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« J’ai passé six ans magnifiques en France. Ç’a été un plaisir de jouer pour l’OM et Nancy ». Aujourd’hui consultant pour les médias anglais, Tony Cascarino n’a rien oublié de ses belles années en France : à Marseille qu’il a bien aidé à faire remonter en Ligue 1 en 1996 et à Nancy où il a été très fortement marqué par la rigueur de Laszlo Bölöni. L’ex-attaquant international irlandais n’oublie pas de glisser quelques anecdotes savoureuses sur Bernard Tapie, les supporters marseillais, Jacques Rousselot, Laurent Moracchini mais aussi une tacle glissé à l’attention de Gérard Gili, l’ex-entraîneur de l’OM. TonyGoal remonte le temps dans une magnifique interview.

 

Tony Cascarino, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel en 2000 ?
Lors des dix-huit dernières années, j’ai surtout travaillé dans le monde des médias que ce soit pour la presse écrite, la radio ou la télévision en Angleterre. Je suis également ambassadeur pour plusieurs entreprises. J’étais content lorsque j’ai arrêté de jouer au foot. Ma nouvelle vie professionnelle est fantastique.

 

Continues-tu de suivre l’actualité de l’Olympique de Marseille?
Oui je suis l’OM et je sais que le club vit une saison difficile. Marseille est un club particulier. Le dicton « Droit au but » n’a malheureusement rien à voir avec ce que propose l’équipe actuelle. Aujourd’hui, l’OM propose un jeu très tactique. J’ai regardé le match Rennes-Marseille (1-1) il y a deux semaines et je me suis sérieusement ennuyé (rires). Mon fils qui habite à Tahiti aujourd’hui me dit souvent : « Papa, Marseille est si mauvais maintenant ». Il me dit aussi que j’ai un accent terrible quand je parle français (rires).

 

Quel joueur de l’OM aurait sa place aujourd’hui dans une équipe de Premier League ?
C’est très difficile de connaître le réel niveau de la Ligue 1 aujourd’hui car Paris domine tellement le championnat. Quasiment aucun jeune français de talent ne joue en Ligue 1. Jordan Amavi était juste correct quand il évoluait Aston Villa. Florian Thauvin qui enchaîne les buts avec l’OM n’a jamais réussi à s’imposer à Newcastle. Pareil pour Steve Mandanda avec Crystal Palace. Marseille n’a pas de top joueur. Pour cela, tu dois revenir à l’époque de Samir Nasri.

 

« J’ai été surpris que Marseille prenne Mario Balotelli. J’espère qu’il sera bon mais je crains qu’il ne soit plus performant après six mois »

Penses-tu que Marseille a eu raison d’engager Mario Balotelli ?
C’est un joueur brillant sur le plan technique. Le problème avec lui, c’est qu’il est plus souvent dans les dernières pages du journal pour ses frasques. Sa carrière est décevante au vu de son potentiel. J’ai été surpris que Marseille le prenne. J’espère qu’il sera bon mais je crains qu’il ne soit plus performant après six mois.

 

Suis-tu l’AS Nancy-Lorraine qui se bat pour sauver sa place en Ligue 2 cette saison ?
C’est triste. Nancy a été un club vraiment spécial pour moi. J’ai fait de bonnes choses pour l’ASNL. Je sais que le club vit une période très difficile. A moins qu’il y ait bientôt une nouvelle génération de jeunes talentueux, je ne les vois pas encore remonter en Ligue 1 malheureusement.

 

Sur les forums de supporters nancéiens, tu es considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de l’AS Nancy-Lorraine…
Quand je suis parti de l’OM à l’automne 1996, ç’a été un grand changement pour moi. J’ai quitté Marseille en flip flop. Lorsque je suis arrivé à Nancy, il y avait un mètre de neige (rires). J’ai connu le froid irlandais mais parfois c’était pire à Nancy. J’ai eu de superbes rapports avec les supporters nancéiens, le président Jacques Rousselot est un homme fantastique. J’ai rencontré des joueurs très attachants. C’était un sacré challenge pour moi de réussir à Nancy. J’avais 33 ans. Pourtant j’ai vécu trois saisons et demi magnifiques.

 

« Un jour, après une défaite à l’extérieur, les leaders des Yankees et des Winners sont montés dans notre bus. Ils nous ont rappelé ce qu’ils attendaient pour les prochains matchs et qu’il fallait mériter de porter le maillot de Marseille. Ils voulaient que les joueurs jouent avec la même passion qu’eux »

Revenons en 1994. Comment Marseille t’a sollicité à l’époque ?
J’étais à la Coupe du Monde aux Etats-Unis avec l’Irlande et j’étais blessé. J’étais libre après une saison passée avec Chelsea. Trois clubs anglais et Marseille étaient intéressés. Quand j’ai su que l’OM, où était passé Jean-Pierre Papin et qui avait remporté la Ligue des Champions un an auparavant, voulait me faire venir, ma décision a vite été prise. Ensuite, j’ai été à Paris pour rencontrer Bernard Tapie. « Chris Waddle et Glenn Hoddle ont été fantastiques » m’a-t-il d’abord dit avec le pouce levé. « Je veux que tu sois comme eux, pas comme Mark Hateley, l’ex-attaquant de Monaco » a-t-il ajouté avec le pouce tourné vers le bas. Puis, le jour où j’ai signé mon contrat, j’ai croisé Rudi Voller dans le bureau. Je lui ai dit « good bye, je serai le nouveau numéro 9 de Marseille » (rires).

 

Le fait que Marseille soit en Ligue 2 ne t’a pas fait hésiter avant de signer ?
Non, parce que j’avais très envie de tenter une expérience à l’étranger. Marseille était quand même l’un des meilleurs clubs d’Europe à cette période. Je me suis dit qu’il allait rapidement remonter. J’avais 31 ans, c’était un challenge excitant pour moi. Je n’ai pas signé à l’Olympique de Marseille parce que Chris Waddle y avait brillé auparavant mais parce que c’était l’OM tout simplement. Marseille était ma priorité. La famille de mon père est originaire d’Italie, non loin de Naples. Marseille m’a fait penser à Naples. Dans les deux villes, les gens vivent à fond pour leur équipe de football. C’est incroyable. J’ai vraiment aimé cette passion.

 

Quels souvenirs gardes-tu de l’ambiance du Vélodrome ?
Fantastique. J’ai adoré. C’était plaisant de voir des drapeaux irlandais. Un jour, on est revenu d’un match à l’extérieur. Les leaders des Yankees et des Winners sont montés dans notre bus car ils étaient mécontents de la défaite de l’OM. Ils nous ont rappelé ce qu’ils attendaient pour les prochains matchs et qu’il fallait mériter de porter le maillot de Marseille. Ils voulaient que les joueurs jouent avec la même passion qu’eux. Parfois, les supporters marseillais venaient à la Commanderie pour rencontrer directement les joueurs à la sortie de l’entraînement. Je n’avais jamais vu ça en Angleterre.

 

« Je jouais avec trois kilos de moins par rapport à mes précédentes saisons en Angleterre. Ç’a fait une différence énorme. Tout était réuni pour que je réussisse à l’OM »

Quand tu es arrivé à Marseille, l’OM venait d’être relégué en Ligue 2 à cause de l’affaire VA/OM. Quel était l’atmosphère au sein du club ?
Malgré la relégation, les joueurs sont restés très professionnels. Notamment ceux qui avaient remporté la C1 un an auparavant comme Bernard Casoni, Jean-Philippe Durand, Jean-Marc Ferreri, Fabien Barthez, un gardien de but de caractère. Il avait un grand appétit pour le football. Toute l’équipe était excitée à l’idée de faire remonter l’OM au plus vite. Quand je suis arrivé, j’ai senti que le club me voulait vraiment. J’ai été très bien intégré et j’ai rapidement marqué des buts.

 

Quelles étaient tes relations avec Bernard Tapie ?
Je n’ai jamais joué pour un président aussi fou. Un jour, avant le match de Coupe d’Europe contre l’Olympiakos à domicile (3-0, 32eme de finale de Ligue Europa, saison 1994/95), Bernard Tapie m’a vu discuter avec un homme dont il ignorait l’identité. En première mi-temps, j’ai manqué deux grosses occasions. Il m’a rapidement interpellé en rentrant aux vestiaires : « Combien ce gars t’a payé pour manquer ces deux occasions ? ». Je lui ai répondu en rigolant : « il ne m’a rien donné, c’était un journaliste anglais ». Face à l’Olympiakos, j’ai marqué deux buts et l’ambiance au Vélodrome était vraiment incroyable. Je n’avais jamais connu ça avant.

 

Tu as été très efficace pendant tes deux saisons de Ligue 2 avec l’OM : 31 buts en 1994/95 et 30 buts en 1995/96…
En arrivant à Marseille, je voulais prouver que j’avais fait le bon choix. Je suis arrivé dans de très bonnes conditions physiques. Je jouais avec trois kilos de moins par rapport à mes précédentes saisons en Angleterre. Ç’a fait une différence énorme. Tout était réuni pour que je réussisse à l’OM. J’avais aussi de très bons partenaires en attaque comme Marc Libbra ou Jean-Marc Ferreri qui était un joueur très expérimenté à l’époque. Il y avait aussi Nino (Bernard) Ferrer, Jean-Philippe Durand ou Marcel Dib.

 

« De 16 à 19 ans, j’ai été maçon dans une entreprise de bâtiment à Londres. Puis ma vie a complètement changé. Pour moi le foot, c’était des vacances. C’est une chance incroyable quand ton boulot est d’aller jouer au football tous les jours »

Comment as-tu réagi à l’été 1996, suite à l’accession en L1, lorsque l’OM a recruté plusieurs joueurs à vocation offensive comme Xavier Gravelaine ou Reynald Pedros ?
Ça arrive toujours dans les grands clubs. Je n’ai juste pas aimé la façon dont j’ai été traité par Gérard Gili. Je pense qu’il voulait que je quitte l’OM le plus rapidement possible. D’ailleurs, il aurait dit, en début de saison, que je n’allais marquer aucun but en Ligue 1. Pendant l’intersaison, j’ai subi une opération d’un genou et ensuite on ne m’a pas donné l’opportunité d’enchaîner les matchs. Mon genou me faisait encore souffrir. J’avais besoin de plus de temps.

 

Pourquoi as-tu rejoint Nancy en novembre 1996 ?
J’étais trop souvent remplaçant avec Marseille. Je n’avais pas envie de m’asseoir sur un banc et encaisser l’argent. Non, je voulais jouer au foot. Après, ç’a été très dur pour moi de quitter Marseille. Heureusement, j’ai adoré jouer sous les ordres de Laszlo Bölöni à Nancy même si c’était très difficile parfois. Mais j’en avais besoin. Quand je suis arrivé à l’âge de 34 ans à Nancy, il m’a dit : « je te promets que tu joueras avec moi pendant quatre ans ». Cela m’a bien fait rigoler au départ. Mais lors de ma première semaine d’entraînement avec lui, j’ai compris qu’il avait raison. Au final, j’ai joué trois ans et demi à Nancy et je peux remercier Laszlo Bölöni.

 

Eric Rabesandratana (son interview à lire juste ici), que tu as côtoyé six mois lors de ta première saison à Nancy, disait que tu étais très humble et que tu avais amené ton esprit de combattant à l’ASNL…
J’ai toujours tout donné sur le terrain, que ce soit à l’entraînement ou en match. C’est une chance d’être footballeur professionnel. De 16 à 19 ans, j’ai été maçon dans une entreprise de bâtiment à Londres. Puis ma vie a complètement changé. Pour moi le foot, c’était des vacances. C’est une chance incroyable quand ton boulot est d’aller jouer au football tous les jours. J’ai vraiment aimé faire ce métier. Quand j’entends des jeunes joueurs se plaindre parce que l’entraîneur est trop dur ou qu’ils n’apprécient pas les horaires d’entraînement, je leur dis tout le temps : « tu es trop chanceux d’être footballeur. Tu n’as qu’un truc à faire : savoure ce moment car la carrière passe trop vite ».

 

« J’ai adoré jouer avec Laurent Moracchini. il se battait énormément sur le terrain. Il aurait dû naître en Irlande. Il me répétait souvent qu’il aimait Roy Keane »

Quelques jours après tes débuts à Nancy, tu as marqué un triplé au Havre (3-1, 27eme journée de Ligue 1). Est-ce que tu te souviens de ce match ?
Oui bien sûr. Quel match ! C’est mon meilleur souvenir à Nancy. Après la rencontre, les joueurs nancéiens m’ont demandé de pousser auprès de Jacques Rousselot pour qu’il nous offre la double-prime. Il avait dit oui (rires). Parallèlement, les joueurs de l’OM m’avaient raconté que Gérard Gili avait fait une drôle de tête lorsqu’il avait su que j’avais marqué un triplé. Le président Jean-Michel Roussier, qui ne voulait pas que je parte, avait mal réagi apparemment (rires). Finalement, il a viré Gérard Gili à la fin de la saison suite à une défaite 8-0 à Lyon.

 

Quels sont les meilleurs joueurs que tu as côtoyés à Nancy ?
Laurent Moracchini. J’ai adoré jouer avec lui, il se battait énormément sur le terrain. Il aurait dû naître en Irlande. Il me répétait souvent qu’il aimait Roy Keane (rires). Il y avait aussi Wilson Oruma, Stéphane Capiaux, Sébastien Schemmel qui a percé ensuite à West Ham. Après, quels sont les meilleurs joueurs que j’ai affrontés en L1 ? Laurent Blanc. Il était tellement calme. Il ne paniquait jamais. Pour Laurent Blanc, le football était facile. Pour les gardiens de but, je dirais Lionel Letizi.

 

Pourquoi as-tu signé pour le Red Star (alors en National) en 2000 ?
En 2000, lorsque Nancy a été relégué en Ligue 2, je me suis dit : « c’est bon j’arrête ». J’étais tellement déçu de cette relégation. Finalement, j’ai été convaincu par le Red Star pour jouer un an de plus. Le club m’offrait pas mal d’argent. Mais c’était une mauvaise décision. Après six semaines de coupure pendant l’été, je n’avais plus envie de jouer. Après un match, j’ai annoncé que j’arrêtais. Ç’a été une situation malheureusement compliqué pour le Red Star.

 

Propos recueillis par Clément Lemaître

 

Tu es fan de l’OM ? Découvre cette interview de Mickaël Pagis