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Frédéric Meyrieu a fini sa carrière au FC Metz. Entre 1997 et 2002, l’ex-milieu de terrain a d’abord connu des hauts sur le plan collectif, avec cette deuxième place de D1 en 1998, puis des bas, avec l’élimination au tour préliminaire de la Ligue des champions face à Helsinki et la relégation en D2 quatre ans plus tard suivie par l’annonce de sa retraite professionnelle. Frédéric Meyrieu revient pour Foot d’Avant sur tous ses souvenirs au FC Metz. Des souvenirs d’une équipe au jeu bien huilé avec les Danny Boffin, Robert Pires, Vladan Djukic ou Bruno Rodriguez…


Frédéric Meyrieu, comment as-tu réagi quand tu as su que le FC Metz voulait te recruter ?
Bernard Zénier, qui était recruteur pour le FC Metz, était passé à Sion. Il était d’abord venu pour Vladan Lukic. Il savait que j’étais dans une très bonne période et m’a demandé si ça m’intéressait de venir à Metz.


A l’époque, Metz était un club phare de D1 qui disputait la Coupe d’Europe pratiquement chaque année et qui avait remporté la Coupe de la Ligue 1996. Le challenge devait être excitant…
Moi, je ne voulais pas revenir en France au départ à cause du problème que j’avais eu à Lens. Mais j’ai vu que Metz avait une équipe qui tenait la route. Je me suis dit : “Pourquoi ne pas tenter”. Ça été une bonne chose finalement.

 

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Quand tu signes à Metz en 1997, est-ce qu’il y a l’équipe de France et le Mondial 1998 dans un coin de ta tête ?
Non. Mais franchement, je pense que j’aurais pu y être à cette époque-là. J’ai aligné de grosses saisons à Lens puis à Metz. Mais à l’époque, l’équipe de France se basait sur les deux gros noyaux qui étaient Paris et Marseille. Ensuite, il y avait un joueur par-ci et un autre joueur par-là : à Lens il y avait Pierre Laigle, à Metz c’était Robert Pires, il y avait un joueur d’Auxerre, etc…Moi, je n’étais pas au bon endroit quand il fallait et c’était comme ça. Quelque part, j’y croyais quand je suis arrivé à Metz, je me disais que ce n’était pas figé. Mais après on savait la façon dont ça se passait avant et c’était un peu figé quand même. Pourtant, j’avais été sélectionné en juniors, en militaire, en Espoirs et en A’. Mes entraîneurs me disaient souvent : “tu vas être dans la prochaine liste des A”. Mais malheureusement ce n’est jamais arrivé.


Franck Dumas disait qu’il fallait aussi être très présent dans les médias pour aller en équipe de France à l’époque. Partages-tu son avis ?
C’est exactement ça. Je me souviens de cette anecdote : un jour, j’ai joué avec Zinédine Zidane lors d’un match de charité pour sa fondation ELA. Un moment, il parle de moi avec quelqu’un : « Frédéric, tu as eu combien de sélections déjà ? ». « Je n’en ai pas eue », lui ai-je répondu. Il avait été étonné et ça résume le fait que beaucoup de gens pensent que j’ai été sélectionné en Bleu. Mais après voilà, c’est comme ça, c’est la vie. Je ne suis pas déçu. Le seul truc que je regrette, c’est qu’à l’époque, on n’épluchait pas les statistiques comme maintenant. Parce qu’entre mes titres de meilleur passeur, mes buts sur coups-francs et j’en passe, je pense que j’aurais été en haut du tableau (rires).

 

« Quand je reviens à Metz, les gens ne me parlent que de cette période-là, même 20 ans après »

 

Revenons sur ta première saison à Metz. Avec le recul, quels ont été les ingrédients qui ont permis au club d’être vice-champion de France en 1998 au cours d’une saison qui est restée dans les mémoires ?
Sur le plan quantitatif, notre effectif n’était pas énorme. Mais l’entente entre les joueurs était exceptionnelle. Pourtant, il y avait plusieurs générations différentes. Des anciens internationaux avaient envie de montrer qu’ils n’étaient pas finis comme Danny Boffin par exemple. Surtout, il y avait un entraîneur (Joël Müller) qui avait trouvé un bon compromis avec tout ce monde-là. On sait bien qu’on peut mettre tous les schémas de jeu en place, 4-4-2, 4-5-1, 4-2-3-1, c’est l’animation sur le terrain qui fait la différence. Nous, on pouvait aller jouer dans n’importe quel stade, on savait qu’on allait marquer. Il y avait une telle fluidité dans le jeu. On n’avait pas besoin de se dire les choses, un regard suffisait pour comprendre qu’on allait faire un appel dans le dos du défenseur par exemple. On avait des solutions de partout. C’était le football comme on l’aime, comme on le sent, car on était en confiance.


Sur Foot d’Avant, Philippe Gaillot parlait d’une force de club très importante. Est-ce que tu la ressentais également ?
Oui, déjà au niveau du public car on jouait à guichets fermés tout le temps. L’engouement était incroyable. Moi, je me suis senti bien accueilli. Les gens à Metz étaient contents parce qu’il y avait du jeu et de l’efficacité. C’était spectaculaire. Les spectateurs prenaient du plaisir et d’ailleurs on a marqué plusieurs générations. Quand je reviens à Metz, les gens ne me parlent que de cette période-là, même 20 ans après.

 

Beaucoup d’anciens joueurs de Metz ont été marqués par l’ex-président Carlo Molinari et ont souligné sa grande culture sportive. Quels souvenirs gardes-tu de lui ?
J’en garde un très bon souvenir. C’est quelqu’un qui est plus que passionné. Il se mettait en quatre pour trouver des solutions quand ça n’allait pas. Il était très présent, même aux entraînements. C’était familial. Avant les matches, il venait nous voir dans les vestiaires. Très souvent, il me glissait : “je compte sur toi, fais nous gagner le match”. Moi, j’avais envie de lui rendre toute cette confiance.


Tu as cité plusieurs joueurs messins de l’époque : Danny Boffin, Vladan Lukic, Robert Pires, Bruno Rodriguez… Avec lequel avais-tu le plus d’affinités techniques ?
Je me suis éclaté avec tout le monde. Je connaissais les qualités individuelles de mes coéquipiers et les appels de balle qu’ils allaient faire. En tant que numéro 10, j’étais obligé de tout savoir par cœur. Aujourd’hui d’ailleurs, on voit moins de joueurs qui prennent des risques dans le jeu, je trouve que c’est plus stéréotypé. Danny Boffin, je savais qu’il fallait le servir dans la profondeur et dans le dos de la défense car il faisait la différence avec sa vitesse et sa qualité d’anticipation. Robert Pires, je pouvais le trouver dans les pieds et dans l’espace. Vladan Lukic, il avait un jeu de tête exceptionnel et était très technique. Avec un contrôle orienté, il mettait le défenseur dans le vent. Jocelyn Blanchard avait une bonne frappe de balle. Bruno Rodriguez, je savais très bien qu’il n’allait pas me faire l’appel côté droit. Il aimait bien rentrer avec son pied droit, donc je devais le lancer côté gauche pour qu’il puisse ensuite enrouler sa balle. En tant que joueur, on se doit de connaître les qualités de chacun.

 

« Il y a eu plus de folie à Metz en mai que pendant la Coupe du monde, et pourtant il y en a eu de la folie dans toute la France en juillet 1998 »

 

As-tu toujours des regrets d’avoir été si proche de remporter le titre de champion de France en 1998 ?
Ah oui bien sûr. C’est dommage, on l’aurait mérité. Je me souviens de ce fameux match de fin de saison contre Lens (défaite 0-2 à Saint-Symphorien) que je n’ai pas pu jouer. J’avais reçu un carton au cours d’un match alors que ce n’était pas moi le fautif sur l’action. J’étais donc suspendu pour cette rencontre-là. On avait fait appel et on avait gagné. Sauf que Gervais Martel avait téléphoné à Carlo Molinari en lui demandant de ne pas me faire jouer pour respecter l’éthique du football. A l’arrivée, Carlo a voulu être grand seigneur et a dit : “ok, je ne le fais pas jouer”. Comme je le dis toujours, ma présence n’aurait peut-être pas changé les choses, mais en jouant face à mon ancien club… Là j’étais dans la tribune, on a perdu le match et c’était dur. C’était un tournant de la fin de saison.

 

Plus de vingt ans après, la cicatrice est-elle refermée ?
Ça, c’est gravé, on y pense tout le temps. C’est comme quand on perd une finale. L’année d’après, on a perdu la finale de la Coupe de la Ligue contre Lens au Stade de France (0-1). La reprise de Daniel Moreira, il la retente mille fois, pas sûr qu’il la remette dedans : un tir lobé du pied gauche face à Lionel Letizi… Ce genre de truc, on y repense toute notre vie. Les doublés avec l’OM et le FC Sion, j’y pense, mais quand on perd un championnat au goal-average (5 buts), et on se dit que dans certains pays, ils faisaient un match d’appui, une grande finale, dans ce cas de figure. C’était vraiment rageant.


Philippe Gaillot racontait qu’il y avait une grande communion avec le public messin après le dernier match de la saison 1997-98 contre Lyon (1-0)…
C’était l’année de la Coupe du monde. Tout Metz était saturé de monde. C’était incroyable. C’était comme si on avait été champions. C’était un truc de fou. Il y a eu plus de folie ce soir-là que pendant la Coupe du monde, et pourtant il y en a eu de la folie dans toute la France en juillet 1998. Cela nous a confirmé que le public messin était incroyable. Ça venait de partout pour nous voir jouer : du Luxembourg ou d’Allemagne.

 

A l’été 1998, il y a beaucoup de départs : Robert Pires, Jocelyn Blanchard, Rigobert Song, Cyril Serredszum…
(Il coupe) Il y a eu trop de départs et ça nous a fait mal. C’était le début de la fin. On arrive quand même à accrocher une finale de Coupe de la Ligue en 1999.

 

« Helsinki ? C’était un match de merde et je le pense encore »

 

Lors de cet été 1998, Metz a joué le tour préliminaire de la Ligue des champions. Que retiens-tu de la défaite à l’aller à Helsinki (1-0) ?
C’était un match de merde et je le pense encore (rires). Il devait y avoir moins de 10 000 personnes. C’était en plein après-midi, il faisait froid. C’était les conditions d’un match amical, et c’est devenu un match piège. On n’a pas réussi à marquer et on s’est fait surprendre. Ce match est arrivé tôt, les recrues ne s’étaient pas encore acclimatées. Cette rencontre avait été très compliquée.

 

Au retour à Metz, le match nul (1-1) vous élimine de la compétition…
J’en garde un souvenir catastrophique. On était convaincu qu’on pouvait faire la différence pourtant. Un Finlandais a ouvert le score et j’ai égalisé sur penalty à un quart d’heure de la fin. C’était catastrophique. En plus, quand on ressort d’une saison comme on l’avait fait, on était encore plus attendu.

 

Avant de débuter la saison 2001-02, est-ce que tu aurais pu penser qu’elle allait être la dernière de ta carrière ?
Pas du tout. En 2002, quand on finit la saison, je me sens très bien pourtant (ndlr : il avait 33 ans). J’en ai un peu voulu au club et surtout à Jean Fernandez parce qu’il n’a rien voulu savoir, il m’a écarté. Après tout le travail accompli et les saisons que j’avais alignées, c’était une honte que ça se passe comme ça.

 

« Je devais signer deux ans aux New York MetroStars, mais c’est tombé au moment où les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Irak »

 

Pourquoi la saison 2001-02 de Metz s’est-elle conclue par une relégation en D2 ?
C’était compliqué parce que certains choix tactiques et de joueurs ont été faits. Cela nous a mis dedans. Gilbert Gress, c’était trop à l’ancienne même si je respecte sa carrière. Ç’a été très dur pour certains joueurs de s’adapter à ce qu’il nous demandait. Moi après, j’étais dans la continuité des saisons précédentes, donc ça ne me dérangeait pas personnellement. A mes yeux, certains de ses choix ne nous ont pas aidés. C’est dur de reparler de cette période-là parce que ça me fait encore mal au cœur pour les supporters et tous ceux et celles qui nous suivaient. On sentait tous qu’on allait y aller direct. Pourtant, on avait tiré la sonnette d’alarme… Même la saison d’avant, ça avait été compliqué (ndlr : Metz avait fini 12e à 5 points de la relégation).

 

Après cette fin d’aventure à Metz en 2002, as-tu eu des contacts pour jouer ailleurs ?
Je suis parti aux États-Unis pour faire un essai aux New York MetroStars (ndlr : désormais New York Red Bull). Je devais signer deux ans là-bas, mais c’est tombé au moment où les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Irak (hiver 2003). Les Américains à l’époque avaient une très mauvaise image des Français car Jacques Chirac ne voulait pas participer à cette guerre. A ce moment-là, j’étais à Miami avec l’équipe en stage. Le président m’avait dit : « C’est compliqué de faire signer un Français en ce moment ». Je suis rentré en France le temps que ça se calme et ça ne s’est jamais calmé. J’ai eu une piste pour aller à l’AC Ajaccio mais ça ne s’est pas fait. Après, ça j’ai décidé d’arrêter ma carrière. Pourtant j’étais bien physiquement, j’aurais peut-être dû continuer mais c’est comme ça. Moi, je n’avais pas beaucoup besoin de dribbler, je jouais beaucoup en une ou deux touches de balle et sur ma vision du jeu. Au final, je pense n’avoir jamais déçu mes supporters car je me suis toujours défoncé. Je pense avoir été spectaculaire et efficace dans mon jeu.

Propos recueillis par Clément Lemaître

Découvrez la première partie de l’interview de Frédéric Meyrieu en cliquant ici