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L’ex-arrière latéral emblématique de l’En Avant Guingamp, également passé par le PSG, Lens, Nantes et Lecce, refait le film de sa carrière pour Foot d’Avant. Aujourd’hui entraîneur de Lamballe en Régionale 1, Nicolas Laspalles n’a pas oublié ses plus beaux moments de footballeur. Interview passionnante avec un passionné.


Nicolas Laspalles, que deviens-tu depuis la fin de ta carrière de joueur de football professionnel ?
J’ai arrêté à l’issue de la saison 2003/04 avec Guingamp. Dès la saison suivante, j’ai été éducateur à l’EAG chez les U12-U13. Plus tard, j’ai basculé chez les U14-U15. J’ai passé dix ans au sein de ces deux catégories. Puis, je me suis occupé de la post-formation des U16-U17 pendant quatre ans. L’été dernier, j’ai quitté l’En Avant Guingamp pour entraîner les seniors du Lamballe FC qui sont en Régionale 1. Je suis très content d’avoir intégré ce nouveau projet et de travailler dans le monde amateur.


Quand tu étais plus jeune, quel joueur et quelle équipe te faisaient rêver ?
J’ai toujours beaucoup aimé Manchester United. J’aimais l’état d’esprit du club et Eric Cantona. Le football anglais m’attire énormément.. Aujourd’hui, je suis toujours de près les résultats de Manchester United.


Comment es-tu devenu footballeur professionnel ?
Je suis né à Montargis et mes parents ont déménagé à Guingamp quand j’avais un an. J’ai fait toutes mes classes chez les jeunes de l’En Avant Guingamp. Je n’étais pas prédestiné à devenir joueur de football professionnel. Avec du travail, de la persévérance et de la chance, qui doit être provoquée, j’ai réussi à percer. Yvon Schmitt, l’entraîneur qui s’occupait de moi à la formation, a été promu sur le banc de l’équipe première et m’a fait confiance.


Quels sont tes premiers souvenirs au stade à Guingamp ?
J’allais au stade Yves-Jaguin supporter l’En Avant Guingamp, le stade où jouait le club avant de partir au Roudourou. J’habitais à 200 mètres du stade donc c’était plus facile pour venir voir des matchs. Je me souviens de la rencontre face au Matra Racing de Maxime Bossis en 1985.


« Grâce à Francis Smerecki, plein de jeunes joueurs formés et lancés par l’En Avant Guingamp en National ont réussi une grande carrière »


Comment l’En Avant Guingamp était structuré à la fin des années 80-début des années 90 ?
Quand j’ai commencé à jouer avec l’équipe première de l’En Avant Guingamp, le Roudourou venait d’être construit. Il y avait deux tribunes et des marches derrière chaque but. On s’entraînait sur le terrain en herbe à côté du stade. Quand les intempéries ne nous permettaient pas de nous entraîner, on allait à Ploufragan. Le club de Guingamp n’était pas aussi riche que maintenant et n’avait pas les moyens d’investir dans les infrastructures.


Quand tu as intégré l’équipe première de Guingamp, comment était la vie de groupe ?
J’ai joué ma première saison en Ligue 2 lors de la saison 1992/93. A l’époque, il y avait encore deux groupes. Pour intégrer la Ligue 2 à un seul groupe, il fallait terminer dans les dix premiers. Guingamp est descendu en National à l’issue de cette saison. C’est à ce moment que la première épopée a débuté avec un groupe composé de plein de jeunes formés au club encadrés par quelques joueurs expérimentés. Il y avait une superbe ambiance. Pour le club c’était historique de monter en Ligue 1 en 1995.


Au début de votre épopée, il y avait quelques joueurs qui sont devenus emblématiques à Guingamp: Lionel Rouxel, Stéphane Carnot, Stéphane Guivarc’h…
Lionel Rouxel a fait partie de cette belle épopée. C’était un grand attaquant qui formait un superbe duo avec Stéphane Guivarc’h. Mais aussi un joueur du coin. Il a permis au club d’évoluer. Quant à Stéphane Carnot, nous jouions déjà ensemble chez les minimes (U15). Un joueur avec un superbe pied droit et un magnifique état d’esprit. Enfin, Stéphane Guivarc’h a effectué toutes ses classes à Guingamp et a ensuite fait beaucoup pour le club. Je me souviens de quelqu’un de droit avec un fort caractère. La superbe mentalité qui régnait dans le groupe à l’époque nous a permis de franchir les paliers chaque saison.


Quels souvenirs gardes-tu de Francis Smerecki, l’ex-entraîneur emblématique de Guingamp ?
J’avais beaucoup d’estime pour Francis Smerecki. Il a beaucoup apporté pour la structuration de l’En Avant Guingamp. Il nous a fait profiter de son expérience d’homme et d’entraîneur. Grâce à lui, plein de jeunes joueurs formés et lancés par l’En Avant Guingamp en National ont réussi une grande carrière par la suite.


« Voir Guingamp en Ligue 1 encore aujourd’hui, personne ne misait dessus il y a 25 ans »


En 1996, Guingamp a marqué les esprits en remportant la Coupe Intertoto après un très beau parcours…
C’est un excellent souvenir. C’était génial d’en arriver là avec plein de joueurs formés au club avec lesquels je jouais en National deux ans plus tôt. Je pense que notre génération a beaucoup apporté au développement du club de Guingamp. On a eu un rôle pour faire connaître Guingamp en France. Voir ce club en Ligue 1 encore aujourd’hui, personne ne misait dessus il y a 25 ans.


Le sommet de cette génération reste ce match de 32emes de finale de Ligue Europa perdu par Guingamp face à l’Inter Milan (0-3 au Roudourou et 1-1 à San Siro)…
Malgré le score, je me souviens que Guingamp a fait un super match à l’aller. Comme on dit toujours : « dominer n’est pas gagner ». Mais avec des joueurs comme Youri Djorkaeff ou Ivan Zamorano, l’Inter Milan a marqué sur ses trois occasions. Mais voir ce club de 7000 habitants jouer contre l’Inter Milan en Coupe d’Europe, ça reste gravé dans les esprits.


Guingamp a perdu la finale de la Coupe de France 1997 face à Nice (1-1 ap, défaite aux tirs au but). Tu as marqué l’unique but guingampais. Que retiens-tu de cette finale aujourd’hui : ton but ou la déception d’avoir perdu au Parc des Princes ?
On retient toujours le vainqueur, donc cette défaite a été difficile à encaisser. Moi personnellement, ce qui m’a le plus marqué, c’est l’engouement que cette finale a engendrée à Guingamp. J’ai été marqué de voir tous ces cars et ces trains remplis de Bretons se diriger vers Paris. En plus, c’était la dernière finale de Coupe de France au Parc des Princes. Ces souvenirs-là sont inoubliables.


Pourquoi as-tu signé au PSG en 1998 ?
En 1998, j’avais beaucoup de clubs qui voulaient me recruter. J’aurais pu signer en Angleterre, en Italie ou en France. Mais Paris, c’est le club de la capitale, donc un grand club. Pour moi, le PSG était une belle opportunité pour franchir un nouveau palier. Aujourd’hui, je ne regrette pas mon choix. C’était une belle expérience.


« Mon but avec Lens face au PSG m’a redonné du peps pour la suite de ma carrière »

 

Comment as-tu digéré le fait de passer d’un club familial au PSG ?
L’année de mon arrivée, j’ai eu la chance de voir plein de nouveaux joueurs débarquer comme Nicolas Ouedec, Bruno Carotti ou Mickaël Madar. Il y avait un bon groupe. Des mecs sympathiques. J’ai été bien accueilli. Mais c’est vrai que je suis passé d’un club L à XXL. La différence par rapport à la médiatisation était énorme. Il y avait des journalistes de télévision pratiquement tous les jours. Mais aussi par rapport à l’ambiance du Parc des Princes avec tous ces fumigènes. Avec les kops Boulogne et Auteuil, l’ambiance était exceptionnelle. A Paris, j’ai aussi côtoyé Charles Bietry en tant que président. Quelqu’un de très humain.


Entre Alain Giresse, Artur Jorge ou Philippe Bergeroo, quel entraîneur du PSG as-tu préféré ?
Sur le plan humain, Alain Giresse est exceptionnel. Philippe Bergeroo aussi. Artur Jorge, c’était un peu plus différent. Il était plus distant avec les joueurs. Ça me convenait moins. J’aimais bien être proche de mes entraîneurs.


Ton aventure n’a pas très bien démarré au PSG car après six mois, tu as été prêté à Lens…
Je me suis blessé rapidement. Après, il y a eu un nouvel entraîneur qui est arrivé (ndlr : Artur Jorge a remplacé Alain Giresse). C’était plus compliqué. Gervais Martel m’a appelé pour suppléer un joueur qui s’était blessé. J’ai été prêté 6 mois avec option d’achat de janvier à juin 1999. J’ai retrouvé ce que j’avais à Guingamp : un président humain, un club familial avec une génération de joueurs formés au club. A l’été 1999, Eric Sikora devait signer à Liverpool donc le RC Lens voulait m’acheter. Mais finalement, il est resté. Du coup, je suis reparti à Paris. En 1999/00, j’ai effectué une saison correcte et le PSG a terminé deuxième de Ligue 1. Le club avait retrouvé de la stabilité grâce à Philippe Bergeroo.


Avec Lens, tu as marqué un seul et unique but : c’était lors de Lens-PSG le 13 février 1999…
Je m’en souviens. Je ne sais plus quel joueur lensois fait une tête suite à un coup de pied arrêté, le ballon revient sur moi et je réalise une demi-volée synonyme de but vainqueur pour Lens (2-1) à la 84eme minute. On avait joué sur un terrain gelé et pourri de chez pourri. Quasiment impraticable. On a joué quand même car il y avait 45 000 supporters déjà arrivés à Bollaert. Le fait de ne pas avoir beaucoup joué avec le PSG avait provoqué de la frustration donc j’étais heureux de marquer. J’ai eu des frissons quand j’ai entendu la clameur du stade Bollaert sur mon but. Il m’a redonné du peps pour la suite de ma carrière.


« Voir tous ces supporters nantais fêter le titre de Champion de France sur le terrain de la Beaujoire restera gravé à vie »


Pourquoi as-tu choisi de rejoindre Nantes en 2000 ?
J’ai eu un contact avec Nantes par l’intermédiaire de Raynald Denoueix. Il m’a appelé pour me dire qu’il me suivait depuis plusieurs années et qu’il souhaitait me faire venir à Nantes. Son discours m’a plu. A Nantes, j’ai encore retrouvé ce que j’avais connu à Guingamp avec des joueurs formés au club : Mickaël Landreau, Nicolas Gillet, Salomon Olembe, Mathieu Berson, Marama Vahirua. Dans l’effectif, il y avait environ 15 joueurs formés au club. A Nantes, j’ai vécu deux ans et demi de bonheur. Après le limogeage de Raynald Denoueix, Angel Marcos est arrivé sur le banc nantais et je n’ai pas du tout adhéré à son projet, ni à son discours.


Pierre-Yves André
expliquait sur Foot d’Avant qu’il était difficile de se faire au jeu à la Nantaise quand on venait de l’extérieur. Comment ça s’est passé pour toi ?
Au début ça n’a pas été facile car il y avait une ligne directrice au niveau du jeu qui était appliquée chez les pros et chez les jeunes. Grâce aux entraînements et aux nombreuses conversations que j’ai eues avec Raynald Denoueix, j’ai réussi m’intégrer. Peut-être que le poste d’arrière latéral était le plus simple pour se faire au jeu à la nantaise. Au bout de deux mois, j’ai retrouvé un bon niveau physique et à partir de là, tout s’est enclenché pour moi. C’était un rêve éveillé de jouer avec Raynald Denoueix. On pouvait jouer les yeux fermés, chacun devinait les courses de ses partenaires et des attaquants. Tout était millimétré avec plein de mouvements. On avait même gagné 5-2 à Monaco. Il faut se rendre compte : 5-2 à Monaco. C’était un truc de fou.


Le courant est tout de suite passé entre toi et Raynald Denoueix…
Ah ouais. Quand un entraîneur vit football et dort football, le joueur ne peut qu’adhérer. Nantes s’était sauvé lors de la dernière journée au Havre (1-0) avant mon arrivée (ndlr : saison 1999/00). On repart avec pratiquement la même équipe et on finit champion. C’est ce qui fait la beauté de ce sport.


Quand Nantes a battu Saint-Étienne (1-0) à la Beaujoire en mai 2001, qu’est-ce que tu as ressenti quand l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre synonyme de titre de champion de France ?
Quelle émotion ! Nantes avait 4 points d’avance à deux journées de la fin. On clôturait le championnat à Lens et Lyon nous mettait la pression. Un point nous suffisait face à Saint-Étienne. Ce soir-là, nous sommes restés fidèles à notre style de jeu même s’il y avait un peu de stress parfois. A quelques minutes de la fin, je voyais les supporters nantais se rapprocher du terrain et attendre le coup de sifflet de l’arbitre pour nous courir après. Voir tous ces supporters fêter le titre sur le terrain de la Beaujoire restera gravé à vie.


« Je me souviendrai toujours de cette causerie de Raynald Denoueix lors d’un déplacement à Rennes (victoire 2-0) en mars 2001. Il nous a interrogés un par un : « tu veux être champion ? Oui. Toi, tu veux être champion ? Oui. Toi aussi tu veux être champion ? Oui, etc… ». Après avoir posé la question à tout le monde, Raynald Denoueix a dit : « ok, on va chercher le titre alors ». C’est un souvenir fort »


A quel moment de cette saison 2000/01 avez-vous réalisé que Nantes pouvait être champion ?
On débute mal le championnat et à l’issue des matchs aller, Nantes est deuxième. Puis au mois de mars, je me souviendrai toujours de cette causerie de Raynald Denoueix lors d’un déplacement à Rennes (victoire 2-0). Il nous a interrogés un par un : « tu veux être champion ? Oui. Toi, tu veux être champion ? Oui. Toi aussi tu veux être champion ? Oui, etc… » Après avoir posé la question à tout le monde, Raynald Denoueix a dit : « ok, on va chercher le titre alors ». C’est un souvenir fort.


Avec le FC Nantes, tu as aussi participé à la Ligue des Champions…
C’était exceptionnel d’avoir joué Manchester United, Galatasaray, le PSV Eindhoven, la Lazio Rome. Je me souviens d’avoir offert la passe décisive à Pierre-Yves André à domicile face à la Lazio (1-0). Cette victoire a qualifié Nantes pour le tour suivant.


Tu as joué à Lecce lors de la saison 2002/03 en Serie B. Quels souvenirs gardes-tu de ton expérience italienne ?
Un bon souvenir. Même si l’acclimatation était difficile car je suis parti sans ma famille. Ce n’était pas évident. Les infrastructures n’étaient pas parfaites. Notre terrain d’entraînement servait pour les matchs de l’équipe B. Dans notre stade, il y avait 44 000 spectateurs alors que la capacité de l’enceinte était de 35 000 personnes. Lecce est remonté en Serie A en fin de saison. Au printemps, on joue contre Palerme à domicile. On gagne 3-0. L’arbitre siffle un coup franc. Les supporters croient que c’est la fin du match. Ils sont arrivés sur le terrain. J’ai fini en slip et sans chaussures de foot. J’aurais pu continuer là-bas mais j’ai privilégié ma famille en revenant à Guingamp.


Une dernière saison qui s’est achevée sur une relégation en Ligue 2…
La saison a été compliquée. Nous avions largement les moyens de nous sauver. Je retiens la frustration d’arrêter sur une descente en Ligue 2. Surtout quand ça se passe avec ton club de cœur. Heureusement, Guingamp a su rebondir derrière.


Propos recueillis par Clément Lemaître


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