîneur. Trois ou quatre mois après mon arrivée, le club m’a dit : « on ne te veut plus ». Pourtant j’avais un contrat de deux ans. Ils m’ont bloqué l’accès au club. Gremio me voulait mais l’Internacional Porto Alegre ne souhaitait pas me vendre à un club rival. J’en ai parlé à mon avocat qui m’a conseillé de revenir en France. C’est à ce moment-là que j’ai eu une proposition de l’AC Ajaccio. J’ai beaucoup aimé ce club. Un club très, très bien géré. Il y avait une très bonne ambiance dans le vestiaire. Tous les jours, on prenait le petit-déjeuner ensemble. C’était une loi imposée par l’entraîneur Olivier Pantaloni. Lors de cette saison 2011/12, j’ai encore connu un maintien lors de la dernière journée (ndlr : à Toulouse). Quand on revenu la nuit c’était de la folie à l’aéroport : 3000 supporters sont venus fêter le maintien de l’ACA.


« Certains pensent que le foot c’est l’argent, les grosses voitures et les belles femmes. Mais ça c’est seulement la pointe de l’iceberg »


A l’issue de la saison, tu pars au Sporting Club Bastia…
Je suis parti car j’attendais que l’AC Ajaccio renouvelle mon contrat et le club a trop attendu. A ce moment-là, j’ai eu une proposition de Bastia. Ça s’est fait très vite. Pour l’anecdote, j’étais à Ajaccio à la plage. J’ai entendu mon portable sonner, j’ai couru et j’ai répondu. Je suis parti et j’ai signé mon contrat. Bastia venait de monter en L1 et le challenge me plaisait. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de Furiani.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
J’ai bien vécu ma carrière de footballeur professionnel. J’ai passé de très belles années avec ma famille en Corse. Enfin, certains pensent que le foot c’est l’argent, les grosses voitures et les belles femmes. Mais ça c’est seulement la pointe de l’iceberg. Quand tu joues au foot, il ne faut pas viser seulement l’argent. L’argent vient naturellement si tu es bon sur le terrain et si tu aimes ce que tu fais.

Propos recueillis par Clément Lemaître


Découvre la première partie de l’interview d’Ilan juste ici

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