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Foot d’Avant a retrouvé Pierre-Yves André en Corse, une région qu’il ne veut désormais plus quitter. Pendant sa carrière, Pierre-Yves André a été un joueur emblématique de Bastia. De son arrivée, plutôt inédite, en 1997 à son dernier match en 2010, dans un stade de Furiani qui ne voulait pas manquer la sortie de son héros, Pierre-Yves André a vécu des moments fantastiques puis plus compliqués sous le maillot du Sporting. Le natif de Lannion se confie aussi sur ses passages à Rennes, Nantes, Bolton et Guingamp. Entretien magnifique avec l’ex-compère de Frédéric Née.


Pierre-Yves André, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de foot professionnel ?
Je suis resté en Corse après ma carrière. J’habite à quinze minutes au nord de Bastia dans un petit village. Je prends le temps de m’occuper de ma famille, de mes deux enfants. Il y a trois ans, j’ai passé un diplôme en horticulture. Cette année, je dois planter de l’Immortelle. C’est une plante qu’on trouve ici en Corse ainsi que sur le pourtour méditerranéen et qui est surtout utilisée en cosmétique.


Est-ce que l’après-foot a été compliquée à vivre pour toi ?
Oui. Au départ, j’avais une reconversion prévue à Bastia mais ça ne s’est pas fait finalement. Pourtant, mon objectif d’après-carrière était clair : rester au Sporting. Du coup, le foot s’est arrêté net. Le début de retraite a été sympa, j’ai pu profiter de l’été avec mes amis. Puis quand arrive septembre, les amis reprennent le boulot. Quand vous les appelez, ils vous répondent : « moi, je bosse ». Puis, on tourne en rond et l’hiver est compliqué.


Comment as-tu vécu la rétrogradation de Bastia en Nationale 3 l’été dernier ?
Je l’ai vécue comme tous les supporters bastiais. Ç’a été un cataclysme. Quand Bastia était en Ligue 1, j’étais consultant football pour BeIN Sports, donc forcément mon activité s’est arrêtée le jour où Bastia a été relégué en Ligue 2 puis en Nationale 3. Je pensais aller voir les matchs de L2 le vendredi soir avec mon fils à Furiani mais du coup ça n’a rien d’excitant de regarder des rencontres de Nationale 3.


Tu es né à Lannion en Bretagne mais quand on pense à Pierre-Yves André, on associe souvent ton nom au Sporting Club de Bastia.
Parle nous de ton attachement à Bastia et à la Corse…
Outre le fait que j’ai joué dix ans avec le maillot du Sporting Club de Bastia et toutes les émotions fortes que j’ai vécues avec ce club, j’ai rencontré ma femme lors de mon premier passage ici et mes enfants sont nés en Corse. Ça fait presque 20 ans que je vis ici. Je suis attaché à la Corse, à mes amis que j’ai rencontrés ici. La Corse nous offre plein de choses merveilleuses qu’on ne peut pas avoir sur le continent. Par exemple, il n’y a pas tous ces problèmes d’insécurité. Ma femme peut se balader le soir sans se faire agresser. Ici, la vie est tranquille. Aujourd’hui, je ne me vois pas vivre ailleurs qu’en Corse. Ou alors, il faudrait vraiment qu’un très beau projet professionnel se présente pour me déraciner.


Revenons à ton début de carrière Pierre-Yves. Tu as débuté à Lannion. Comment le Stade Rennais est-il venu te chercher ?
Moi, c’est Jean Prouff qui m’a recruté après avoir vu plusieurs matchs de Lannion. Un jour, mon oncle m’appelle : « est-ce que ça t’intéresserait de faire un essai au Stade Rennais ? ». J’y suis allé, il y avait deux jours d’entraînement et un match en fin de séjour sous la houlette de Patrick Rampillon. Le premier entraînement a eu lieu sur synthétique alors que je n’y avais jamais joué. Ça allait dix mille fois trop vite pour moi. L’après-midi, on a fait des jeux devant le but sur un terrain juste derrière le stade. Là, c’était un peu plus rigolo. Puis lors du match, on a gagné 4-1 contre une sélection de l’Ouest, j’ai marqué trois buts : un du pied gauche, un du pied droit et un de la tête. Le soir, nous avons été invités à voir un match du Stade Rennais. Juste avant la rencontre, nous avons discuté au centre de formation avec Patrick Rampillon qui m’a proposé un contrat. Entre-temps, Nantes m’a contacté pour faire un essai. Mais la marche était moins haute pour moi à Rennes à ce moment-là. A cette époque, le Stade Rennais avait du mal à s’installer en D1.

 

« Ma première saison à Bastia a été catastrophique sur le plan personnel. Mais Frédéric Antonetti a continué de me faire jouer. Le public de Bastia m’a pris en grippe. J’étais au 36eme dessous. J’avais de la pression sur les épaules, car j’étais le plus gros transfert du club : 8 millions de francs, c’est dérisoire aujourd’hui mais pour Bastia à l’époque, c’était énorme »


Tu as été entraîné par l’emblématique Michel Le Milinaire à tes débuts à Rennes. La semaine dernière sur Foot d’Avant, Emerick Darbelet l’a décrit comme « un vieux monsieur et un homme discret ». Toi, qu’est-ce qui t’a marqué chez lui ?
C’est ça, Michel Le Milinaire est un homme discret. Il a une grande connaissance du football. On l’appelait « Le druide ». Malgré sa petite taille, on sentait quelqu’un de coriace, avec un sacré caractère. Michel Le Milinaire, c’était le feu sous la glace. Je le regardais avec des grands yeux. Il forçait le respect. Je n’avais pas de rapports directs avec lui. Plus avec son adjoint, Yves Colleu. Lui aussi a une grande connaissance du football. Ils étaient assez complémentaires tous les deux.


Quels souvenirs gardes-tu de la montée de Rennes en D1 en 1994 ?
C’était magnifique. Génial. Je l’ai connue avec Rennes. J’aurais aussi voulu connaître la joie d’une montée avec Bastia. A l’époque, Rennes faisait le yo-yo entre la D1 et la D2. Pour les supporters rennais, c’était une satisfaction, mais quelque chose de régulier. Avec le Sporting, ça aurait été démesuré. Quand ils sont montés du National à la Ligue 1, entre 2011 et 2013, ç’a été extraordinaire. Extraordinaire. Un truc de fou. Mais attention, j’ai aussi vibré lors de la montée de Rennes en 1994. J’ai commencé la saison avec la réserve et je l’ai finie avec les pros. On avait un effectif rempli d’expérience avec un peu de jeunesse. Sur le terrain, on sentait qu’il ne pouvait rien nous arriver. Notre force collective, c’était un truc de fou.


Quels coéquipiers t’ont impressionné lors de ton passage à Rennes ?
Jocelyn Gourvennec. C’était un numéro 10 à l’ancienne. Il prenait les rennes de l’équipe. Il avait une belle technique, une vision et une réflexion sur le jeu. J’ai aussi été marqué par le pied gauche de Jean-Christophe Thomas. Le gardien de but, Goran Pandurovic, c’était un monstre. Il y avait aussi Ulrich Le Pen, Laurent Huard, Frédéric Adam, Frédéric Cado. Nous avions vraiment une équipe de copains. C’était un plaisir de jouer avec mes potes. A Rennes, j’ai connu un président au top : René Ruello, un amoureux du football et de ses joueurs. Rennes, ça reste mon premier club. C’était génial. Je suis toujours les résultats du Stade Rennais où évolue Wahbi Khazri que j’ai connu à Bastia.


Comment tu es recruté par Bastia en 1997 ?
Mon arrivée à Bastia a été particulière. J’étais à Rennes, je venais de manquer les Jeux Olympiques de 1996 à Atlanta alors que j’avais fait toute la campagne olympique avec les Espoirs. Deux jours avant le départ aux États-Unis, j’ai très mal aux adducteurs et j’en parle à Raymond Domenech. Stop et retour à la maison. J’avais la tête dans le sac. Bastia me contacte donc pendant l’été. Il me reste un an de contrat à Rennes qui ne m’a encore rien proposé à ce moment-là, alors que Frédéric Antonetti était venu me voir plusieurs fois à Rennes. Au début, je ne voulais pas aller à Bastia. Lors de mon dernier match à Furiani sous les couleurs de Rennes, j’étais reparti avec une cheville sur l’épaule. Je me disais : « ce sont des fous, je ne vais pas là-bas moi ». Puis, je ne voulais pas partir loin de ma Bretagne natale. Mais mon oncle m’a dit : « ne t’inquiète pas, on va là-bas pour visiter les installations, par politesse ». A Bastia, mon oncle discute avec les dirigeants et revient vers moi : « c’est bon, c’est fait ». Nantes m’a fait une proposition de dernière minute, mais j’avais donné ma parole à Frédéric Antonetti. Lors ma première saison, je n’étais pas bien. C’était catastrophique sur le plan personnel. Mais Fréderic Antonetti a continué de me faire jouer. Le public de Bastia m’a pris en grippe. J’étais au 36eme dessous. J’avais de la pression sur les épaules, car j’étais le plus gros transfert du club : 8 millions de francs, c’est dérisoire aujourd’hui mais pour Bastia à l’époque, c’était énorme. Heureusement, mon seul fait d’arme cette saison-là a été mon but contre Benfica en Coupe d’Europe.

Qu’as-tu ressenti quand tu as marqué ce but de la tête face à Benfica (ndlr : 0-0 au Portugal et victoire 1-0 à Bastia) à Furiani ?
Une libération. C’est un moment que tous les footballeurs rêvent de vivre : un but dans les dernières minutes qui délivre tout le monde. Il y avait une ambiance de folie à Furiani, on jouait le grand Benfica avec sa pléiade de grands internationaux. Avec ce but, on a basculé dans la liesse. Je me souviens avoir eu des jambes de feu pour fêter ce but. Une sorte d’euphorie qui décuple vos forces. Ç’a été une libération personnelle aussi car je patinais dans la choucroute depuis le début de saison alors que je savais de quoi j’étais capable. Et ressentir cette pression et cette attente pour un garçon de 23 ans qui n’était jamais parti de chez lui, c’était difficile. Il y avait une boule au fond de moi et elle a explosé lorsque j’ai marqué contre Benfica.


« Avec Frédéric Née, nous étions tellement complémentaires sur le terrain. Même des fois, c’était trop. Frédéric Antonetti nous l’a parfois reproché. J’étais aussi heureux de marquer que d’offrir le but à Frédéric Née. Il n’y avait pas de jalousie entre nous »


Dans une interview sur Foot d’Avant, Wilfried Gohel a dit qu’un jour des supporters bastiais avaient mis une gifle à un joueur qui ne donnait pas 100% sur le terrain. Comment as-tu été adopté et aimé par le public bastiais ?
Je n’étais pas au courant de cette histoire. Je trouve plutôt qu’il y a le respect des joueurs chez les supporters de Bastia. Il y a même de la pudeur pour ne pas embêter le joueur dans sa vie privée. Mais quand vous croisez le regard des supporters en ville, parfois vous pouvez sentir qu’il faut peut-être en faire plus sur le terrain.


Lors de ton passage à Bastia, ta complémentarité offensive avec Frédéric Née a marqué les esprits. Comment expliques-tu cette complicité sur le terrain ?
On s’entendait aussi bien sur le terrain que dans la vie. Nous étions deux frères de terrain. Il y avait beaucoup d’amitié entre nous. Quand il est arrivé à Bastia, pour moi c’était l’année de la résurrection. Nous étions tellement complémentaires sur le terrain. Même des fois, c’était trop. Dès que j’avais le ballon, je le cherchais et vice versa. Frédéric Antonetti nous l’a même parfois reproché parce que c’était systématique. Lui était plus dans le décrochage, moi je jouais davantage dans la profondeur. Il n’y avait pas de soucis pour savoir qui allait marquer le plus de buts. J’étais aussi heureux de marquer que d’offrir le but à Frédéric Née. Il n’y avait pas de jalousie entre nous. On s’est même laissés des penalties.


Pourquoi tu pars à Nantes en 2001 ?
J’arrive en fin de contrat à Bastia. C’était la troisième occasion pour moi de jouer à Nantes. Je suis parti là-bas car le club me proposait un contrat de 5 ans, il y avait la Ligue des Champions à jouer. C’était une progression normale. Avec Bastia, j’ai connu l’équipe de France A’, là avec Nantes j’allais jouer la plus prestigieuse des Coupes d’Europe.


En 2001, il y avait encore un jeu à la Nantaise très ancré avec Raynald Denoueix. Est-ce que c’était difficile de s’adapter à ce style de jeu ?
Ç’a été très, très difficile. Après, cela dépend le poste aussi je pense. Mais pour moi, en tant qu’attaquant, ç’a été très dur. Le jeu à la Nantaise était basé sur un redoublement de passes qui avait pour but de déstabiliser l’adversaire. S’il fallait faire 50 passes au milieu pour trouver l’ouverture, les joueurs faisaient 50 passes, et le ballon allait devant, au milieu, derrière. Moi à Bastia, je jouais un jeu beaucoup plus direct. C’était appel-contre appel, le défenseur Morlaye Soumah était capable de me faire des transversales de 60 mètres qui arrivait dans les pieds. Pour moi, c’est difficile de surprendre des défenses quand on fait 50 passes.


Quels souvenirs gardes-tu de tes débuts à Nantes ?
Je me souviens d’un match en début de saison. A la fin de la rencontre, on nous donne un contre-rendu de match avec le nombre de kilomètres parcourus, le nombre de ballons touchés, etc…Sur ce premier match, j’ai couru autant qu’Eric Carrière. Pourtant, lui il galopait. Aussi, j’ai effectué énormément d’appels. Mais entre le nombre d’appels et le nombre de ballons reçus, il y avait un monde. Je me suis épuisé. Quand vous faîtes ça, moralement c’est difficile. Quand tu fais l’appel, le ballon ne vient pas, et quand tu attends le ballon dans les pieds, il part en profondeur. Il fallait vraiment avoir la même philosophie de jeu pour réussir à Nantes. Peut-être que Raynald Denoueix sentait que le vent allait tourner, que le jeu à la nantaise allait évoluer et que je pouvais apporter quelque chose de plus. Je pense que c’est pour ça qu’il m’a pris. Malheureusement, il a été rapidement démis de ses fonctions et après, ç’a été compliqué pour moi.


« Au bout de 7 journées de championnat en 2001, Nantes n’a aucune victoire et n’arrive pas à enchaîner derrière. C’était donc plus facile de taper sur les nouveaux arrivants. Du coup, j’ai été pris en grippe par le public de la Beaujoire. Quand vous entendez « ohhhhh » quand vous vous apprêtez à recevoir le ballon, style je vais le perdre, c’est difficile à vivre moralement »


Tu as marqué deux buts en C1 à la Beaujoire : contre le PSV Eindhoven et la Lazio Rome. Que retiens-tu de tes matchs en Ligue des Champions avec Nantes ?
C’est toute l’aventure de Nantes qui était extraordinaire. On passe le premier tour en finissant premier devant Galatasaray, le PSV Eindhoven et la Lazio Rome et nous sommes le seul club français au deuxième tour. Quand on gagne 4-1 face au PSV Eindhoven, c’est moi qui marque le premier but. C’était phénoménal. Mon but de la tête contre la Lazio Rome fait aussi partie de ces rêves qu’ont les joueurs de foot. On gagne 1-0, le but est en fin de match et nous permet de nous qualifier. Je me souviens de beaux moments de partage et c’était magique.


Tu parlais de tes difficultés à t’intégrer dans le système de jeu nantais, cela t’a valu beaucoup de sifflets et de critiques de la part du public de la Beaujoire…
C’était difficile pour moi. La saison d’avant, Nantes avait très mal commencé la saison et avait fait une belle remontée pour finir Champion de France en 2001. Moi quand j’arrive, le début de saison est similaire. Au bout de la sixième puis de la septième journée, il n’y a toujours pas de victoire et on ne réussit pas à enchaîner. C’était donc plus facile de taper sur les nouveaux arrivants. Après quand on m’a écarté de l’équipe, Nantes n’a pas enchaîné les victoires non plus. Du coup, j’ai été pris en grippe par le public de la Beaujoire. Quand vous entendez « ohhhhh » quand vous vous apprêtez à recevoir le ballon, style je vais le perdre, c’est difficile à vivre moralement.


Comment ça s’est passé avec Angel Marcos ?
Dès le début de la saison 2002/03, je ne rentre plus dans ses plans. Quand il fait sortir Viorel Moldovan, il fait entrer des milieux offensifs alors que moi je suis avant-centre et je reste sur le banc. Je lui ai demandé des comptes et j’ai peut-être été un peu trop virulent. C’est comme ça que j’ai scellé mon avenir au FC Nantes. Après j’ai été à la cave pendant six mois. Moi, je voulais jouer au football, je m’en foutais d’être bien payé et de vivre dans une belle ville. Je ne voulais pas être malheureux. J’ai donc demandé à être prêté.


Tu es donc prêté six mois à Bolton…
Lille et Bolton étaient intéressés mais je voulais vivre une aventure à l’étranger et je pensais avoir le profil pour jouer en Angleterre. Ça m’a plu Bolton. Ça m’a permis de voir autre chose. En Angleterre, ils abordent le foot différemment. Au final, je n’ai pas trop joué, je n’ai jamais commencé une rencontre. Je suis rentré cinq minutes le premier match. La rencontre suivante, je n’étais pas sur la feuille de match. Là j’ai compris que pour jouer en Angleterre, il y a certainement des codes. A l’entraînement, j’étais à fond et on me disait : « calmos hein, calme-toi, calme-toi, ne vas pas nous blesser quelqu’un ». Je leur répondais : « comment je vais faire pour gagner ma place moi ? ». Même si je n’ai pas beaucoup joué, j’ai aimé l’esprit anglais : on prend du plaisir en jouant au football, on déconne avant le match mais quand le capitaine met la petite musique d’ambiance cinq minutes avant de rentrer, les visages se défont complètement, il n’y a plus un sourire, plus de rigolade, c’est le fighting spirit.


Ensuite tu joues à Guingamp lors de la saison 2003/04. Une saison conclue sur une descente en Ligue 2…
C’était une saison compliquée aussi. Guingamp venait de se qualifier pour la Coupe Intertoto et avait fait une saison magnifique avec Didier Drogba et Florent Malouda. Les deux joueurs sont partis à l’intersaison. Ça ne s’est pas bien passé pour moi parce que je n’ai pas été bon. Il faut le reconnaître aussi. A ce moment-là, je sors de saisons compliquées avec Nantes et Bolton, du coup je suis sur la pente descendante.


« Je n’ai jamais calculé au cours de ma carrière. J’ai toujours donné tout ce que j’avais à donner. J’ai été droit dans mes bottes et je peux me regarder dans la glace tous les matins »


Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu es revenu à Bastia en 2004 ?
Un immense plaisir mais j’avais aussi quelques doutes car c’est difficile de faire du neuf avec du vieux. Le club avait évolué. Je savais aussi que j’arrivais dans un endroit où je me sentais bien. Bastia, c’est le club qui m’a permis de grandir footballistiquement et humainement. Il m’a permis d’affirmer mon caractère. Malheureusement, Bastia est descendu en 2005. C’était horrible. Une vraie catastrophe. Un gâchis. J’en ai beaucoup souffert, ça c’est sûr. Pourtant, Christian Karembeu était arrivé cette saison-là. Il a apporté toute son aura mais le problème c’est qu’il a été blessé longtemps. S’il avait joué plus de matchs, on se serait maintenus, ça c’est clair.


Comment as-tu vécu ta fin de carrière en L2 ?
J’aurais dû moins jouer et c’est le contraire qui s’est passé. Normalement, les jeunes poussent les vieux. Moi, j’étais toujours concerné à 100%, puis à la fin des années 2000, le Sporting avait toujours quelque chose à jouer en L2 : la montée d’abord puis la lutte pour le maintien ensuite. Je n’ai jamais eu le temps de me dire : « là, ça commence à sentir le roussi pour moi ». Quand le club est descendu en National en 2010, j’ai pris la décision d’arrêter. Après la relégation en L2 en 2005, on a loupé la montée de peu la saison suivante et ensuite le club avait moins de moyens. Alors le Sporting reculait d’une case chaque année. Pourtant le discours du club était chaque saison le même : « avec l’aura du Sporting, il y a la possibilité de remonter ». Il ne fallait pas croire qu’on allait remonter avec moins de moyens, moins de spectateurs, moins de bons joueurs dans l’équipe. Et moi psychologiquement, je n’en pouvais plus. Quand Bastia est descendu en National, j’étais usé.


Pourtant tu as réalisé ta saison la plus prolifique de ta carrière lors de cette saison 2009/10 avec 14 buts inscrits…
Quand Faruk Hadzibegic est arrivé sur le banc de Bastia en 2009, il m’a redonné envie de jouer, de prendre du plaisir. Nous étions en surrégime et après, nous nous sommes effondrés.


Tu n’aurais pas eu envie de poursuivre un an de plus à Bastia pour finir sur une remontée en Ligue 2 ?
Non, pour moi la boucle était bouclée. J’ai fini le 14 mai à Furiani face à Istres (2-0, 38eme journée), le jour de mes 36 ans. C’était le top de finir ma carrière à domicile. Puis, j’avais beaucoup donné lors de cette fin de saison. Avec le recul, on peut toujours se dire « et si j’avais continué …». Physiquement, j’aurais pu. Mais qui aurait pu dire que le Sporting allait remonter directement en Ligue 2 en faisant une saison extraordinaire ? Personne, car en début de saison 2010/11, le club est à l’agonie. On aurait même pu descendre s’il n’y avait pas eu l’arrivée de nouveaux actionnaires.


Enfin, souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Je veux juste dire que je n’ai jamais calculé au cours de ma carrière. J’ai toujours donné tout ce que j’avais à donner. J’ai été droit dans mes bottes et je peux me regarder dans la glace tous les matins.


Propos recueillis par Clément Lemaître

 

Tu es fan de Bastia ? Découvre l’interview de Lubomir Moravcik juste ici

 

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