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Revenu à Bratislava pour devenir avocat, Milos Glonek a toujours le cœur Malherbiste. L’ex-international slovaque suit toujours l’actualité du Stade Malherbe de très près et n’a rien oublié de son passage en Normandie entre 1994 et 2001. Interview 100% rouge et bleu avec l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire de Caen.


Milos Glonek, préfères-tu faire l’entretien en anglais ou en français ?
En Français. Je ne parle pas beaucoup Français en Slovaquie. De temps en temps, je suis en contact avec des personnes proches du Stade Malherbe Caen. Surtout Christian Goguillon. Il me donne toujours des nouvelles du club. Je continue de suivre les résultats de Malherbe. J’ai même regardé le match de Caen à Marseille (défaite 0-5) mais bon au bout de quelques minutes j’ai arrêté de regarder.


Que deviens-tu depuis la fin de ta carrière en 2001 ?
Maintenant je suis avocat. J’habite à Bratislava, la capitale slovaque. Avant ma carrière dans le foot, j’ai fait mes études en Slovaquie. Quand j’ai arrêté ma carrière en 2001, j’ai commencé à travailler avec quelqu’un qui avait fait ses études avec moi puis j’ai passé mes examens pour devenir avocat. Ça arrive souvent qu’on me parle de ma carrière de footballeur et parfois ça me facilite les choses car comme je fais du droit pénal, je suis souvent en contact avec la police ou les prisons. Les gens me reconnaissent aussi grâce au football.


Comment juges-tu le football slovaque actuel ?
Récemment, la Slovaquie a plutôt obtenu de bons résultats. Malheureusement la Slovaquie n’a pas eu de chance lors des qualifications à la Coupe du Monde 2018. Elle a fini deuxième et a manqué les barrages pour un point. J’ai regardé les derniers matchs de la Slovaquie et je pense que l’équipe joue bien. Le joueur le plus connu est Marek Hamsik. Il joue à Naples depuis longtemps et a beaucoup de qualités. Mais il y a aussi plein de bons jeunes comme Stanislas Lobotka qui joue en Espagne au Celta Vigo. Il fait partie de la jeune relève qui a atteint les quarts de finale des derniers championnats d’Europe des moins de 21 ans en Pologne.


Depuis la Slovaquie, continues-tu de suivre l’actualité du SM Caen ?
Ouais, ouais bien sûr. Je ne regarde pas tous les matchs mais je suis tous les résultats. Cette saison, les deux premiers matchs ont été compliqués mais après ils ont obtenu des bons résultats. C’est super pour un club qui a l’un des plus petits budgets de Ligue 1. Les dirigeants caennais font du bon travail. Je connais très bien Jean-François Fortin et le coach Patrice Garande. Il était déjà au club quand je jouais à Caen. Je suis le premier supporter de Caen en Slovaquie. Il y a aussi plein de gens qui connaissent le Stade Malherbe en Slovaquie. Récemment beaucoup de Slovaques m’ont dit « ton club fait de bons résultats, c’est pas mal ».


« Patrice Garande était déjà un mec bien, un mec droit et ça paye »


Que penses-tu de l’évolution de la carrière de Patrice Garande qui était entraîneur adjoint à Caen au milieu des années 90 ?
Quand il était adjoint, on voyait que c’était un ancien joueur qui connaissait bien le football. Patrice Garande était déjà un mec bien, un mec droit et ça paye.


Revenons à ton arrivée à Caen en 1994. Comment as-tu été recruté par le Stade Malherbe à l’époque ?
Avant de venir à Caen, je jouais en Italie à Ancône. A la fin de la saison 1993/94, je ne voulais pas prolonger mon contrat car nous étions descendus en Série B. Lors de la reprise de la saison 1994/95, j’étais sans club. Pendant deux mois, je n’ai pas joué. Mais en septembre 1994, j’ai participé au match éliminatoire pour l’Euro 1996, Slovaquie-France (0-0). Après cette rencontre, j’ai été contacté par Caen.


Comment s’est passée ton acclimatation à Caen ?
Franchement, ce n’était pas facile. Je ne connaissais pas du tout le club, la région, rien. C’était un grand changement pour moi. En Italie, il y avait souvent du soleil, et quand je suis arrivé en Normandie ce n’était pas pareil (rires). En plus, je ne parlais pas du tout Français à cette période-là. Cette époque a été compliquée. Au niveau du football, l’équipe ne jouait pas très, très bien quand je suis arrivé. En dehors, je passais beaucoup de temps avec Kennet Andersson. A la fin de la première saison, je ne voulais pas du tout rester.


Pourquoi es-tu resté à Caen alors que le club est descendu en Ligue 2 en 1995 ?
Le coach Pierre Mankowski ne m’a pas laissé partir. Après la fin de la saison 1994/95, il y a eu beaucoup de changements. Beaucoup de nouveaux joueurs comme Luc Borrelli, Pascal Vahirua ou Raph’ Guerreiro sont arrivés. Avec ces mecs extraordinaires, j’ai passé une année extraordinaire. On se voyait en dehors du football avec nos femmes et nos familles. Quand Franck Priou est arrivé à Caen, je me souviens avoir pris un verre à l’extérieur avec lui et Stéphane Lièvre. A l’époque, j’habitais en centre-ville et j’avais des copains en dehors du football. J’allais souvent au bar Why Not. Nous allions aussi parfois au Dakota.


« Je n’ai que des bons souvenirs des supporters de Caen »


La saison 1995/96 a été très positive sur le plan footballistique avec une montée en Ligue 1 et un titre de champion de Ligue 2 devant Marseille…
Oui, on avait fini premiers. On s’entendait tellement bien que cela se ressentait sur le terrain. On a donc obtenu des bons résultats et c’était vraiment super. Après avoir joué en Italie, le football était un peu plus facile pour moi. Au début des années 90, la Série A, c’était dur. A l’époque en Italie, il y avait des grands joueurs dans pratiquement toutes les équipes du championnat. Lors de la saison où Ancône est descendue, des joueurs comme Gheorghe Hagi, Stefan Effenberg ou Dunga sont aussi descendus en Série B avec leurs clubs (ndlr : ex Brescia, Fiorentina et Pescara). Cela prouve à quel point c’était dur.


Pendant tes années caennaises, quels joueurs t’ont le plus impressionné ?
Pour moi, c’était Luc Borrelli. C’était un grand Monsieur sur et en dehors du terrain.


Quelle était ta relation avec les supporters de Caen ?

Les supporters de Caen sont vraiment supers. Ils ne sont jamais méchants et sont toujours fidèles même quand les résultats sont moins positifs. Je n’ai que des bons souvenirs.


Tu as assisté aux débuts de William Gallas dans le foot professionnel. Que pensais-tu de lui à l’époque ?

Il était très jeune. Il a joué davantage lors de la saison 1996/97 en Ligue 1. Cette année-là, je jouais en défense centrale avec Stéphane Moreau. Je me souviens très bien de William Gallas à l’époque. Il avait encore beaucoup de choses à apprendre. Je me rappelle de l’entraîneur Guy David qui me disait « Lui, ce sera un grand joueur ». Il a eu raison car William Gallas a fait une grande carrière.


« Pascal Théault est un Malherbiste typique. Il a tout fait pour le football à Malherbe. Tactiquement, il a beaucoup fait progresser l’équipe »


Comment as-tu vécu la saison 1996/97 en Ligue 1 où Caen, dix-septième, est descendu car le championnat de France passait à dix-huit clubs ?
Même s’il nous a manqué des points, on ne jouait pas si mal que ça. On a souvent perdu 1-0 ou fait des matchs nuls. Moi je me suis blessé pendant l’hiver, je n’ai pas fini la saison. Je n’ai pas de bons souvenirs de cette fin de saison 1996/97.


Pourquoi quittes-tu Caen à la fin de la saison 1996/97 ?
Je ne voulais pas jouer en deuxième division et c’est pour cette raison que je suis reparti à Bratislava en 1997. J’étais encore blessé en fin de saison, la situation n’était pas facile pour moi. J’ai été victime d’une rupture du tendon d’Achille et j’ai recommencé à jouer au mois d’août. Finalement ma saison en Slovaquie n’a pas été extraordinaire. L’équipe n’était pas très, très bien. Ce n’était pas un bon choix, c’était une saison à oublier.


Comment se passe ton retour à Caen un an plus tard, en 1998 ?
Daniel Jeandupeux, qui était devenu directeur sportif de Caen, est venu me voir en Slovaquie. Il m’a proposé de revenir à Caen et m’a présenté la nouvelle équipe. Cette équipe avait changé par rapport à ma dernière saison. J’avais passé de belles années à Caen et c’est pour cela que j’ai accepté de revenir en 1998. J’étais content de rentrer à Caen, j’avais de bonnes relations avec les joueurs, les dirigeants et le coach Pascal Théault qui était devenu entraîneur numéro un. C’est un Malherbiste typique. Il a tout fait pour le football à Malherbe. Tactiquement, il a beaucoup fait progresser l’équipe. Il a lancé plein de jeunes comme Bernard Mendy ou Jérôme Rothen qui ont fait une belle carrière ensuite. Il y avait aussi Johan Gallon, Grégory Tafforeau ou Anthony Deroin. Je savais qu’ils allaient faire carrière dans le foot, ils avaient beaucoup de qualités. Lors des saisons 1998/99 et 1999/2000, il nous manquait pas grand chose pour monter en première division.


Le Stade Malherbe Caen avait le projet de remonter en Ligue 1 lors de la saison 2000/01 mais finalement cette saison a été très difficile et le club s’est sauvé de justesse en Ligue 2. Comment as-tu vécu ta dernière saison à Caen ?
Personnellement et collectivement, la saison avait été difficile. Lors de la deuxième partie de saison, je n’étais pas très bien avec le coach Jean-Louis Gasset. A la fin, je ne jouais plus. Je n’ai pas compris, mais le coach a fait ses choix, je ne pouvais rien changer. En 2001, j’étais en fin de contrat et je n’ai pas été prolongé car lors des quatre derniers mois, je n’ai pas joué un match. Du coup, j’ai complètement arrêté le football.


« Je suis toujours Malherbiste »


Tu as aussi joué deux saisons à Ancône. Que retiens-tu de ton passage en Italie ? Quels joueurs, quelles équipes t’ont impressionné ?

(Rires) Beaucoup de joueurs m’ont marqué. Pour moi le plus fort c’était Marco Van Basten. Je trouvais que c’était un joueur extraordinaire. Il y avait aussi beaucoup d’autres excellents joueurs comme Ruud Gullit. J’ai joué la finale de la Coupe d’Italie en 1994. En championnat, on ne jouait pas très, très bien mais on a réussi à se hisser en finale. A l’époque, la finale se jouait en match aller-retour. A l’aller, on avait fait un bon match nul chez nous (0-0) mais au match retour on a perdu 6-1. Il y avait des grands joueurs à l’époque à la Sampdoria Gênes comme Roberto Mancini ou Attilio Lombardo. Ce parcours reste cependant un grand souvenir.


Quelle est l’équipe-type « caennaise » de la carrière de Milos Glonek ?
Ah ce n’est pas facile. Je ne veux oublier personne. Mais je pourrais citer Luc Borrelli bien sûr. Mais aussi Pascal Vahirua, Raphaël Guerreiro, Jean-François Péron. J’ai apprécié tellement de joueurs à Caen…


Souhaites-tu ajouter quelque chose ?
Je souhaite passer le bonjour à tout le monde à Caen. Je suis toujours Malherbiste. Ça me fait très plaisir quand quelqu’un me parle de Malherbe. Je ne souhaite que de bonnes choses au Stade Malherbe Caen. Quant aux supporters, j’ai juste envie de leur dire merci pour tout ce qu’ils ont fait quand je jouais à Caen. J’ai aussi envie de leur dire : « vous êtes superbes, restez comme vous êtes ».


Propos recueillis par Clément Lemaître