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L’ancien joueur de Liverpool, Grégory Vignal, vous fait revivre le début des années 2000 des Reds. Michael Owen, Steven Gerrard, Gary McAllister, Nicolas Anelka ou Gérard Houllier, l’actuel entraîneur de l’équipe féminine des Glasgow Rangers n’a rien oublié de ses souvenirs les plus mythiques dans le club de la Mersey. Formé à Montpellier, Grégory Vignal s’est également confié sur le club de la Paillade et Louis Nicollin…qui lui avait proposé le poste d’entraîneur des féminines du MHSC il y a cinq ans. Un refus de Grégory Vignal qui avait fait réagir l’ex-président montpelliérain. Avec ses mots à lui.

Grégory Vignal, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel ?
Actuellement, je suis entraîneur de l’équipe première féminine des Glasgow Rangers. J’ai quitté le centre de formation pour pouvoir m’engager sur ce projet en juillet dernier. La saison s’est terminée en novembre. On a fini quatrième et on a joué une demi-finale de Coupe d’Écosse.

Quel est l’engouement du foot féminin en Écosse ?
La Coupe du Monde en France a été un gros succès. Cela a déclenché un engouement pour le football féminin. Aux Glasgw Rangers, les joueuses et les joueurs font vraiment partie du même club. C’était le souhait du président et des actionnaires. Il y a un très gros projet pour le foot féminin ici.

Pour revenir à ta carrière, comment es-tu devenu coach aux Glasgow Rangers ?
Je suis arrivé en octobre 2017 après un rendez-vous avec le directeur sportif de l’époque. On m’a proposé de revenir au club. J’ai accepté car cela faisait un moment que je voulais revenir au Royaume-Uni. C’était une chance inouïe de pouvoir faire mon retour aux Glasgow Rangers. Avant cela, j’ai passé quatre ans et demi dans un club amateur, à Palavas, à côté de Montpellier. Ensuite, j’ai été coach de la réserve de Montpellier, avec Fabien Lefevre. J’ai réalisé également les stages UNFP en tant qu’assistant de Serge Romano et Ghislain Printant.

« Au quotidien, Steven Gerrard et Garry McAllister sont hyper professionnels. Ils font attention à tous les détails. Tout est préparé. C’est enrichissant de travailler avec eux »

En France, les Glasgow Rangers sont vus comme un club mythique. Comment vis-tu les choses de l’intérieur ?
Ça c’est sûr que c’est un club mythique et historique. Il y a aussi beaucoup de pression car il faut gagner. Moi, je voulais revenir dans un club comme ça. Je m’éclate parce que je travaille avec des gens qui ont connu le très haut niveau, des Steven Gerrard ou Gary McAllister. Steven, j’ai joué avec lui pendant trois ans, c’était super agréable de le retrouver à Glasgow. Je ressens l’ADN du club qui veut tout le temps gagner. Ça me plaît.

Comment sont Steven Gerrard et Garry McAllister au quotidien ?
Ce sont des gens hyper professionnels. Ils font attention à tous les détails. Tout est préparé. C’est à l’image de leurs carrières. Ils ont révolutionné beaucoup de choses ici dans l’approche professionnelle ou le renouveau du centre d’entraînement. Ils ont apporté toute leur expérience pour l’approche des matches. C’est enrichissant de travailler avec eux.

Pour toi, tout a commencé à Montpellier. Raconte nous tes premières années au centre de formation ?
Je suis arrivé au club en 1989 et j’y suis resté jusqu’en 1999. J’y ai passé dix années extraordinaires parce que l’ambiance était familiale. Montpellier, c’était les Louis Nicollin, Michel Mezy, Jean-Louis Gasset, Fleury Di Nallo, Mama Ouattara, tous les anciens de la Paillade. Il y avait un esprit club extraordinaire. Nous, on a grandi dans cet environnement. Les dirigeants étaient très, très proches des familles des jeunes. Beaucoup venaient des quartiers de Montpellier. Soit de la Paillade ou de l’Aiguelongue. Des quartiers qui se trouvent au pied du Stade de la Mosson.

« Quand mon père était au chômage, Louis Nicollin l’a embauché dans son entreprise. Après, on donnait tout sur le terrain car on savait que le président prenait soin des familles. C’était un grand Monsieur »

Quels étaient tes rapports avec Louis Nicollin ?
Je lui dois beaucoup. C’est lui qui est venu me chercher dans mon quartier de l’Aiguelongue avec Jean-Louis Gasset quand j’avais dix ans. Moi, le président, j’en garde un souvenir énorme. Quand mon père était au chômage, il l’a embauché dans son entreprise. Après, on donnait tout sur le terrain car on savait que le président prenait soin des familles. Cet homme a beaucoup fait pour ma famille et moi. Louis Nicollin était un très grand Monsieur.

Louis Nicollin était très cash. As-tu le souvenir d’une engueulade marquante ?
Avec moi, non pas forcément.Il y a cinq ou six ans, avec ma femme, nous avons pris un café avec lui au Mas. Il m’avait proposé de prendre la section féminine de Montpellier à l’époque. C’est la belle histoire car je lui avais répondu : « président, je veux rester avec les garçons ». Il m’avait répondu : « Et bien, tu m’emmerdes ! » (rires). Ma femme me dit encore aujourd’hui que j’aurais dû l’écouter à l’époque.

Tu as grandi à Montpellier. Quels anciens grands joueurs montpelliérains te faisaient rêver quand tu étais plus jeune ?
Moi, j’aimais beaucoup les Cantona, Gravelaine, Blanc, Ziober, Baills.

« J’étais en Espagne quand Gérard Houllier m’a appelé. Il m’a dit « prends l’avion tout de suite » »

Comment Liverpool est venu te chercher quand tu avais 19 ans ?
Après le championnat d’Europe, j’avais plusieurs propositions : le PSG, le Celta Vigo, le Barça et Liverpool. J’étais en Espagne d’ailleurs quand Gérard Houllier m’a appelé. Moi, j’étais fan du championnat anglais, car à l’époque je regardais les cassettes d’Eric Cantona. Gérard Houllier m’a convaincu et je ne le regrette pas car j’ai connu un grand, grand manager. J’ai vécu trois années extraordinaires à Liverpool. Mon premier enfant est né là-bas, j’y ai gagné trois titres.

Les négociations ont-elles été rapides ?
Ah oui, quand Gérard Houllier m’a appelé, il m’a dit : « prends l’avion tout de suite » (rires). Je l’ai retrouvé dans un hôtel à Roissy. Ça s’est fait rapidement car j’avais un grand manager en face de moi. Puis je ne pouvais pas refuser cinq ans de contrat à Liverpool, ce n’était pas possible.

Comment se passe l’intégration quand on est un jeune Français d’une vingtaine d’années qui arrive à Liverpool ?
A l’époque, je n’avais pas le recul d’aujourd’hui. Je ne me suis jamais posé de questions. Peut-être aussi parce que je suis tombé dans un grand club avec des bonnes personnes qui m’ont entouré. Je pense notamment à Jacques Crevoisier, Patrice Bergues ou Phil Thompson. Dès mes premières journées, j’ai tout de suite été mis dans le bain. Je devais m’adapter, parler anglais et m’intégrer dans une nouvelle culture. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir même si je suis arrivé dans un autre monde. Quand tu te retrouves dans le vestiaire avec des Michael Owen, Robbie Fowler, Steven Gerrard, Gary Mcllister, tu te dis « ouah ».

« Les joueurs les plus coriaces en Premier League ? Thierry Henry ou Dennis Bergkamp. Lui m’a beaucoup impressionné. Ce garçon avait un talent énorme sur le terrain et à cette époque-là, il était en feu »

Quels joueurs t’ont impressionné à tes débuts à Liverpool ?
J’ai été impressionné par la plupart des joueurs. Il y avait énormément de qualités à tous les postes. Que ce soit les (Markus) Babbel, Litmanen, Anelka, Carragher, Heskey, c’était énorme pendant mes trois saisons à Liverpool.

Quel a été le meilleur joueur que tu as côtoyé à Liverpool et l’adversaire qui t’a posé le plus de problèmes en Premier League ?
Pour les meilleurs joueurs, je dirais Steven Gerrard et Michael Owen. Quant aux adversaires coriaces, j’en ai eu plein en Premier League : Thierry Henry, Dennis Bergkamp. Lui m’a beaucoup impressionné. Ce garçon avait un talent énorme sur le terrain et à cette époque-là, il était en feu.

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Quelles étaient tes relations avec Gérard Houllier ?
Il était comme avec les Anglais. Si tu étais bon, tu jouais. Il t’apprenait à te responsabiliser et à devenir un homme tout de suite. Ç’a été une grande et belle aventure pour moi.


As-tu eu l’impression de prendre un risque en arrivant si jeune dans un vestiaire bourré de stars ?
Non, je n’ai pas pensé à ça. Je voyais seulement le côté positif du club de Liverpool et du football anglais. Ce n’est pas dans mon caractère de me poser des questions et de me retourner le cerveau.

« Chez les supporters de Liverpool, il y a un respect énorme et dans le même temps, ils sont proches de toi. Je n’ai jamais eu un seul problème avec un supporter de Liverpool. Jamais, jamais, jamais »

Sur quels plans du jeu as-tu progressé pour pouvoir jouer avec l’équipe première de Liverpool ?
Dans l’impact physique, la mentalité. Il fallait progresser dans tous les secteurs pour pouvoir jouer. Ça été un choc physique énorme de passer du championnat de France à la Premier League, notamment par rapport à l’intensité.

Raconte nous l’ambiance d’Anfield de l’intérieur ?
Ah c’est énorme. C’est un terrain à part dans le monde. Tant qu’on n’a pas porté ce maillot rouge, on ne peut pas comprendre. Ce club a une force impressionnante. Puis chez les supporters, il y a un respect énorme et dans le même temps, ils sont proches de toi. Je n’ai jamais eu un seul problème avec un supporter de Liverpool. Jamais, jamais, jamais. Sur le terrain, ils te poussent tellement. Il y a une immense culture de la gagne. C’est quand on part qu’on réalise la puissance de Liverpool.

Tu as joué 36 matches au total à Liverpool. Quels sont tes meilleurs souvenirs avec le maillot des Reds ?
Les matches de Champions League, les rencontres contre Everton, c’est tout en fait. Car, dès que tu joues un match avec Liverpool, c’est spécial. Que tu évolues à l’extérieur ou à la maison, c’est tout le temps plein. Je me souviens aussi que quand j’ai joué au Camp Nou, j’ai trouvé le terrain très, très grand. Pareil à Bernabeu (rires). Malheureusement, je n’ai jamais marqué avec Liverpool en match officiel. Il y avait tellement de talent devant que j’en avais pas besoin. Je me suis souviens aussi d’avoir offert une passe décisive. Mais je ne me souviens plus pour quel joueur (rires).

Quand Liverpool marque, quelles sont les sensations quand le public d’Anfield exulte ?
Quand je suis revenu à Liverpool pour la première fois, avec le maillot de Portsmouth, c’est là que je me suis rendu compte du rouleau compresseur que c’était. J’avais l’impression qu’on se prenait des vagues dans la gueule. Je n’avais pas la sensation d’être aussi fatigué que quand je jouais pour Liverpool. C’est fou mais c’est l’effet que ça m’avait fait.

Pourquoi as-tu été prêté à Bastia en 2003 ?
J’ai été victime d’une blessure au métatarse à l’époque. J’avais besoin de temps de jeu et Gérard Gili qui entraînait Bastia m’a proposé de venir. Ça s’est super bien passé. On avait fait une saison extraordinaire. J’en garde de superbes souvenirs parce qu’on était souvent dans les trois premiers lors de la saison 20002-2003. A l’époque, Guy Roux disait que j’étais le meilleur arrière latéral gauche du championnat. J’étais tombé dans un staff extraordinaire avec Christophe Galtier ou José Pasqualetti. Quant à l’équipe, il y avait Michael Essien, Sébastien Piocelle, Florian Maurice, Franck Sylvestre, Lilian Laslandes, Laurent Batlles, Demetrius Ferreira ou Frédéric Mendy. On avait une équipe fantastique. Michael Essien, j’étais très proche de lui et je voyais qu’il avait les qualités pour évoluer en Premier League.

Tu as ensuite été prêté au Stade Rennais…
J’ai été prêté trois mois à Rennes. Je savais que j’avais besoin de temps de jeu par rapport à l’équipe de France Espoirs. Je me souviens de la complémentarité entre Alexander Frei et Olivier Monterrubio. De très bons joueurs. Moi ce qui m’a le plus marqué à Rennes, c’est l’implication de la famille Pinault. Ce président a été récompensé en remportant la Coupe de France cette année. On sentait que cette personne aimait son club. Rennes est un très bon club français avec une très bonne mentalité et un excellent centre de formation.

« Aujourd’hui, la rivalité entre le Celtic et les Rangers est toujours palpable. Ça ne partira jamais. C’est magnifique à voir »

Liverpool t’a de nouveau prêté : à l’Espanyol Barcelone lors de la saison 2003-2004…
Je suis parti là-bas quand Luis Fernandez était sur le banc de l’Espanyol avec Jean-Louis Gasset. On a réussi à sauver le club de la relégation. Avant que Luis arrive, le club était dans une situation compliquée. Il y avait un gros chantier. Pour moi, ça été une superbe expérience de travailler avec Luis Fernandez et Jean-Louis Gasset, qui me connaissait depuis le centre de formation. Il y avait aussi des joueurs extraordinaires comme Raul Tamudo, Ivan De La Pena ou Jordi Cruyff. Je me suis régalé. Aujourd’hui, je suis toujours en contact avec Luis Fernandez, je l’apprécie énormément. Quand tu aimes le foot et que tu parles avec des passionnés, tu ne peux que t’entendre avec ces personnes.

Les observateurs disent beaucoup de bien de Jean-Louis Gasset. Comment est-il au quotidien ?
C’est un homme qui est né pour le football. Un passionné. Jean-Louis a acquis beaucoup, beaucoup d’expérience au cours de sa carrière. C’est un tacticien hors-norme. Quand il venait au centre de formation de Montpellier, il était tout le temps à nos côtés. Il a beaucoup compté pour moi. Il faut le connaître. Jean-Louis a un grand cœur. Il peut paraître réservé mais il faut creuser la carapace pour découvrir la personne.

En 2004-2005, tu as joué pour les Glasgow Rangers. Peux-tu décrire ce que tu as ressenti quand tu as joué le Old Firm contre le Celic Gasgow ?
Je ressentais énormément de pression au quotidien. Je me souviens d’une saison très épuisante physiquement et mentalement car c’est joué jusqu’à la dernière seconde du dernier match. Ç’a été un mano à mano toute l’année. Il faut être très, très fort mentalement quand tu joues dans un club comme ça. Quant au Old Firm, il y a une intensité énorme. Quand on a la chance de jouer des matches comme ça c’est extraordinaire. J’ai eu la chance de marquer là-bas l’année du titre. C’était énorme. Quand j’ai trouvé le chemin des filets, j’ai explosé tellement il y avait de pression. Aujourd’hui, la rivalité entre le Celtic et les Rangers est toujours palpable. Ça ne partira jamais. C’est magnifique à voir.

Tu as également joué à Lens. As-tu ressenti les mêmes codes qu’à Liverpool ou aux Glasgow Rangers ?
A Lens, les supporters aiment leur club. Il y a une grande attente de résultats. J’espère que le RC Lens remontera en L1 car il le mérite. Ç’a été mitigé pour moi là-bas, même si on a remporté le titre de Champion de L2 en 2009. Il y a eu des soucis internes au club. Souvent les supporters ne savent pas trop ce qui se passe à l’intérieur et pourquoi parfois certains joueurs réussissent ou ne réussissent pas. Moi, j’avais promis aux supporters lensois qu’on remonterait en L1 tout en baissant nos salaires à l’étage inférieur. J’avais dit au président Martel : « on va y arriver, ne vous inquiétez pas ». Et on l’a fait. Je suis content qu’on soit monté car j’avais donné ma parole aux supporters.

Propos recueillis par Clément Lemaître

Tu es fan de Lens ou des Glasgow Rangers ? Découvre cette interview de Daniel Cousin